Car tout est là : des terres grasses qui pourraient nourrir des empires, des fleuves indociles, des nappes d’eau dormantes sous le sable, un sous-sol boursouflé de minerais, de pétrole et de promesses, des troupeaux par millions, et une jeunesse innombrable, rude réserve d’énergie et d’invention. Tout est là, sauf la dignité organisée. Sauf l'envie de se passer du monde. On préfère prêter ses outils aux voisins !
Cette contradiction monumentale a donné naissance, ailleurs, à cette sorte de condescendance visqueuse, mélange de pitié molle et de mépris discret, comme si l’échec de ces hommes etait inscrit dans l'ordre des choses, leur misère une fatalité ontologique.
Et encore, le tableau est assombri par des paysages traités comme des poubelles définitives, des quartiers jetés au hasard dans l'espace, une misère épaisse qui colle aux corps, une justice minable, une sécurité défaillante, et au sommet, une gouvernance qui sent la charogne administrative.
Cette lacune admet des responsables, bien entendu, ces experts en serments trahis qui, à peine installés au pouvoir, rangent le peuple au placard et ouvrent les salons à la parentèle, aux nouveaux amis, aux complices du jour !
L’État devient une affaire familiale, le budget un butin, la fonction publique une mangeoire. La promesse de sobriété se dissout dans l’orgie, l’idéal de service dans la gabegie, mis en scène dans la comédie grasse de ses propres dirigeants.
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