Qui donc croire ?
Ceux qui affirmaient que le gamin qui jouait avec les allumettes avait subitement ressenti l'envie d'une autre vadrouille stérile et dispendieuse pour se soustraire à la lourde atmosphère gouroulandaise ?
Ou bien ceux qui soutenaient que sa nounou l'avait expédié direct par son landau volant pour le rattraper aux portes d'une décision funeste à laquelle l'aurait incliné son immaturité impulsive ?
Ou encore les autres qui juraient que c'était pour exaucer un délire addictif de Imeldasse et la Tisseuse pour une virée abayaphile ?
Oui, qui fallait-il croire et surtout que croire ?
D'autant plus qu'il était évident que la symbolique du taureau noir, ce sceau des odieuses spiritualités, n'avait pas échappé à la Nounou. Le laraire volant ne se prêtait-il pas plus à certaines libations, loin des yeux fureteurs ?
L'histoire fabrique les grands hommes. Dans l'ouest global, l'hymne à la souveraineté entonnée ça et là par les populations les plus misérables de la Terre avait une résonance particulière.
Ne s'acharnerait-on pas à jeter l'anathème sur des ancêtres dont le génie avait bâti des pays prospères et sûrs au bénéfice de leur progéniture, offrant ainsi un modèle universel de patriotisme et du sens de l'intérêt general, envié par tous, toujours copié mais jamais égalé.
A qui la faute si, ailleurs, des aïeux n'avaient pas été capables de faire la même chose ou de reproduire ledit modèle ?
Fallait-il leur reprocher de ne pas avoir découvert le charbon avant la faim, la machine avant la dette, ou le crédit avant l’eau potable ?
On attendait une réponse dont on redoutait surtout la forme. Serait-ce un silence méprisant, le ou le langage des canons si ce n'est une mise en quarantaine bien méritée des populations tiers-mondistes, au demeurant ?
Et si la réponse était là depuis toujours ?
Qui voulait goûter à la prospérité des autres devait en accepter la recette, la cuisson l’addition. On ne s’invitait pas au banquet de l’Histoire sans manger le menu imposé, ni payer la note majorée.
Au Gourouland, l’Ouroboros préférait pourtant esquiver ses responsabilités séculaires en psalmodiant la paix sur un ton locrien, impropre aux longues marches collectives. Une paix iconoclaste dans un pays où un sachant s’était autoproclamé tailleur constitutionnel, coupant et proposant une exégèse de la Loi fondamentale à sa mesure, en mode mixolydien.
Les Jababus, eux, ne reconnaissaient qu'une seule tonalité à la réconciliation. C'est bien celle centrée autour du respect de la loi, motivée par l’égalité citoyenne et dévouée à l’équité territoriale.
Ils n'en entendaient qu'un son, l'honnêteté tout simplement !
Tout le reste n’était qu’arrangement provisoire, playback de cowboy et symphonie de croquemort, bonne à bercer les foules, jamais à nourrir les peuples.
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