lundi 17 août 2026

L'INFILIATION DEMONIAQUE ?

Satan pere avait il entendu les appels du pied pressants ou agreait il enfin les offrandes du Corbelet ?  Toujours est il que le cor de la démonie avait retenti, évoquant une réunion d'urgence de la filiation démoniaque pour l'examen d'une nouvelle adhésion, une cérémonie d'accueil d'un nouveau frere en Satan. 

Bref, un papa avait convoqué ses enfants.. Et notre corbeau en puissance, flanqué du grand animal et du larbin noir au coeur noir, aussi noir que le charbon noir, avait répondu à l'appel. 

En tout état de cause, l'affaire était jugée suffisamment sérieuse pour que les anciens de la confrérie quittassent leurs tanières, leurs antres et leurs cabinets de compromission. On n'accueillait pas n'importe qui dans la famille. Pour entrer dans la grande fraternité des corrupteurs, il fallait avoir fait ses preuves : savoir mentir sans rougir, trahir sans trembler, jurer fidélité tout en préparant déjà son prochain reniement.

Il etait important, a ce niveau, d'exhumer des calendes démoniaques, le dialogue qui, naguère, avait consacré l'accueil du frere valachiote. 

— Frère, lui dit-il, pourquoi souhaitez-vous rejoindre notre filiation ?

— Parce que j'ai beaucoup appris de vous.

— Et quelles sont vos qualités ?

— Je sais transformer mes intérêts en principes, mes échecs en complots, mes reniements en stratégie et mes ambitions personnelles en destin national.

Un vieux démon se leva pour applaudir.

— Excellent ! Il a compris l'essentiel : chez nous, le vice ne disparaît jamais ; il change simplement de vocabulaire.

On passa alors à l'épreuve initiatique.

On lui présenta trois portes.

Sur la première était écrit : TRAHISON.

Sur la deuxième : COMPROMISSION.

Sur la troisième : POUVOIR.

Le candidat regarda les trois portes et demanda :

— Et si je prends les trois ?

Le silence fut suivi d'une ovation.

Le Grand Maître descendit alors de son trône, posa une main sur l'épaule du nouveau frère et prononça la formule consacrée :

— À partir de ce jour, tu n'auras plus d'amis, seulement des intérêts ; plus de principes, seulement des circonstances ; plus de vérité, seulement des versions.

Puis il lui remit l'insigne de la confrérie.

— Bienvenue parmi les nôtres.

Et toute la filiation démoniaque répondit en chœur :

— Il est des nôtres !

Le secrétaire général inscrivit soigneusement son nom au registre.

À la rubrique qualités particulières, il hésita un instant avant d'écrire :

« Potentiel exceptionnel. Déjà presque l'un des nôtres. »

Les jabbaus pouvaient s’enorgueillir, à juste titre, d’avoir été parmi les premiers à tirer la sonnette d’alarme. Ils avaient bien observé le Corbeau, ses manières, ses silences et surtout cette étrange façon qu’il avait de tourner autour du troupeau sans jamais s'y meler. 

Car lorsque le comportement d'un individu vous paraît louche, c’est souvent que la nature de son jeu vous échappe encore... Pour ainsi dire, il faut toujours prêter l’oreille à sa logique subjective, à ce fameux instinct qui, contrairement à ce que l’on voudrait parfois nous faire croire, n’est pas nécessairement ce murmure du diable.

Était-ce de l’avarice ou de la cupidité ? Les deux, peut-être. Le Corbeau, précisément, avait toujours eu l’art de se tenir à la frontière entre les deux. Etait-il donc pertinent de chercher à les distinguer chez le Corbeau ? 

Ne nous avait-on pas enseigné, dans les catéchismes élémentaires, que deux loups affamés lâchés dans un troupeau ne feraient pas davantage de dégâts qu’un leader habité par ces deux passions ?

On nous avait aussi appris qu’il était plus facile de déplacer les montagnes que d’arracher ces deux passions du cœur de l'homme. 

Lorsqu’avarice et cupidité se donnent la main, ce n’est plus le troupeau qu’il faut surveiller mais le berger, plutot. 

mardi 11 août 2026

LA PEUR RENTREE...

Ouroboros ou Corbelet, le traître restait un traître. Et le parricide, déjà lourd à porter, avait encore aggravé son cas lorsqu’il s’etait mis à rogner sournoisement silencieusement le carquois de la squaw. 

C’est que le Corbelet manifestait de la colère. De la peur rentrée, en vérité. Car la colère naît souvent d’un attachement irraisonné à ce que l’on croit posséder, au point que sa seule perte devient inconcevable. On ne défend plus alors un bien : on défend une emprise. Exactement comme Satan administrait son empire — l’empire des ténèbres — en confondant possession, domination et droit divin.

Bref, le Satan dont il rêvait ardemment de devenir le fils, et surtout le digne héritier gouroulandais, se voyait déjà couronné par sa propre infatuation.

Il ne serait plus question, désormais, que les larbins informes accourent jusqu’à son fromage, comme dans la fable. C’est lui qui irait virevolter au-dessus de leurs museaux, distribuant les miettes, les ordres et les boulets. Il avait donc entrepris de tout concentrer entre ses mains : pour avoir les coudées plus franches, confectionner des boulets plus lourds, agir plus vite… et surtout frapper plus fort son mortel ennemi, le Gourou.

La maman nounou, ahurie, le regardait ainsi répartir sa charge entre sa Corbesse et sa Corbelle : deux sinistres compagnes qui avaient chacune colonisé une mine et dont les galeries semblaient désormais communiquer directement avec les entrailles du pouvoir.

Se rendrait-elle compte, trop tard, de sa bévue ?

Car il est des erreurs que l’on ne corrige qu’après avoir nourri le monstre qu’elles prétendaient contenir.

Et puis, il y avait cette vieille loi du pouvoir : il n’y a que le pouvoir pour arrêter le pouvoir.

Quant à son baby-boss, ce garnement qui avait aimé jouer avec le feu avant de devenir ce Corbelet présomptueux, il lui fallait désormais quelqu’un pour lui apprendre que toute puissance sans frein finit par se retourner contre celui qui la chevauche.

Et qui, mieux que le Gourou, son ancien maître et désormais son mortel ennemi, pouvait lui enseigner l’art de retenir ses pulsions démoniaques ?

Le disciple avait voulu dépasser le maître.

Il venait peut-être, sans même s’en apercevoir, de lui offrir le seul argument dont celui-ci avait besoin pour reprendre la main.

   

mardi 4 août 2026

L'EPREUVE DES BRAISES

Tout ce qui est légal n'est pas nécessairement légitime ; mais aucune légitimité durable ne peut prospérer en dehors de la loi.

Quelle que soit la violence d'une métamorphose, l'œuf ne devient pas un oiseau adulte par la seule force de son désir. La larve ne s'affranchit pas instantanément de sa condition, pas plus que le fœtus ne se réveille homme accompli. Ainsi en allait-il de l'ex-Ouroboros, désormais engagé dans sa corvidisation laborieuse.

Il n'était encore qu'un corbillot délaissé, un être au duvet grisâtre dont les géniteurs eux-mêmes semblaient avoir fui l'apparence inachevée. Réduit à exsuder sa propre fiente pour attirer quelques vermisseaux, il attendait que le temps accomplisse ce que la volonté seule ne pouvait imposer : le noircissement de son plumage et l'avènement de sa véritable nature.

Pendant ce temps, les grandes proclamations qui avaient jadis embrasé les plaines de Gourouland avaient mystérieusement disparu. 

Les immenses étendards du souverainisme, autrefois agités avec frénésie, avaient été pliés avec soin et rangés dans les greniers poussiéreux de l'Antre de la monstritude.

Les trompettes qui promettaient la justice ne soufflaient plus qu'un air timide, presque honteux.

Les gardiens autoproclamés de la prospérité nationale s'étaient soudainement découvert des vertus diplomatiques. 

Les serments de rupture étaient devenus des appels à la continuité ; les imprécations contre les puissances lointaines avaient laissé place à des révérences prudentes. Tonton, honni un temps, était désormais sollicité pour apporter sa sanctification ! 

Les chaînes qu'on dénonçait hier semblaient désormais moins lourdes à porter que le fardeau de la liberté elle-même. Le monstre etait désormais un convive d marque au banquet du traitre !

Le peuple gouroulandais observait, incrédule, cette étrange mue idéologique. Les promesses d'autonomie économique, de renaissance institutionnelle et de souveraineté retrouvée reposaient désormais dans un placard verrouillé dont nul ne semblait posséder la clé. Les slogans d'autrefois n'étaient plus que des reliques accrochées aux murs, témoins silencieux d'une ferveur disparue.

Satan, depuis les profondeurs sulfureuses de l'Érèbe, contemplait le spectacle avec satisfaction. Entre les corbeaux et lui existait une vieille complicité, forgée dans les ténèbres et entretenue par les renoncements successifs des puissants. Le corbillot n'avait pas encore achevé son infiliation, mais il apprenait vite : chaque concession arrachée à ses convictions originelles noircissait un peu plus ses plumes.

La Nounou avait façonné son masque de sévérité ; le Gourou lui avait prêté le manteau de la compétence. Pourtant, ces artifices s'effritaient sous les assauts de la réalité de la métamorphose. Le masque était tombé de lui-même ; le manteau gisait en lambeaux, abandonné au milieu de la cour.

Les forces de l'immobilisme avaient-elles finalement remporté la bataille ? Fallait-il s'apitoyer sur les haillonneux et gouroulandais qui avaient cru, avec une naïveté coupable, qu'un système enraciné depuis des décennies pouvait être renversé par la seule ardeur des foules et la seule puissance des slogans ?

Les murailles du système n'avaient fait que ployer un bref instant avant de retrouver leur verticalité, tandis que les révolutionnaires d'hier apprenaient, à leurs dépens, que les monstres les plus redoutables ne meurent jamais vraiment : ils changent simplement de visage.

Pourtant, les gouroulandais les plus anciens se refusaient à prononcer l'épitaphe du rêve. Ils savaient que le Gourou  appartenait à une autre espèce, plus rare et plus inquiétante : celle des phénix.

Le phénix ne triomphe pas en échappant aux flammes ; il triomphe en acceptant d'y disparaître pour renaître de ses propres cendres. Et malheur aux gardiens de l'immobilisme qui, croyant avoir étouffé l'incendie, ne réalisent pas qu'ils ne veillent plus que sur un tas de braises encore tièdes.

Pendant ce temps, la Corbesse et la Corbelle becquetaient goulûment le miel noir, rivalisant d'ardeur pour modeler l'avenir de leur trouple, les gouroulandais comprenaient peu à peu que la révolution annoncée n'avait peut-être été qu'une étape intermédiaire d'une métamorphose plus banale : celle qui transforme les oiseaux de tempête en oiseaux de palais.

Le souverainisme, quant à lui, dormait désormais derrière une porte close, enveloppé dans un drap, comme un vieux drapeau qu'on n'ose ni brûler ni brandir.

mercredi 29 juillet 2026

AU TOUR DE LA MERE ?

Les traîtres s'attirent parce que chacun trouve dans la trahison de l'autre l'absolution de la sienne. Ils se reconnaissent d'instinct, filent ensemble du mauvais coton et finissent, comme il se doit, par se trahir les uns les autres.

Judas, le plus grand traître de l'ex-LAF, faisait des pieds et des mains pour s'approcher du Corbeau. Il l'avait précédé sur ce terrain et, s'il consentait à partager le festin de la trahison, il n'entendait certainement pas en laisser toute la saveur à la Corbelle, à la Corbesse et à la traitraille batracienne. Celle-ci avait d'ailleurs muté dans le sillage de la métamorphose de l'ancien Ouroboros.

En devenant un Corbeau tenant le fromage dans son bec, celui-ci avait entraîné derrière lui toute la populace de la mare aux grenouilles dans sa métempsycose. La traitraille batracienne s'était changée en une meute de créatures indéfinissables, aimantées moins par le Corbeau que par le fromage. Les croassements avaient cédé la place à des gloussements gutturaux, annonciateurs de futures échauffourées autour des places arrachées aux Haillonneux et des reliefs d'un pouvoir désincarné par le retrait du Gourou.

Le Corbeau faisait l'objet d'une cour assidue. La Marmaille, la plus dépravée et la plus corruptible des castes, s'était fondue corps et âme dans la meute. La Racaille, elle, tergiversait. Elle s'était scindée en deux : un peloton de tête définitivement acquis au Corbeau et un peloton de queue qui ne semblait guère pressé de reprendre l'épuisante besogne consistant à contenir la furie haillonneuse.

Las des oracles extravagants de ses forces des ténèbres, le Corbeau s'était résolu à consulter le Monstre et sa vermine. Son obsession du Gourou confinait désormais à la pathologie. À l'extérieur, la confiance en sa capacité à tenir la barre s'effritait ; à l'intérieur, il manquait invariablement tous ses rendez-vous avec son peuple.

Une seule issue semblait subsister : la stratégie du chaos. Exaspérer le top management haillonneux, embastiller des Haillonneux, provoquer leur révolte et pousser ainsi le Gourou vers une prétendue paix des braves, en pariant que son esprit de sacrifice l'empêcherait de s'y soustraire.

Le Grillon, la Pintade de Tangun et le Chat fâché se regardaient en chiens de faïence. Ils occupaient les premieres places des cibles de la Sergente recruteuse, la Nounou.

Cette dernière avait pourtant de quoi s'inquiéter. Car une question, plus inquiétante que toutes les autres, flottait déjà dans l'air : Qui tue le père, que fera-t-il de la mère ?

dimanche 26 juillet 2026

LA CORVIDISATION TERMINALE

 L'Ouroboros, une figure moralement originellement neutre, avait définitivement rompu le cercle de l'intégrité le jour où il avait choisi de mordre la main du Gourou, ce père qui l'avait baptisé, élevé, guidé et protégé au cœur même du top management haillonneux. Ce jour-là, il ne trahit pas seulement un bienfaiteur ; il rompit le pacte invisible qui lie le père à son fils. À partir de cet instant, il devint une figure moralement réprouvée, prisonniere de sa propre faute.

Sa métamorphose ne fut pas immédiate. Elle fut lente, presque imperceptible, comme ces maladies de l'âme qui progressent sans douleur jusqu'à rendre incurable ce qu'elles ont corrompu. Ce ne furent ni ses explications alambiquées, destinées à anesthésier une conscience devenue trop bruyante, ni les étreintes étouffantes de sa Corbelle et de sa Corbesse qui le transformèrent véritablement. Elles ne firent qu'accélérer un processus déjà engagé.

Le véritable basculement survint lorsqu'il cessa de distinguer la fidélité de la trahison. Incapable d'assumer le poids de son reniement, il résolut sa dissonance intérieure en rebaptisant la déloyauté « réalisme », la compromission « pragmatisme » et la corruption « intelligence politique ». Plus son mensonge devenait énorme, plus il lui fallait le défendre avec l'assurance des convertis. Car rien n'est plus dogmatique qu'une conscience qui cherche désespérément à se disculper.

À force de conceptualiser sa nouvelle doctrine, il finit par donner à la corruption les apparences d'une philosophie. Il ne s'agissait plus de vendre ses principes, mais de les « adapter » ; plus de renier sa parole, mais de « s'émanciper » ; plus de trahir le Gourou, mais de « dépasser le maître ». Chaque renoncement exigeait une théorie supplémentaire, chaque compromission appelait une justification plus sophistiquée que la précédente. Ainsi naissent les idéologies du reniement : elles ne servent pas à convaincre les autres, mais à empêcher leur auteur de s'effondrer devant son propre reflet.

L'Ouroboros devint l'oiseau charognard : le Corbeau de la corruption. Jadis symbole de régénération, il n'était plus qu'un messager des dépouilles. Il ne planait plus au-dessus des idéaux ; il tournoyait au-dessus des carcasses du pouvoir, attendant patiemment que les convictions des autres expirent pour en arracher les derniers lambeaux.

Le plus tragique était qu'il demeurait le seul à ignorer sa propre métamorphose. Les autres voyaient depuis longtemps ce qu'il refusait obstinément d'admettre. Chaque compromission avait noirci un peu plus son plumage ; chaque faveur accordée avait poli son croassement ; chaque silence coupable avait limé une serre de plus. À force de fréquenter les charognes politiques, il avait fini par en porter l'odeur sans même la percevoir.

La racaille batracienne ne lui était pas davantage acquise que la traitraille ubiquitaire ne l'avait été à l'Ouroboros. Toutes l'utilisaient avec la même froideur et le redoutaient avec la même méfiance. Car le traître rassure tant qu'il sert ; il inquiète dès qu'il s'approche. Ceux qui applaudissent aujourd'hui sa défection savent qu'un homme capable de trahir son bienfaiteur possède déjà en lui toutes les dispositions nécessaires pour trahir ses nouveaux alliés.

L'Ouroboros croyait avoir changé de camp ; en réalité, il avait changé d'espèce. Il n'était plus le serpent qui se refermait sur lui-même pour renaître. Il était devenu le corbeau qui ne survit qu'en se nourrissant des cadavres des principes. Et, dans l'histoire des hommes comme dans celle des peuples, les corbeaux ne bâtissent jamais les empires : ils n'apparaissent qu'après les batailles, lorsque les héros sont tombés et que les opportunistes viennent réclamer leur part des restes.

vendredi 17 juillet 2026

L'INDEPENDANCE BIOLOGIQUE

Chassez le naturel, il revient au galop : l'Ouroboros semblait redevenu ce garnement qui jouait autrefois avec des allumettes. Il n'avait jamais cessé d l'être mais il se trouve que les haillonneux avaient souvent la manie de trop prêter à leurs adversaires.

Le mamba noir, larbin noir au cœur plus noir que le charbon, ne supportait plus son rôle de mercenaire officieux ; maître-chanteur de naissance, il exigeait désormais une reconnaissance officielle de sa place dans la traitraille. 

Après tout, rien d'étonnant à voir un serpent s'allier à un autre serpent ; ce qui l'était davantage, c'était de voir un serpent s'improviser berger d'un troupeau de crapauds. L'ouroboros à la tête de la racaille batracienne etait en effet et en elle meme une image prémonitoire d'alliances contre nature où les instincts les plus incompatibles marcheraient désormais du même pas. 

Le gamin ludopathe jouait à recruter, limoger, se compromettre et vadrouiller pour provoquer son proto. Il ne s'agissait plus seulement d'exercer ou de conserver le pouvoir, mais de re/conquérir une véritable indépendance biologique en rompant enfin le cordon ombilical qui le reliait au Gourou. Ce même Gourou qui lui avait prêté bien plus qu'un simple nom, qui lui avait offert une identité politique si puissante qu'elle avait fini par éclipser celle héritée de son père ! 

Nonobstant que les forces des ténèbres l'avaient suffisamment alerté que ce dédoublement brouillait leur veille mystique et qu'il fallait désormais tuer le Gourou en lui pour qu'émerge enfin un autre lui-même. Mais se débarrasser de cet héritage reviendrait à commettre un parricide politique, à moins de se persuader que c'était plutôt le Gourou qui le lui avait imposé malicieusement. 

Satan se frottait les mains tout en s'inquiétant : le ludopathe reconstituait, sans même s'en rendre compte, sa propre cour de soudards, persuadé qu'ils lui seraient dévoués alors qu'ils ne servaient que leurs intérêts. 

Voudra-t-il demander conseil au Monstre ?  Ce dernier lui dira-t-il enfin toute la vérité ou le laisserat-il s'enfoncer dans le piège qu'il croyait tendre aux autres ? Car ces hommes ne seraient jamais ses serviteurs : il les croirait ses compagnons, alors qu'ils feraient lentement de lui leur plus précieuse marionnette.

jeudi 9 juillet 2026

TU NOUS MANQUERAS TOUJOURS

Une, deux, trois… Voilà neuf années que tu es partie là-haut.

Neuf longues années se sont écoulées depuis que, sans prévenir, tu es partie là haut !

Ce jour-là, le temps s'est comme arrêté. Tu es devenue une absence que les années n'ont jamais réussi à apprivoiser.

Ici-bas, pourtant, nous avons refusé de te laisser nous quitter. Nous t'avons cherchée, refusant que ton souvenir s'effacet.

Ainsi t'avons nous retrouvée partout. 

Nous te retrouvons dans la gaite de tout enfant, dans la tendresse espiègle de Madona, dans la rondeur du visage de Penda, dans les yeux de Marfa. 

Nous te retrouvons aussi dans l'interrogation muette de Mohamed, dans le silence renfermé de Papi et dans les souvenirs que Myriam ravive avec une infinie pudeur. 

Et nous te retrouvons, plus douloureusement encore, dans cette tristesse qui a colonisé nos regards, une tristesse que neuf années n'ont ni effacée ni consolée.

Ton absence habite avec nous. Elle est cette chambre que l'on imagine encore occupée dans nos pensées, cette voix que l'on croit entendre dans l'éclat de voix d'un enfant, ce rire qui résonne encore dans nos mémoires. 

Nous t'imaginons heureuse, libre de toute souffrance, dans un jardin où ne pénètrent ni les larmes, ni la peur, ni la séparation. Aux bons soins de notre pere le prophète Ibrahim (paix sur lui). 

Cette pensée apaise notre chagrin . 

Nous t'imaginons parmi ces âmes pures qui glorifient leur Seigneur, baignées d'une lumière que nos yeux d'ici-bas ne peuvent contempler.

Nous ne nous inquiétons pas pour toi. Nous te regrettons seulement.

Nous ressentons le poids de ton absence. Mais nous savons aussi que tu ne manques de rien auprès de Celui qui est le Plus Généreux des hôtes !

Nous ne t'avons pas perdue, vois-tu. Tu vis dans la force des amours qui donnent un sens à nos existences. Tu vis dans nos prières, dans nos souvenirs, dans nos silences, dans chacune de nos joies et jusque dans nos peines. Tu es devenue cette présence invisible qui accompagne chacun de nos pas.

Pourquoi d'ailleurs te raconter tout cela, puisque nous savons que tu es si proche de nous ? Par la permission d'Allah, tu connais sans doute mieux que nous la valeur d'une larme, d'une invocation et d'un amour qui ne s'est jamais éteint.

Neuf années ont passé, chacune d'elles ponctuée par ton absence. 

Neuf années à apprendre qu'aimer quelqu'un, c'est parfois continuer à lui parler en son absence, continuer à l'attendre sans impatience, continuer à prononcer son nom avec la même tendresse que lorsqu'il résonnait encore parmi nous.

Mais notre espérance est plus forte que notre douleur. Notre fidélité à ton souvenir est le secret espoir de notre future rencontre inéluctable, l'attente de la joie ineffable de te retrouver dans un monde parfait, réunis dans l'eternité.

Car, par la grâce d'Allah, les séparations d'ici-bas ne sont jamais éternelles.

dimanche 5 juillet 2026

LES CHAINES DE L'IMMATURITE

Par l'implacable hasard, ou simplement par l'inévitable karma, Teddy et Soso s'étaient retrouvés dans la même situation. Mais Teddy, moins borné, avait déployé autant d'efforts à éteindre l'incendie qu'il en avait mis, jadis, à l'attiser, au moment où Soso se débattait dans les pires difficultés.

D'ailleurs, le premier, comme ses prédécesseurs immédiats, avait tiré les leçons de leur expérience impérialiste. Ils avaient désormais assez de jugeote pour ne plus toucher leurs adversaires qu'avec le plus long bâton possible. Soso n'en viendrait-il pas bientôt à crier à la trahison ?

L'empereur rouge riait sous cape. La déconvenue de ses alter ego revêtait une signification bien plus grande qu'il n'y paraissait. Il y voyait la dernière bataille perdue par les forces qui militaient pour le rétablissement de la splendeur occidentale. La dernière tentative de réinstaurer une guerre froide afin de réasseoir la suprématie des deux locomotives occidentales avait fait long feu.

La nouvelle économie-monde sinocentrique, tant redoutée, pouvait désormais poursuivre son essor. Restait à savoir quelle serait son organisation future au regard des appétits impérialistes de l'empereur rouge. Car il serait absurde de croire que celui-ci ne chercherait pas à tirer opportunément profit du vaste boulevard qui s'ouvrait devant lui.

La plus grande faiblesse est de croire que l'être humain est guidé par la morale. La même réalité universelle gouverne les dynamiques du pouvoir. L'homme sera toujours un calculateur invétéré, qu'il en soit conscient ou non. Les haillonneux n'avaient nul besoin d'être rétribués pour comprendre la leçon. Les cavaliers haineux, eux aussi, se retrouvaient à la même enseigne.

Les uns comme les autres devaient renoncer à croire qu'une position est définitivement acquise et apprendre à discerner l'intérêt dissimulé derrière chaque comportement.

Le pacte entre le monstre et l'ouroboros prenait forme. La grand'poupée en était l'artisan, le poussin de Condor le témoin. Parvenu à ce stade, l'ouroboros était prêt à tout, pourvu que cela serve sa volonté de neutraliser le gourou. C'était le prix convenu avec Satan.

La pintade de Tangun, le mamba noir et le grillon naviguaient désormais de conserve afin de tirer leur épingle du jeu. C'était sans compter avec la racaille batracienne qui avait pris d'assaut les premières rangées de la mare aux crapauds. Seul le chat fâché n'avait rien vu venir.

À force de vouloir cacher le soleil avec son petit doigt, on finit par être ébloui et, par conséquent, par perdre l'usage de ses yeux, ne fût-ce qu'un instant.

Or le jeu était devenu si intense qu'un simple moment d'inattention pouvait vous réveiller en enfer.

Le gourou pourrait-il maintenir une telle pression dans la durée ? La santé mentale de l'ouroboros était désormais menacée. La folie finirait peut-être par constituer sa seule échappatoire, la seule manière de s'évader de la prison qu'il avait lui-même bâtie, dont les barreaux avaient été dressés par sa propre vanité et les chaînes forgées par son impulsivité immature.

vendredi 3 juillet 2026

UN DIAGNOSTIC COMPLIQUE...

Dans une atmosphère où l’on n’ose plus nommer la trahison, le traître cesse peu à peu d’être un objet de réprobation. On lui témoigne de la considération, par calcul, par intérêt ou simplement par conformisme. Son acte n’est plus jugé à l’aune de la fidélité qu’il a rompue, mais de l’avantage qu’il procure. Les mots se font prudents, les condamnations hésitantes, les silences éloquents.

Le plus troublant n’est pourtant pas l’attitude du traître lui-même, mais celle de ceux dont la vocation est d’éclairer les consciences : les autoproclamés arbitres sociaux, les intellectuels, les éducateurs, les guides religieux et les autres leaders d’opinion. Leur mutisme n’efface pas la faute ; il la banalise. À force de ne plus nommer les choses, on finit par ne plus les reconnaître. Et lorsqu’une société cesse de distinguer clairement la fidélité de la trahison, ce n’est pas seulement son jugement qui s’affaiblit : c’est sa mémoire morale qui vacille.

Lorsque le traître est honoré non malgré sa trahison, mais en partie grâce à elle, tandis que ceux qui devraient rappeler les principes se taisent, ce n’est pas seulement un homme qui est réhabilité : c’est tout l’ordre moral qui se trouve insensiblement déplacé.

Cet algorithme ne parvenait toutefois pas à prospérer au Gourouland. Le Gourou avait largement contribué à l’éveil des consciences populaires et entretenait cet éveil avec constance à travers ses prises de parole. 

On assistait au naufrage de l’Ouroboros. Il ne pataugeait plus dans la haine de son proto, le Gourou ; il se débattait désormais au milieu des eaux de la fourberie, rendues fétides par sa propre arrogance. Des illuminés s’improvisaient sauveteurs pour voler à son secours. En vérité, ce n’étaient que des hédonistes et des épicuriens de l’ancien système, uniquement soucieux de réintégrer leurs alvéoles primitives. Le monstre et la grand'poupée étaient manifestement les complices de ce hacking.

Bref, l’Ouroboros sombrait. Pour le sauver, il ne suffisait pas de l’allonger sur un divan. Il n’y avait pas un cerveau à apaiser, mais un cerveau détraqué à réparer. Quel mal soigner : Delire d'interprétation ou paranoïa projective ?

Autant les scènes de ménage témoignent souvent de la solidité affective d’un couple, autant les querelles de coépouses finissent par éroder l’homme qu’elles se disputent. Les incessants esclandres de préséance entre la corbelle et la corbesse alimentaient manifestement la dérive mentale de l’Ouroboros. La nounou ne pouvait être étrangère à cette agitation. Semer les graines de la division, attiser la zizanie et se nourrir de l’animosité semblaient entretenir son éternel rictus.

Ailleurs, la confiance dans les capacités de l’Ouroboros et dans son efficacité, privé de l’accompagnement charismatique du Gourou, était tombée à son plus bas niveau. Car le traître est une figure universelle, et la trahison demeure, sous toutes les latitudes et à toutes les époques, une faute moralement abhorrée.

dimanche 7 juin 2026

LE BUTIN DU GAWOU

Chacun rêve d'avoir raison. Peu nombreux sont ceux qui supportent le verdict lorsqu'il tombe. La vérité est comme un ami véritable. La première arrive toujours aux heures les plus embarrassantes, le second se trouve aux moments sombres. 

L'ouroboros n'avait triomphé d'aucun adversaire, il avait confronte ses anciens soutiens à leur erreur, les obligeant à démentir, un à un, les certitudes qu'ils avaient criées pour lui.

On ne voyait plus vraiment à quoi pouvait encore lui servir le titre de fils de Satan qu'il quêtait si âprement. N'avait-il pas franchi un palier supérieur, au-delà même de Judas ? Il n'avait pas seulement trahi sans vergogne ; il ne souffrait plus la vue du gourou. 

Et comme si cela ne suffisait pas, il avait tenté de l'isoler de ses plus proches lieutenants. En vain. Les jababus en étaient venus à se demander si l'ouroboros pouvait encore être considéré comme un adversaire. Certains ennemis finissent par se vaincre eux-mêmes.

Les êtres de cette trempe, rongés par l'avarice et la psychopathie, ne valaient plus la peine qu'on leur consacre la moindre énergie. Son esprit de joueur compulsif l'avait conduit à bâtir les murs de sa propre prison, à forger les barreaux de sa cellule, à en façonner la serrure et les clés, à s'y enfermer lui-même avant de jeter ces dernières dans les égouts.

L'ouroboros était devenu un paria. Sa cupidité l'avait définitivement perdu. Dans les couches populaires, il était désormais grillé. Il passait pour celui qui ôtait le pain de la bouche des manants pour gaver sa parentèle. 

Même la racaille batracienne ne prenait plus la peine de le défendre avec l'ardeur habituelle. Pendant ce temps, la nounou s'était recluse avec l'état-major ethnique de la racaille afin de peaufiner son projet de kidnapping des haillonneux. Le grand animal figurait parmi les invités d'honneur de ce conclave sordide.

Sous cette opération cosmétique, elle croyait pouvoir dissimuler aux dupes son véritable dessein : le grand remplacement des haillonneux. Elle s'était autoproclamée distributrice plénipotentiaire de prébendes. Son programme tenait en une formule : l'amour de son baby boss contre une sucette.

Un séisme profond menaçait d'agiter les eaux de la mare aux grenouilles. La traitraille ubiquitaire etait tout autant en situation. La fidélité à la nounou était devenu le précieux sésame qui menait au coffre de l'apprenti pyromane en herbe. 

La marmaille était sur le qui-vive. Chacun observait son voisin, guettant le moindre mouvement. Qui oserait, cette fois, se dresser sur le chemin du destin ? Qui oserait barrer la route au gourou qui avait repris son ascension ?

C'était quand même extraordinaire que le monstre n'avait pas toujours lâché ses chiens contre cette cible rêvée. La pintade de Tangun, cette sombre geisha des marécages, avait plutôt proposé ses services !

vendredi 5 juin 2026

LA SAGESSE FOLKLORISTIQUE

Partout où l’humain construit ou raconte ses origines, une logique sous-jacente permanente jaillit : l’ordre naît d’une fracture et la continuité du monde n'est jamais lineaire.

Caïn tue Abel. l'assassin est condamné à l'exil, marqué comme paria. 

Chez les fils de Jacob, la trahison des frères produit l'élévation de Joseph... 

Mais cette logique dépasse la fraternité elle-même. Car dans d'autres traditions, la création repose sur une tension entre principes jumeaux, forces opposées mais indissociables, comme si l’univers ne pouvait se stabiliser sans contradiction interne.

Ainsi se dessine une intuition persistante : l’ordre naît du chaos, la lumière de l’obscurité, la forme du sans-forme. Mais alors si le bien, le bon, la justice sont eux aussi des formes d’ordre, faut-il en déduire qu’ils procèdent également d’un désordre préalable ? Ou bien faut-il comprendre autrement que le bien n’efface pas le chaos, mais le transforme, le contient, l'adapte sans jamais le supprimer entièrement ?

C’est peut-être là la jonction ultime des mythes et des contes : ils ne disent pas seulement que le monde commence par une création maitrisée mais aussi que toute valeur stabilisée — ordre, vérité, justice — demeure habitée par ce qu’elle a dû dépasser pour exister.

Comme quoi le traitre peut conquérir le pouvoir mais rarement la paix. 

Les froufrous de la nounou etaient loin d'être anodins et n'y feront pas grand chose. La première tentative d'enlèvement d'un haillonneux, le serval en l'occurence, s'était soldée par un échec retentissant. Une phalange de la racaille s'opposait résolument aux ordres de l'état major ethnique. 

Elle s'en remettait à la marmaille. Car les contes et les mythes nous ont appris à craindre davantage celui qui décide ce qui est juste pour tous, car il ne laisse derrière lui aucun appel possible.

Mais son émoi palpable masquait aussi mal l'agitation puérile de son babyboss. L'ouroboros, en effet, en etait reduit dans son délire tremens à revisiter le lexique propre aux désespérés, la gestuelle des acculés par la honte et le renfrognement qui déformait le visage des menacés par le mépris social. Il confondait les mots, vitupérait et hallucinait. L'ombre du gourou le hantait partout ! 

Comme quoi le traitre peut tuer son ferre mais rarement son ombre.    

Mais c'était quoi ça, encore ? Sortir un bazooka pour ajuster un moustique ! Le gourou dépassait les bornes du simple rouleau compresseur. 

Satan observait. Coi. Ses conditions draconiennes pour être son fils étaient plus que jamais de mise. Il comprenait dans cette époque des derniers temps, il avait l'embarras du choix. Les élus, hors de sa portée, etaient devenus une denrée rare.  

Le sikori blanc était annoncé.... Fête sur la place !

vendredi 29 mai 2026

LA TRAGICOMEDIE DES LUNES POLITIQUES

Résister au changement n’est pas donné à tous, surtout aux esprits persuadés de leur fertilité intellectuelle. Le véritable changement ne naît presque jamais du vacarme des débats, mais d’une lente maturation intérieure d'idées jusqu’à devenir comportement. 

Les peuples changent moins sous l’effet des démonstrations que sous celui des récits capables de saisir leur imaginaire. Ainsi, les idées progressent surtout par les tribuns, les écrivains et les orateurs qui leur donnent chair et cadence. Sans discours, même les vérités les plus solides meurent dans l’abstraction.

Les oiseaux de Minerve, accommodants et racoleurs, s’étaient empressés d’entériner la tragédie des primo inter pares. Tentative opportuniste d’inverser la règle : le gourou n’avait jamais appartenu à cette catégorie. Tout rappelait plutôt une vieille répétition gouroulandaise : la tragicomédie des lunes politiques.

Narcisse hier, l’ouroboros aujourd’hui. Des lunes régnant d’une lumière empruntée à leur soleil. Quand survint l’éclipse, elles découvrirent leur nudité. Sans le mentor solaire, elles n’avaient jamais brillé. Sans éclat propre, elles n’étaient plus que des baudruches dégonflées.

Comme Narcisse, l’ivresse hubristique de l’ouroboros s’était achevé tragiquement. Sous l’ombre douillette du gourou, il avait dilapidé le sucre du pouvoir par gloutonnerie et le sel par épicurisme. Le temps du piment semblait venu.

Le statut de fils de Satan s’imposait désormais. Satan demeurait son ultime garantie. Et pour l'obtenir, il fallait payer la rançon exigée par Satan. Il fallait occire le gourou, une sacrée affaire compliquée.

La marmaille était divisée, la grande clique avait opposé une fin de non-recevoir. La racaille, elle, refusait désormais les scénarios sanglants de l’état-major ethnique. On ne la reprendrait plus à jouer les assassins de jeunots.

Le grand animal, consulté en urgence, avait réservé sa réponse. Le chef assassin vivait sa lune de miel. Quant au poussin de condor, il n’avait livré que quelques maléfices faméliques mais redoutables.

A l'issue des consultations, le modus operandi retenu etait de harceler les haillonneux, organiser l'ingouvernabilité, accuser et embastiller proprement le gourou. Une stratégie de prise d'otages pour amener le gourou à Canossa ?

Dans les chaleurs orientales, Hadès, fils déchu de Satan, aboyait encore. Il croyait pouvoir achever, avec sa clique de fripouilles carbonisées, ce qu’il avait commencé.

Le gourou était déjà dans l’arène. En plein jour, il s’était introduit dans le moteur même de l’auto dont l’ouroboros tenait le volant. La scène avait quelque chose de grotesque : il fallait encore guider et surveiller cet éternel gamin qu'on avait naguère baigné pouponné et habillé pour l’obliger à respecter ses propres promesses.

L’ouroboros restera ce garnement jouant avec le feu. Mais en une journée, il avait goûté à toute la pression que le monstre avait portée durant cinq ans. La chair de poule l’avait gagné, plus encore à l’idée que le gourou allait lui couper les vivres.

Sa famille était effondrée. Sa racaille batracienne se terrait. Sa nounou se décomposait. Sa traitraille ubiquitaire demeurait sidérée. Il sentait même ses forces ténébreuses s’éloigner au fur que les perles de son chapelet changeaient de couleur.

Le temps n’était-il pas venu de reprendre son laraire volant ?

La pintade de Tangun vivait, elle aussi, sa tragédie. Accepterait-elle seulement de siéger sous la coupole d’un terro-terro ?

samedi 23 mai 2026

L'ERRANCE COSMIQUE

Le collier de tripes serti de têtes de vautours avait été apprêté par les maroquiniers parmi les plus adroits des forces des ténèbres ancestrales, dans un art funèbre accompli. Mais la messe noire ne s’était pas déroulée comme prévu. Elle s’était soldée par un rendez-vous manqué. Satan n’avait pas répondu à l’invitation de l’ouroboros. L'on avait pensé, en premier lieu, à la présence gênante de la nounou qui avait infligé au démon un de ses pires goumins. N'avait-elle pas choisi le monstre de Frankeinstein ?

Et ce n'était pas faux dans une certaine mesure. Sauf que, dorénavant, Satan exigeait beaucoup plus. Il avait revu et corrigé ses conditions. 

Oui, être fils de Satan ne devait plus etre pas une fonction provisoire, un boubou qu'on pouvait enfiler et quitter à guise, mais une qualification définitive ! Et comme toute chose définitive, cela ne se négocierait plus comme un contrat. Mais plutôt comme un abonnement sans aucune possibilité de résiliation. Avec des paiements immédiats sur présentation de factures d'intérêts composés sur l' éternité, à l'improviste.

Malgré moult interventions et autres propositions de substituts, le démon etait reste ferme. Il n'allait plus adouber des ignorants impertinents comme Judas, encore moins des vampires encagoulés comme Hades. Et surtout charmer des criminels froussards comme le larbin noir. Il fallait désormais avoir des couilles pour se ragaillardir de sa satanée compagnie. Il fallait etre non plus simplement un vrai traitre mais mieux un sacré chien ! 

Le démon n'était prêt à acheter l’âme de l'ouroboros qu'en échange de la tête du gourou.  Le gourou, un des humains qui lui posait le plus de probleme, qui se moquait de lui sans retenue dans son domaine de predilection. Tant que le gourou vivait, ses chances de son implantation dans ce havre infernal rêvé du gourouland etaient compromises. Ce n'est que tant mieux, alors, si la même gêne était éprouvée beaucoup plus par l'ouroboros. 

Les portes du pouvoir absolu et durable ne pouvaient s'ouvrir, effectivement, devant l'ourobors qu'avec l'effacement du gourou. C'était sa conviction intime et celle de toute la racaille batracienne, sa nounou en tête. Alors, il ne fallait point invoquer un quelconque encrassement biologique. 

Il avait donc fait le service minimum. Congedier le gourou était, pour lui, le livrer à Satan. Opération stratégique pensait il du fond de ses méninges pourris de vanité. Il connaissait trop bien les haillonneux et redoutait particulièrement leurs feulements étranges et leur délire mystique ! 

Mais était-ce suffisant ? Le monstre, en son temps, avait fait beaucoup plus et donc clairement il allait devoir se mouiller davantage. Et ce ne sont pas ses épouvantables éléments alpha et beta qui lui seraient d'un grand secours. Peut etre la nounou, qui, confiante de ses charmes sur Satan, pouvait toujours essayer une intercession ?

Au bout du compte, Satan pourrait bien lui vendre ce pouvoir mais sans le mode d'emploi !

Satan pourrait lui assurer la jouissance exclusive du palais mais pas la garantie d'y vivre en paix et dans la sérénité. 

Et malgré tout, cette ignominie suffirait-elle à clore la guerre entre Satan et le gourou ? Dans ce genre de conflit, y a-t-il seulement un vainqueur ? Ne change-t-on pas simplement de niveau de perte ?

Aucune étoile ne vit seule dans le vide absolu : même les plus brillantes ont des voisins un peu toxiques.

Dans l’immensité silencieuse du ciel, chaque lumière subit des attractions invisibles, des collisions discrètes, des influences insaisissables. Certaines étoiles ne s’éteignent pas : elles sont mises en mode faible luminosité par des astres déjà morts qui refusent d’éteindre leur ego cosmique.

Ces derniers finissent par apprendre à l’étoile à briller moins, jusqu’à lui faire croire que le mode sombre est son état naturel, qu’il faudrait transcender en allant quêter la lumière.

Laquelle étoile est en situation ? Bonne question… mais en cosmologie comme en politique, la réponse dépend toujours de celui qui écrit le ciel.

Une étoile, toutefois, ne cesse pas vraiment d’être étoile. Elle peut être mal entourée, mal conseillée, mal interprétée mais elle reste réelle.

Et parfois, il suffit d’un changement de ciel, ou d’un simple éloignement stratégique, comme disent les diplomates, pour que la lumière revienne sans avoir changé de nature. 

Comme quoi, même dans l’univers, la distance est parfois la meilleure thérapie.

dimanche 17 mai 2026

NOTRE TONTON INCREVABLE...

La drôle de guerre continuait à travers ses conséquences insidieuses dans l’existence des peuples. Elle était drôle non pas seulement parce qu'elle en avait redéfini le concept mais surtout qu'il fallait y regarder de plus près et plus longtemps pour en connaitre le vainqueur. 

L’Empereur rouge avait compris avant les autres qu’il etait la cible véritable de Teddy. Lequel, comme on s'y attendait, avait relancé la lutte éternelle pour la prééminence de son pays et ne reculait devant rien pour la renaissance de son pays. Sa seule erreur fut d'avoir approché Teddy en premier. Sur insistance de Soso, il faut le dire. Il lui avait soumis son offre : un partage négocié des zones d’influence, présenté comme un compromis raisonnable.

Teddy, fort surpris, avait écouté. Il savait que, derrière les sourires et les poignées de main, les empires ne parlaient jamais de paix. Ils parlaient seulement de rapports de force. Teddy avait pense que c'était un signe de faiblesse et avait préféré ignorer l'offre. Ce manque d'enthousiasme ne surprit guère l’Empereur rouge, pour qui, Teddy ne faisait que repousser l’inévitable. 

Car les grandes puissances finissaient toujours par se partager le monde lorsqu’elles comprenaient qu’aucune d’entre elles ne pouvait le posséder entièrement. Maintenir leur statut exigeait renouvellement industriel permanent d'une part comme d'autre part, l'essor de leurs complexes militaro-industriels exigeait des tensions permanentes, des ennemis crédibles et des guerres suffisamment longues. Objectif suprême : l’entretien de leurs gigantesques machines.

On attendait donc, dans les chancelleries comme dans les marchés financiers, de connaître le nouvel équilibre auquel les grands étaient secrètement parvenus. L’Empereur rouge avait-il corsé son offre ? Teddy avait-il consenti à quelles concessions ? Soso avait il-été consulté ? 

Mais au milieu de ces jeux impériaux, une question plus fondamentale s’imposait : pourquoi la vie était-elle devenue subitement si difficile sur Terre ? Pourquoi l’homme moderne, entouré de technologies prodigieuses et de connaissances inégalées, semblait-il plus inquiet, plus instable et plus désorienté que ses ancêtres ?

L’homme n’a pourtant créé ni l’air qu’il respire, ni l’eau qu’il boit, ni le sol qui le nourrit. Et il est probable qu’il ne les créera jamais véritablement. Les éléments essentiels de la vie lui ont simplement été donnés avec la nature et les animaux pour compléter sa subsistance et orner son existence. Toute civilisation repose d’abord sur ces dons premiers. Sans eux, ni science, ni économie, ni armée, ni empire ne subsistent plus de quelques jours.

Pourtant, parce que ces biens fondamentaux sont accessibles et paraissent aller de soi, l’homme les banalise. Il les traite comme des évidences secondaires pendant qu’il érige ses propres productions au rang de finalité suprême. Il mesure désormais la valeur du monde à l’aune de ce qu’il fabrique, de ce qu’il extrait, de ce qu’il vend ou accumule, oubliant progressivement ce qui rend tout cela possible. Ainsi, l’humanité s’est mise à célébrer l’artifice tout en négligeant les conditions mêmes de son existence.

Le véritable enjeu n’était donc peut-être pas de dominer la planète, mais d’apprendre à préserver ce qui la rend habitable, ce qui fonde la cohabitation. Une alliance authentique pour la sauvegarde de la vie devrait succéder aux écologismes marginaux ou folkloriques qui, trop souvent, se réduisent à des querelles partisanes, à des postures morales ou à des marchés opportunistes. Il ne s’agissait plus seulement de sauver quelques espèces emblématiques ou de réduire des statistiques climatiques : il fallait réconcilier l’homme avec les fondements matériels et spirituels de sa propre survie.

La drôle de révolution continuait au Gourouland, aussi. 

Il est communément admis qu’un homme ou une femme qui se joue d’autrui finit fatalement par devenir, à son tour, le jouet d’une autre femme, d'un autre homme. Le goumin aurait-il donc son propre karma ? Une loi secrète de réversibilité par laquelle les manipulateurs finissent eux-mêmes manipulés, les traîtres trahis, les stratèges absorbés par des stratégies qui les dépassent ? Peut-être existait-il, au cœur même des relations humaines, une mécanique invisible qui se chargeait tôt ou tard de rétablir certains équilibres.

À supposer que Satan et le monstre de Frankenstein fussent des hommes, la position de la nounou n'en était que plus délicate. La traitraille ubiquitaire commençait-elle à comprendre l’étendue de son problème ? 

Il est relativement facile de dérober une marchandise ; le véritable défi consiste ensuite à trouver à qui la vendre sans se condamner soi-même. Ainsi l’ouroboros était-il devenu une patate brûlante entre leurs mains. Chacun voulait s’en débarrasser sans en assumer le poids. L’objet, la créature ou peut-être le secret qu’il représentait était devenu trop encombrant pour être gardé, trop dangereux pour être détruit et trop compromettant pour être revendiqué. À qui le fourguer ? Qui accepterait d’en partager le fardeau, la culpabilité et les conséquences ? Même les plus cyniques semblaient hésiter devant ce legs empoisonné.

Le sort semblait désormais jeté. Le dernier esclandre du garnement qui s'était remis à jouer avec les allumettes, avait achevé de convaincre les plus lucides de son irresponsabilité foncière. Car il fallait une étonnante vacuité pour persister dans ces gamineries politiciennes à une heure aussi grave de l’Histoire. 

N'est ce pas que tandis que les puissants jouaient avec les nerfs du monde, les conséquences réelles de leurs caprices étaient supportées par les pauvres hères des contrées alkebulanaises, abandonnées à des potentats vaniteux, désorientés et incapables de penser au-delà de leur propre survie politique ?

L’Alkebulan demeurait atone. Comme pétrifiée par la brutalité de la crise et par la rapidité avec laquelle le désordre se propageait. Les peuples regardaient monter les prix, disparaître les opportunités et se multiplier les humiliations collectives avec cette lassitude des terres longtemps habituées à subir l’Histoire plutôt qu’à la conduire. Les palais continuaient leurs cérémoniaux creux, les discours officiels promettaient des lendemains imaginaires, tandis que les jeunesses erraient sans horizon entre exil, colère et résignation.

 Au Gourouland, déjà, le gourou identifiait l'ouroboros à l'idiot utile de la révolution, l'accélérateur nécessaire pour lever le reste des taupes contre-révolutionnaires tapies dans l'ombre. Hé oui, le système, capitaliste pour ne pas dire le nom, gardait intact sa force de frappe et faisait preuve d'une formidable résistance. 

Et à l'instar de l'ouroboros qui s'était livré poings et pieds liés au Tonton increvable, les élites alkebulanaises semblaient vivre dans une temporalité parallèle, à contre-sens de l'histoire. Certaines continuaient de singer les anciennes métropoles avec un zèle presque pathétique ; d’autres se réfugiaient dans des rhétoriques identitaires grandiloquentes qui masquaient difficilement l’absence de projet véritable. L’indépendance avait parfois changé les drapeaux sans réellement transformer les structures mentales. Beaucoup gouvernaient encore comme des intendants précaires d’un ordre mondial qu’ils prétendaient pourtant dénoncer.

Et cependant, sous cette apparente inertie, quelque chose continuait de couver. Une fatigue historique, peut-être, de civilisations humiliées, repues de frustration, ruminant leur malheur en silence jusqu’au moment où une génération finira par transformer ce ressentiment diffus en volonté collective, de faire de cette volonté un vecteur de progression inarrêtable.

Peut-être était-ce cela le fondement de cette agitation des grandes puissances qui avaient perçu l'intensité de la vague qui prenait naissance. Le vieux récit de la domination s’essoufflait. Et avec lui, les justificatifs éculés de l'ordre suranné dont ils s'échinent à longueur de temps à maintenir loin du point du rupture. Les peuples supportaient encore le poids des structures anciennes, mais l’adhésion intérieure se fissurait peu à peu. Et lorsqu’un monde cesse d’être cru, il commence déjà à s’effondrer.

mardi 5 mai 2026

LE MONDE DU MARCHE...

On etait en droit d'interpeller la conscience du monde par rapport a une des valeurs fondatrices de son humanisme. La solidarité. On assistait plutôt a sa galvaudation dans des élans de generosite qui mettaient plutôt en relation des groupes particuliers. Et meme, dans ce cas, il s'agit d'opérations ponctuelles, des aumônes, sans lendemain si non renouvelées à intervalles réguliers. 

La situation internationale marquée par un renchérissement draconien du cout de la vie dans le monde entier offrait un terrain d'analyse opportun. Le prix du baril flambait parce que l'un des protagonistes avait fait du pétrole un cheval de bataille. 

Mais loin du théâtre d'opérations, les autres nations productrices de l'or noir n'avait manifesté aucune solidarité, ni aucun élan généreux, envers leurs congeneres humains à l'échelle du globe.

Le marché était passé par la, régent suprême des relations humaines, monstre froid d'algorithmes matheux sans états d'âme. Il est, gros paradoxe, l'institution dont l'essor aura considérablement promu le progrès social de quelques uns,  en ruinant l'humanisme de tous...    

Le mal est profond car on s'est trop longtemps accommodé de la guerre, de l'esclavage, de la colonisation, de l'exploitation. Et pire, du développement et du sous développement  ! 

Deux mondes asymétriques, que tout persiste à opposer : l'opulence contre la précarité, la santé contre la maladie, le savoir contre l'ignorance, la haute technologie contre l'archaïsme. 

Au fond, notre monde ne semble se perpétuer toujours qu'à travers le renouvellement des moyens de pression et d'oppression du fort par rapport au faible. 

Qu'est ce monde ? Qui en bénéficiait ? Qui en héritera ? Mieux, quel avenir pour le monde dont les progrès matériels ne peuvent se mettre au service de sa solidarité morale ? 

On pouvait reconnaître un certain courage à l'ouroboros. Celui d'avoir osé faire son coming-out. On ne pouvait pas dire s'il l'avait réussi ou pas parce qu'on attendait la réponse du destinataire de cet acte d'allégeance qui ne disait pas son nom. 

Toujours est-il que cela était devenu le mot d'ordre chez la traitraille batracienne où les grenouilles rivalisaient dans un concours du coming-out le plus théâtral, le plus magistral !

Mais il était un fait que dans le gourouland, celui qui ne voulait pas la paix du gourou n'en connaitrait jamais sauf à songer la trouver auprès de Satan. Alors, on pouvait bien le dire, on était en présence de  coming-out satanistes.  

Seulement Satan était beaucoup plus imbu de sa personne, beaucoup plus exigeant par rapport à son ipséité. Adhérer à son parti passait par des rites profanatoires et des celebrations ténébreuses. 

Et d'ailleurs, la crapauté aurait du bien méditer sur les contorsions pitoyables de leur chef, l'ouroboros. N'y voyait-on pas des mimiques  pour capter l'attention sur son intérêt à la cause du diable ?

Avant sans doute d'officialiser son entreprise de ralliement durant la grande messe noire devinée par les oracles paiens. le taureau noir allait il etre immolé ? A quoi serviront les tripes d'ânes et les têtes de charognards ? 

Mais il fallait plus pour Satan. Pour autant que soient louables les transports de son joujou à devenir son suppôt, rien, absolument rien n'équivalait à la tête du gourou fichée sur un pieu de tungstène.  

Il est quand meme remarquable que le babyboss se rapprochait de Satan au moment meme où sa nounou s'en détachait...  

dimanche 3 mai 2026

LA SURVIE D'UNE SOCIETE...

Le traître et l’ingrat ne sont pas de simples figures à vouer aux gémonies. Dans toutes les civilisations, ils inquiètent davantage que l’ennemi déclaré. On les confond parce qu’ils marchent souvent ensemble, mais leurs ressorts diffèrent.

La trahison est une rupture : elle brise un lien vivant, renie un engagement dit ou implicite.  L’ingratitude, elle, relève de la mémoire : elle efface, elle nie le don reçu, elle vit comme si aucune dette symbolique n’avait existé. « Quand on boit l’eau du puits, on se souvient de celui qui l’a creusé. »

Le traître se pare volontiers de nécessité, d’équilibre ou d’intérêt supérieur. Il se croit lucide, arbitre du réel, et baptise exigence ce qui n’est qu’abandon. « Le mensonge prend l’ascenseur, la vérité prend l’escalier. »

L’ingrat, lui, réécrit le passé pour s’affranchir : là où le premier altère un acte, le second falsifie toute une histoire.

Le péril culmine quand les deux se confondent : rupture et effacement marchent alors d’un même pas. Celui qui rompt nie avoir jamais été lié ; le jugement se dissout, la faute devient introuvable.

L’Ouroboros, lui, tenait des deux. Traître sacré, ingrat consommé. Il ne jouait plus avec les allumettes : il avait déjà mis le feu. Pris d’un délire de grandeur, il s’imaginait rival des voix du peuple, alors qu’il n’en était que l’écho tardif. L’image qui demeurait était celle d’un homme acculé, mesurant — trop tard — la portée du gourou.

Invectives, mensonges, menaces : il s’en parait comme d’atours. En vain. « On peut farder le visage, pas la conscience. »Un traître doit être nommé, un ingrat reconnu pour tel : non par haine, mais pour que la cité garde la force de dire le vrai. 

Car toute société survit à ses traîtres et à ses ingrats si elle conserve ce pouvoir de nommer la faute. À défaut, elle s’égare et perd son âme.

La gourouland vacillait. L’Ouroboros avait oublié qu’il n’était  et ne serait jamais qu’un substitut. Or « qui oublie sa dette oublie aussi sa fidélité » : ne sachant plus ce qu’il doit, il ne sait plus à quoi tenir.

vendredi 1 mai 2026

FAIRE DURER LA TENSION....

La mafiosisation du monde n’était plus une dérive : elle était devenue un réflexe, presque un instinct de gouvernement. 

Partout, les dépositaires du pouvoir, sitôt investis, semblent obéir à une même grammaire : verrouiller, capter, distribuer — non pas selon le mérite, mais selon l’allégeance et la proximité biologique. Ils n'étaient pas tant des stratèges que des gestionnaires de rentes, hantés par la conservation du pouvoir au point d’en perdre raison, honneur et dignité. La récurrence d'un tel  comportement interpellait les experts en biologie computationnelle.  

En Alkebulan, cette logique atteignait une cruauté inédite : l’État etait ravalé au rang de caisse, le pouvoir une clé, une clé servant à ouvrir les coffres pour les mêmes mains. L’exemple gouroulandais en fut la caricature la plus nette : l’ouroboros n’y improvisait rien, il y déroulait une partition déjà écrite ailleurs et/ou avant lui.

Il marchait avec une précision clinique d'un funambule compromissionnel. Cet art dangereux de tenir sans résoudre, de savoir sans agir, de voir sans réagir, de porter sans céder le poids simultané du fait et de son contraire. Mais il ne marchait ni pour relier ni pour trancher sinon pour maintenir vivante la fracture. Car c’est dans cette zone opaque, cette épaisseur vaseuse, qu'il pouvait camoufler sa sombre nature d'idiot ingrat. Là où d’autres criaient à l’égarement, lui scandait la réconciliation ; là où il fallait décider, il installait l’équivoque.

On conçoit parfaitement que la vie humaine tende vers une forme de perfection mais la nature ne se perfectionne qu’en développant ses caractères majeurs. Que l’ouroboros ne soit tendu donc que vers l’élimination du gourou ne devrait point étonner. Et en jetant son grappin sur lui, Satan ne faisait que confirmer son redoutable flair dans l’identification des traîtres.

Le moment n’était pas encore venu de choisir entre dialectique et complémentarité. Encore moins d'osmose. L’obscurité n’est-elle pas, selon l’angle, à la fois absence et saturation de couleurs ? L’ombre n’est pas le contraire de la lumière : l’une produit, l’autre révèle. Ensemble, elles se définissent et donnent forme au visible par leur tension.

Pendant ce temps, l’ouroboros empilait racaille, vermine et fripouilles aux côtés de sa traîtraille ubiquitaire, dressant les rangs d'une armée à éliminer le gourou. Le commandement en serait confié au Grand Animal, rappelé pour ses offices macabres, domaine où il excellait sans partage, épaulé par le Gros Cafard. Mais où se terrait donc le chef assassin ?

La nounou avait-elle fait du bon travail ? Pas si sûr, en tout cas, qu'elle fasse encore l'affaire...

mardi 28 avril 2026

MESSAGE A QUICONQUE...

Personne ne s'en souciait. Hadès, le fils de Satan était entrain d'être cendrifié par les chaleurs orientales, là-bas. Tous sauf son père Satan, on présume.     

Toutefois, le sort de Hades et sa clique demeurait un point d'attention. Ils méritaient cette indulgence tout autant que ces gredins et ces malfrats de tout acabit qui s'en gavaient. 

Le cas devra attendre, en tout état de cause. Il fallait donner du temps à l'ouroboros de digérer son réveil douloureux. Il venait de réaliser qu'il était loin, bien loin, d'être un roi comme sa nounou ringarde et sa racaille batracienne multiforme qui puisaient à la fontaine historique d'une ascendance à la réputation macabre, sanguinaire et répugnante lui chuchotaient.  

Etait-ce l’heure de taper du poing sur la table, de cogner sur le gong ou de faire beugler la cornemuse ? Pourquoi pas, pendant qu’on y était, organiser une parade pour flatter l’ego du prince du moment ?

Pour les jababus, il semblait surtout que l’heure fût venue de dire. Dire à l’ouroboros ou à sa nounou, ce qui revenait souvent au même, que, si haut perché qu’un roi s’imagine sur son trône, il reste assis sur ses fesses, et rien d’autre. Lui rappeler aussi que, quelle que soit la taille de sa couronne, un roi mange, boit, défèque et s’accouple comme n’importe quel quidam, sans privilège physiologique ni miracle royal.

Par ailleurs, sa veulerie ralentissait la révolution gouroulandaise. Ce n'était par un effet de ses gamineries démoniaques ni de ses maudites postures d’avatar. Les peuples ont déjà vu passer trop de monstres pour trembler devant un masque de plus.

La cause était ailleurs. Plus profonde. Et surtout plus gênante. Elle procédait d'habitudes résiduelles, encore bien ancrées, de tolérer les impostures tant qu’elles parlaient fort, de prendre le volume pour de la vision, la morgue pour de l’autorité et l’arrogance pour de la compétence. Certains continuaient encore de laisser prospérer prospérer des hommes gonflés d’eux-mêmes, d'autres ne trouvaient jouissance que de les accompagner et les flagorner.

Mais cette fois, quelque chose s’était rompu.

La pause n’était pas une faiblesse. Elle marquait une étape cruciale,  le moment où l’on cesse d’applaudir par réflexe et où l’on commence à regarder le spectacle pour ce qu’il est : une farce répétée par des acteurs médiocres persuadés d’être des génies.

Car, au fond, l’ouroboros n’était qu’un symptôme. Une boursouflure visible d’un mal plus ancien : la fascination pour les hommes à la parole volage et aux actes indécents. Dont l'éclosion était favorisée par la patience excessive d’un peuple qui, trop longtemps, avait confondu endurance et soumission.

La révolution marquait une pause, oui.

Mais c’était la pause d’un peuple qui cessait de tolérer l'innommable et qui se demandait, enfin, combien de temps encore il accepterait d’être gouverné par le déshonneur et l'indignité.

vendredi 24 avril 2026

LA RONDE DES PIAFS...

Demandez l’avis de n’importe quel piafiste sérieux. Les perroquets perdent la voix avec la vieillesse. C’est connu. Le temps use les cordes vocales comme il émousse les serres et ternit le plumage. Voilà pourquoi, quand de vieux perroquets et de vieilles perroquettes, de service, s’entend, retrouvent subitement la voix, il y a vraiment de quoi frissonner.

Ils et elles avaient repris la parole pour alerter sur le péril d’un patrimoine dont, pourtant, ils se sont sustentés jusqu’à l’os, en en suçant la moelle avec une patience de longue prédation. Un patrimoine qu’ils ont surtout consommé, sans jamais le gouverner en accord avec les attentes des gouroulandais.

De vieux et vieilles paumés, minés par la nostalgie des sinécures moelleuses et des honneurs immérités, faisaient mine de venir à la rescousse de l’ouroboros en perdition, ballotté en haute mer politicienne.
Mais la plus belle femme du monde ne peut offrir que ce qu’elle a. Et eux n’avaient plus que des gestes recyclés, des discours fatigués et des certitudes usées.

Une énième branche donc tendue au quidam en train de se noyer, sur le pari risqué qu’un naufragé, dans sa panique, s’accrochait à tout ce qui flotte et même à ce qui coule lentement.

Mais le cas désespéré de l’ouroboros s’était intensifié. Comme Icare, il ne suffisait pas qu’il fût sauvé : sa nature vaniteuse l’avait ensuite incliné vers la désobéissance et la fatuité. L'ivresse des hauteurs lui faisant croire pouvoir défier la chute. C’est ainsi qu’il se perdit seul, convaincu de voler alors qu’il dérivait mortellement vers le feu ardent du soleil.

Imeldasse avait décidé, malgré tout, de sauver les meubles. Elle avait imposé à la nounou et à la traitraille batracienne un défilé destiné à exhiber ses créations de styliste hors pair. Avec son top model, à l'honneur, contraint à parader. Mais cela se voyait : le traître avait la tête ailleurs.

Il souriait là où il fallait sourire, certes, mais son esprit errait dans des couloirs humides, peuplés de soupçons et de calculs. Il se rongeait les méninges, furetant mentalement parmi les maximes machiavéliques, retournant chaque mot comme une lame émoussée qu’il espérait encore tranchante, pour deviner la taupe du terrible haillonneux.

Et dire qu’il n’y avait que lui pour s’étonner qu’un traître soit entouré par autre chose que des traîtres. Un traitre ne découvre jamais la verite. La trahison est un boomerang qui revient toujours à la main qui l'a lancée.

dimanche 19 avril 2026

LE PROGRES DANGEREUX...

Dans les livres saints ( Ancien Testament, Évangiles, Coran ), Satan est décrit comme l’ennemi acharné de l’homme, celui qui empoisonne son existence. Mais lui attribuer tous les malheurs humains serait une facilité. Les faiblesses de l’homme, attisées par le souffle satanique, ne suffisent pas à expliquer son mal-être. Car jamais la société humaine n’a paru aussi fragile malgré le vertige de ses progrès.

Chaque conquête semble porter sa dette. Karma, résistance de la nature, ou simple loi d’équilibre. A chaque choc infligé au monde, la nature répond pour retrouver sa mesure. Qui prétend dominer la nature ou franchir ses limites physico-chimiques récolte tôt ou tard la fureur des éléments. Nul ne règne impunément sur la vie, car la nature, dans sa réaction, ne distingue ni coupable ni innocent. L’homme progresse, mais la nature, patiente et inflexible, finit toujours par exiger le prix de l’audace. Jamais on n'a ete aussi nombreux à souffrir de la faim, de la soif et de la maladie. Jamais le monde n'a ete aussi précaire, la société aussi fragmentée et la vie assaillie par autant de fléaux multiformes. 

Les secrets réservés à la puissance supérieure demeurent jalousement gardés. N'est ce pas Edward Jenner ?

Hier, Dracula suspendait le cours du temps, Frankenstein surclassait la mort, Faust renonçait à son essence, Prométhée livrait l’arme absolue : le feu. 

Aujourd’hui, sous des visages plus avenants, Steve Jobs ébranle la souveraineté de l’esprit sur la matière, Bill Gates recompose les liens humains et Oppenheimer fissure la quiétude du monde en libérant la puissance destructrice de l’atome.

Autant d’individus qu’un voyage dans le futur se chargera de juger : pour les uns, en durcissant le verdict ; pour les autres, en relatant la manière dont la nature, patiente mais implacable, aura fini par broyer ce qui prétendait s’ériger au-dessus d’elle. Un jugement sévère, dans tous les cas, presque inévitable, tant leurs actes n’avaient pas encore fini de déplier au grand jour leurs conséquences les plus sombres.

Mais il y aura pire. Le cas de l’ouroboros, bien entendu.

Comment la postérité traitera-t-elle l’ouroboros ? Par quel concept parviendra-t-elle à contenir cette entreprise méthodique de bureaucratisation de la trahison, cette volonté opiniâtre d’inscrire le reniement dans des règles, des protocoles et des procédures, jusqu’à lui donner l’apparence d’une nécessité ?

Et quel nom donnera-t-on alors à celui qui fut l’auteur de cette offense à la nature ? Le désignera-t-on comme un éternel garnement jouant avec des allumettes dans une salle de jouets ?

Aura-t-il seulement compris ce qu’il allumait ?

Il y aura peut-être eu incendie. Mais on n’en retiendra pas seulement les flammes visibles. La fumée âcre de la combustion de la camaraderie empestera l’air ; la chaleur irrésistible des braises rougeoyantes attestera la consumation irréversible de l’engagement patriotique. Les cendres témoigneront encore pendant un bon moment de ce feu de fidélités rompues et rappelleront ce brasier lent qui consuma ce que l’on croyait inaltérable.

Le monstre de Frankenstein était en vadrouille. Il cherchait sa douce moitié, non par caprice, mais parce que la nature tenait à son équilibre. Créature née d’un défi lancé à l’ordre naturel par essence, il demeurait le seul être capable d’offrir refuge à la nourrice perdue et de la soustraire aux griffes de Satan, cette autre créature procédant d'une rupture d l'ordre cosmique. 

Amenera-t-elle son baby boss dans son nouveau refuge, à coté de son nouvel amoureux.. 

Peut-on en douter ? L'ouroboros partira. Et ce sera sous le protocole de la honte au rythme des croassements de la racaille batracienne : en traître indigne de la colère du gourou et en héros de la pantoufle incapable même de susciter le mépris des haillonneux. 

Car certaines fautes ne produisent ni fracas ni scandale, seulement une dégradation brutale des grandeurs attendues et l’installation perverse de la médiocrité, là où il n'était question que d’honneur, de respect de la parole donnée.