dimanche 17 mai 2026

NOTRE TONTON INCREVABLE...

La drôle de guerre continuait à travers ses conséquences insidieuses dans l’existence des peuples. Elle était drôle non pas seulement parce qu'elle en avait redéfini le concept mais surtout qu'il fallait y regarder de plus près et plus longtemps pour en connaitre le vainqueur. 

L’Empereur rouge avait compris avant les autres qu’il etait la cible véritable de Teddy. Lequel, comme on s'y attendait, avait relancé la lutte éternelle pour la prééminence de son pays et ne reculait devant rien pour la renaissance de son pays. Sa seule erreur fut d'avoir approché Teddy en premier. Sur insistance de Soso, il faut le dire. Il lui avait soumis son offre : un partage négocié des zones d’influence, présenté comme un compromis raisonnable.

Teddy, fort surpris, avait écouté. Il savait que, derrière les sourires et les poignées de main, les empires ne parlaient jamais de paix. Ils parlaient seulement de rapports de force. Teddy avait pense que c'était un signe de faiblesse et avait préféré ignorer l'offre. Ce manque d'enthousiasme ne surprit guère l’Empereur rouge, pour qui, Teddy ne faisait que repousser l’inévitable. 

Car les grandes puissances finissaient toujours par se partager le monde lorsqu’elles comprenaient qu’aucune d’entre elles ne pouvait le posséder entièrement. Maintenir leur statut exigeait renouvellement industriel permanent d'une part comme d'autre part, l'essor de leurs complexes militaro-industriels exigeait des tensions permanentes, des ennemis crédibles et des guerres suffisamment longues. Objectif suprême : l’entretien de leurs gigantesques machines.

On attendait donc, dans les chancelleries comme dans les marchés financiers, de connaître le nouvel équilibre auquel les grands étaient secrètement parvenus. L’Empereur rouge avait-il corsé son offre ? Teddy avait-il consenti à quelles concessions ? Soso avait il-été consulté ? 

Mais au milieu de ces jeux impériaux, une question plus fondamentale s’imposait : pourquoi la vie était-elle devenue subitement si difficile sur Terre ? Pourquoi l’homme moderne, entouré de technologies prodigieuses et de connaissances inégalées, semblait-il plus inquiet, plus instable et plus désorienté que ses ancêtres ?

L’homme n’a pourtant créé ni l’air qu’il respire, ni l’eau qu’il boit, ni le sol qui le nourrit. Et il est probable qu’il ne les créera jamais véritablement. Les éléments essentiels de la vie lui ont simplement été donnés avec la nature et les animaux pour compléter sa subsistance et orner son existence. Toute civilisation repose d’abord sur ces dons premiers. Sans eux, ni science, ni économie, ni armée, ni empire ne subsistent plus de quelques jours.

Pourtant, parce que ces biens fondamentaux sont accessibles et paraissent aller de soi, l’homme les banalise. Il les traite comme des évidences secondaires pendant qu’il érige ses propres productions au rang de finalité suprême. Il mesure désormais la valeur du monde à l’aune de ce qu’il fabrique, de ce qu’il extrait, de ce qu’il vend ou accumule, oubliant progressivement ce qui rend tout cela possible. Ainsi, l’humanité s’est mise à célébrer l’artifice tout en négligeant les conditions mêmes de son existence.

Le véritable enjeu n’était donc peut-être pas de dominer la planète, mais d’apprendre à préserver ce qui la rend habitable, ce qui fonde la cohabitation. Une alliance authentique pour la sauvegarde de la vie devrait succéder aux écologismes marginaux ou folkloriques qui, trop souvent, se réduisent à des querelles partisanes, à des postures morales ou à des marchés opportunistes. Il ne s’agissait plus seulement de sauver quelques espèces emblématiques ou de réduire des statistiques climatiques : il fallait réconcilier l’homme avec les fondements matériels et spirituels de sa propre survie.

La drôle de révolution continuait au Gourouland, aussi. 

Il est communément admis qu’un homme ou une femme qui se joue d’autrui finit fatalement par devenir, à son tour, le jouet d’une autre femme, d'un autre homme. Le goumin aurait-il donc son propre karma ? Une loi secrète de réversibilité par laquelle les manipulateurs finissent eux-mêmes manipulés, les traîtres trahis, les stratèges absorbés par des stratégies qui les dépassent ? Peut-être existait-il, au cœur même des relations humaines, une mécanique invisible qui se chargeait tôt ou tard de rétablir certains équilibres.

À supposer que Satan et le monstre de Frankenstein fussent des hommes, la position de la nounou n'en était que plus délicate. La traitraille ubiquitaire commençait-elle à comprendre l’étendue de son problème ? 

Il est relativement facile de dérober une marchandise ; le véritable défi consiste ensuite à trouver à qui la vendre sans se condamner soi-même. Ainsi l’ouroboros était-il devenu une patate brûlante entre leurs mains. Chacun voulait s’en débarrasser sans en assumer le poids. L’objet, la créature ou peut-être le secret qu’il représentait était devenu trop encombrant pour être gardé, trop dangereux pour être détruit et trop compromettant pour être revendiqué. À qui le fourguer ? Qui accepterait d’en partager le fardeau, la culpabilité et les conséquences ? Même les plus cyniques semblaient hésiter devant ce legs empoisonné.

Le sort semblait désormais jeté. Le dernier esclandre du garnement qui s'était remis à jouer avec les allumettes, avait achevé de convaincre les plus lucides de son irresponsabilité foncière. Car il fallait une étonnante vacuité pour persister dans ces gamineries politiciennes à une heure aussi grave de l’Histoire. 

N'est ce pas que tandis que les puissants jouaient avec les nerfs du monde, les conséquences réelles de leurs caprices étaient supportées par les pauvres hères des contrées alkebulanaises, abandonnées à des potentats vaniteux, désorientés et incapables de penser au-delà de leur propre survie politique ?

L’Alkebulan demeurait atone. Comme pétrifiée par la brutalité de la crise et par la rapidité avec laquelle le désordre se propageait. Les peuples regardaient monter les prix, disparaître les opportunités et se multiplier les humiliations collectives avec cette lassitude des terres longtemps habituées à subir l’Histoire plutôt qu’à la conduire. Les palais continuaient leurs cérémoniaux creux, les discours officiels promettaient des lendemains imaginaires, tandis que les jeunesses erraient sans horizon entre exil, colère et résignation.

 Au Gourouland, déjà, le gourou identifiait l'ouroboros à l'idiot utile de la révolution, l'accélérateur nécessaire pour lever le reste des taupes contre-révolutionnaires tapies dans l'ombre. Hé oui, le système, capitaliste pour ne pas dire le nom, gardait intact sa force de frappe et faisait preuve d'une formidable résistance. 

Et à l'instar de l'ouroboros qui s'était livré poings et pieds liés au Tonton increvable, les élites alkebulanaises semblaient vivre dans une temporalité parallèle, à contre-sens de l'histoire. Certaines continuaient de singer les anciennes métropoles avec un zèle presque pathétique ; d’autres se réfugiaient dans des rhétoriques identitaires grandiloquentes qui masquaient difficilement l’absence de projet véritable. L’indépendance avait parfois changé les drapeaux sans réellement transformer les structures mentales. Beaucoup gouvernaient encore comme des intendants précaires d’un ordre mondial qu’ils prétendaient pourtant dénoncer.

Et cependant, sous cette apparente inertie, quelque chose continuait de couver. Une fatigue historique, peut-être, de civilisations humiliées, repues de frustration, ruminant leur malheur en silence jusqu’au moment où une génération finira par transformer ce ressentiment diffus en volonté collective, de faire de cette volonté un vecteur de progression inarrêtable.

Peut-être était-ce cela le fondement de cette agitation des grandes puissances qui avaient perçu l'intensité de la vague qui prenait naissance. Le vieux récit de la domination s’essoufflait. Et avec lui, les justificatifs éculés de l'ordre suranné dont ils s'échinent à longueur de temps à maintenir loin du point du rupture. Les peuples supportaient encore le poids des structures anciennes, mais l’adhésion intérieure se fissurait peu à peu. Et lorsqu’un monde cesse d’être cru, il commence déjà à s’effondrer.

mardi 5 mai 2026

LE MONDE DU MARCHE...

On etait en droit d'interpeller la conscience du monde par rapport a une des valeurs fondatrices de son humanisme. La solidarité. On assistait plutôt a sa galvaudation dans des élans de generosite qui mettaient plutôt en relation des groupes particuliers. Et meme, dans ce cas, il s'agit d'opérations ponctuelles, des aumônes, sans lendemain si non renouvelées à intervalles réguliers. 

La situation internationale marquée par un renchérissement draconien du cout de la vie dans le monde entier offrait un terrain d'analyse opportun. Le prix du baril flambait parce que l'un des protagonistes avait fait du pétrole un cheval de bataille. 

Mais loin du théâtre d'opérations, les autres nations productrices de l'or noir n'avait manifesté aucune solidarité, ni aucun élan généreux, envers leurs congeneres humains à l'échelle du globe.

Le marché était passé par la, régent suprême des relations humaines, monstre froid d'algorithmes matheux sans états d'âme. Il est, gros paradoxe, l'institution dont l'essor aura considérablement promu le progrès social de quelques uns,  en ruinant l'humanisme de tous...    

Le mal est profond car on s'est trop longtemps accommodé de la guerre, de l'esclavage, de la colonisation, de l'exploitation. Et pire, du développement et du sous développement  ! 

Deux mondes asymétriques, que tout persiste à opposer : l'opulence contre la précarité, la santé contre la maladie, le savoir contre l'ignorance, la haute technologie contre l'archaïsme. 

Au fond, notre monde ne semble se perpétuer toujours qu'à travers le renouvellement des moyens de pression et d'oppression du fort par rapport au faible. 

Qu'est ce monde ? Qui en bénéficiait ? Qui en héritera ? Mieux, quel avenir pour le monde dont les progrès matériels ne peuvent se mettre au service de sa solidarité morale ? 

On pouvait reconnaître un certain courage à l'ouroboros. Celui d'avoir osé faire son coming-out. On ne pouvait pas dire s'il l'avait réussi ou pas parce qu'on attendait la réponse du destinataire de cet acte d'allégeance qui ne disait pas son nom. 

Toujours est-il que cela était devenu le mot d'ordre chez la traitraille batracienne où les grenouilles rivalisaient dans un concours du coming-out le plus théâtral, le plus magistral !

Mais il était un fait que dans le gourouland, celui qui ne voulait pas la paix du gourou n'en connaitrait jamais sauf à songer la trouver auprès de Satan. Alors, on pouvait bien le dire, on était en présence de  coming-out satanistes.  

Seulement Satan était beaucoup plus imbu de sa personne, beaucoup plus exigeant par rapport à son ipséité. Adhérer à son parti passait par des rites profanatoires et des celebrations ténébreuses. 

Et d'ailleurs, la crapauté aurait du bien méditer sur les contorsions pitoyables de leur chef, l'ouroboros. N'y voyait-on pas des mimiques  pour capter l'attention sur son intérêt à la cause du diable ?

Avant sans doute d'officialiser son entreprise de ralliement durant la grande messe noire devinée par les oracles paiens. le taureau noir allait il etre immolé ? A quoi serviront les tripes d'ânes et les têtes de charognards ? 

Mais il fallait plus pour Satan. Pour autant que soient louables les transports de son joujou à devenir son suppôt, rien, absolument rien n'équivalait à la tête du gourou fichée sur un pieu de tungstène.  

Il est quand meme remarquable que le babyboss se rapprochait de Satan au moment meme où sa nounou s'en détachait...  

dimanche 3 mai 2026

LA SURVIE D'UNE SOCIETE...

Le traître et l’ingrat ne sont pas de simples figures à vouer aux gémonies. Dans toutes les civilisations, ils inquiètent davantage que l’ennemi déclaré. On les confond parce qu’ils marchent souvent ensemble, mais leurs ressorts diffèrent.

La trahison est une rupture : elle brise un lien vivant, renie un engagement dit ou implicite.  L’ingratitude, elle, relève de la mémoire : elle efface, elle nie le don reçu, elle vit comme si aucune dette symbolique n’avait existé. « Quand on boit l’eau du puits, on se souvient de celui qui l’a creusé. »

Le traître se pare volontiers de nécessité, d’équilibre ou d’intérêt supérieur. Il se croit lucide, arbitre du réel, et baptise exigence ce qui n’est qu’abandon. « Le mensonge prend l’ascenseur, la vérité prend l’escalier. »

L’ingrat, lui, réécrit le passé pour s’affranchir : là où le premier altère un acte, le second falsifie toute une histoire.

Le péril culmine quand les deux se confondent : rupture et effacement marchent alors d’un même pas. Celui qui rompt nie avoir jamais été lié ; le jugement se dissout, la faute devient introuvable.

L’Ouroboros, lui, tenait des deux. Traître sacré, ingrat consommé. Il ne jouait plus avec les allumettes : il avait déjà mis le feu. Pris d’un délire de grandeur, il s’imaginait rival des voix du peuple, alors qu’il n’en était que l’écho tardif. L’image qui demeurait était celle d’un homme acculé, mesurant — trop tard — la portée du gourou.

Invectives, mensonges, menaces : il s’en parait comme d’atours. En vain. « On peut farder le visage, pas la conscience. »Un traître doit être nommé, un ingrat reconnu pour tel : non par haine, mais pour que la cité garde la force de dire le vrai. 

Car toute société survit à ses traîtres et à ses ingrats si elle conserve ce pouvoir de nommer la faute. À défaut, elle s’égare et perd son âme.

La gourouland vacillait. L’Ouroboros avait oublié qu’il n’était  et ne serait jamais qu’un substitut. Or « qui oublie sa dette oublie aussi sa fidélité » : ne sachant plus ce qu’il doit, il ne sait plus à quoi tenir.

vendredi 1 mai 2026

FAIRE DURER LA TENSION....

La mafiosisation du monde n’était plus une dérive : elle était devenue un réflexe, presque un instinct de gouvernement. 

Partout, les dépositaires du pouvoir, sitôt investis, semblent obéir à une même grammaire : verrouiller, capter, distribuer — non pas selon le mérite, mais selon l’allégeance et la proximité biologique. Ils n'étaient pas tant des stratèges que des gestionnaires de rentes, hantés par la conservation du pouvoir au point d’en perdre raison, honneur et dignité. La récurrence d'un tel  comportement interpellait les experts en biologie computationnelle.  

En Alkebulan, cette logique atteignait une cruauté inédite : l’État etait ravalé au rang de caisse, le pouvoir une clé, une clé servant à ouvrir les coffres pour les mêmes mains. L’exemple gouroulandais en fut la caricature la plus nette : l’ouroboros n’y improvisait rien, il y déroulait une partition déjà écrite ailleurs et/ou avant lui.

Il marchait avec une précision clinique d'un funambule compromissionnel. Cet art dangereux de tenir sans résoudre, de savoir sans agir, de voir sans réagir, de porter sans céder le poids simultané du fait et de son contraire. Mais il ne marchait ni pour relier ni pour trancher sinon pour maintenir vivante la fracture. Car c’est dans cette zone opaque, cette épaisseur vaseuse, qu'il pouvait camoufler sa sombre nature d'idiot ingrat. Là où d’autres criaient à l’égarement, lui scandait la réconciliation ; là où il fallait décider, il installait l’équivoque.

On conçoit parfaitement que la vie humaine tende vers une forme de perfection mais la nature ne se perfectionne qu’en développant ses caractères majeurs. Que l’ouroboros ne soit tendu donc que vers l’élimination du gourou ne devrait point étonner. Et en jetant son grappin sur lui, Satan ne faisait que confirmer son redoutable flair dans l’identification des traîtres.

Le moment n’était pas encore venu de choisir entre dialectique et complémentarité. Encore moins d'osmose. L’obscurité n’est-elle pas, selon l’angle, à la fois absence et saturation de couleurs ? L’ombre n’est pas le contraire de la lumière : l’une produit, l’autre révèle. Ensemble, elles se définissent et donnent forme au visible par leur tension.

Pendant ce temps, l’ouroboros empilait racaille, vermine et fripouilles aux côtés de sa traîtraille ubiquitaire, dressant les rangs d'une armée à éliminer le gourou. Le commandement en serait confié au Grand Animal, rappelé pour ses offices macabres, domaine où il excellait sans partage, épaulé par le Gros Cafard. Mais où se terrait donc le chef assassin ?

La nounou avait-elle fait du bon travail ? Pas si sûr, en tout cas, qu'elle fasse encore l'affaire...

mardi 28 avril 2026

MESSAGE A QUICONQUE...

Personne ne s'en souciait. Hadès, le fils de Satan était entrain d'être cendrifié par les chaleurs orientales, là-bas. Tous sauf son père Satan, on présume.     

Toutefois, le sort de Hades et sa clique demeurait un point d'attention. Ils méritaient cette indulgence tout autant que ces gredins et ces malfrats de tout acabit qui s'en gavaient. 

Le cas devra attendre, en tout état de cause. Il fallait donner du temps à l'ouroboros de digérer son réveil douloureux. Il venait de réaliser qu'il était loin, bien loin, d'être un roi comme sa nounou ringarde et sa racaille batracienne multiforme qui puisaient à la fontaine historique d'une ascendance à la réputation macabre, sanguinaire et répugnante lui chuchotaient.  

Etait-ce l’heure de taper du poing sur la table, de cogner sur le gong ou de faire beugler la cornemuse ? Pourquoi pas, pendant qu’on y était, organiser une parade pour flatter l’ego du prince du moment ?

Pour les jababus, il semblait surtout que l’heure fût venue de dire. Dire à l’ouroboros ou à sa nounou, ce qui revenait souvent au même, que, si haut perché qu’un roi s’imagine sur son trône, il reste assis sur ses fesses, et rien d’autre. Lui rappeler aussi que, quelle que soit la taille de sa couronne, un roi mange, boit, défèque et s’accouple comme n’importe quel quidam, sans privilège physiologique ni miracle royal.

Par ailleurs, sa veulerie ralentissait la révolution gouroulandaise. Ce n'était par un effet de ses gamineries démoniaques ni de ses maudites postures d’avatar. Les peuples ont déjà vu passer trop de monstres pour trembler devant un masque de plus.

La cause était ailleurs. Plus profonde. Et surtout plus gênante. Elle procédait d'habitudes résiduelles, encore bien ancrées, de tolérer les impostures tant qu’elles parlaient fort, de prendre le volume pour de la vision, la morgue pour de l’autorité et l’arrogance pour de la compétence. Certains continuaient encore de laisser prospérer prospérer des hommes gonflés d’eux-mêmes, d'autres ne trouvaient jouissance que de les accompagner et les flagorner.

Mais cette fois, quelque chose s’était rompu.

La pause n’était pas une faiblesse. Elle marquait une étape cruciale,  le moment où l’on cesse d’applaudir par réflexe et où l’on commence à regarder le spectacle pour ce qu’il est : une farce répétée par des acteurs médiocres persuadés d’être des génies.

Car, au fond, l’ouroboros n’était qu’un symptôme. Une boursouflure visible d’un mal plus ancien : la fascination pour les hommes à la parole volage et aux actes indécents. Dont l'éclosion était favorisée par la patience excessive d’un peuple qui, trop longtemps, avait confondu endurance et soumission.

La révolution marquait une pause, oui.

Mais c’était la pause d’un peuple qui cessait de tolérer l'innommable et qui se demandait, enfin, combien de temps encore il accepterait d’être gouverné par le déshonneur et l'indignité.

vendredi 24 avril 2026

LA RONDE DES PIAFS...

Demandez l’avis de n’importe quel piafiste sérieux. Les perroquets perdent la voix avec la vieillesse. C’est connu. Le temps use les cordes vocales comme il émousse les serres et ternit le plumage. Voilà pourquoi, quand de vieux perroquets et de vieilles perroquettes, de service, s’entend, retrouvent subitement la voix, il y a vraiment de quoi frissonner.

Ils et elles avaient repris la parole pour alerter sur le péril d’un patrimoine dont, pourtant, ils se sont sustentés jusqu’à l’os, en en suçant la moelle avec une patience de longue prédation. Un patrimoine qu’ils ont surtout consommé, sans jamais le gouverner en accord avec les attentes des gouroulandais.

De vieux et vieilles paumés, minés par la nostalgie des sinécures moelleuses et des honneurs immérités, faisaient mine de venir à la rescousse de l’ouroboros en perdition, ballotté en haute mer politicienne.
Mais la plus belle femme du monde ne peut offrir que ce qu’elle a. Et eux n’avaient plus que des gestes recyclés, des discours fatigués et des certitudes usées.

Une énième branche donc tendue au quidam en train de se noyer, sur le pari risqué qu’un naufragé, dans sa panique, s’accrochait à tout ce qui flotte et même à ce qui coule lentement.

Mais le cas désespéré de l’ouroboros s’était intensifié. Comme Icare, il ne suffisait pas qu’il fût sauvé : sa nature vaniteuse l’avait ensuite incliné vers la désobéissance et la fatuité. L'ivresse des hauteurs lui faisant croire pouvoir défier la chute. C’est ainsi qu’il se perdit seul, convaincu de voler alors qu’il dérivait mortellement vers le feu ardent du soleil.

Imeldasse avait décidé, malgré tout, de sauver les meubles. Elle avait imposé à la nounou et à la traitraille batracienne un défilé destiné à exhiber ses créations de styliste hors pair. Avec son top model, à l'honneur, contraint à parader. Mais cela se voyait : le traître avait la tête ailleurs.

Il souriait là où il fallait sourire, certes, mais son esprit errait dans des couloirs humides, peuplés de soupçons et de calculs. Il se rongeait les méninges, furetant mentalement parmi les maximes machiavéliques, retournant chaque mot comme une lame émoussée qu’il espérait encore tranchante, pour deviner la taupe du terrible haillonneux.

Et dire qu’il n’y avait que lui pour s’étonner qu’un traître soit entouré par autre chose que des traîtres. Un traitre ne découvre jamais la verite. La trahison est un boomerang qui revient toujours à la main qui l'a lancée.

dimanche 19 avril 2026

LE PROGRES DANGEREUX...

Dans les livres saints ( Ancien Testament, Évangiles, Coran ), Satan est décrit comme l’ennemi acharné de l’homme, celui qui empoisonne son existence. Mais lui attribuer tous les malheurs humains serait une facilité. Les faiblesses de l’homme, attisées par le souffle satanique, ne suffisent pas à expliquer son mal-être. Car jamais la société humaine n’a paru aussi fragile malgré le vertige de ses progrès.

Chaque conquête semble porter sa dette. Karma, résistance de la nature, ou simple loi d’équilibre. A chaque choc infligé au monde, la nature répond pour retrouver sa mesure. Qui prétend dominer la nature ou franchir ses limites physico-chimiques récolte tôt ou tard la fureur des éléments. Nul ne règne impunément sur la vie, car la nature, dans sa réaction, ne distingue ni coupable ni innocent. L’homme progresse, mais la nature, patiente et inflexible, finit toujours par exiger le prix de l’audace. Jamais on n'a ete aussi nombreux à souffrir de la faim, de la soif et de la maladie. Jamais le monde n'a ete aussi précaire, la société aussi fragmentée et la vie assaillie par autant de fléaux multiformes. 

Les secrets réservés à la puissance supérieure demeurent jalousement gardés. N'est ce pas Edward Jenner ?

Hier, Dracula suspendait le cours du temps, Frankenstein surclassait la mort, Faust renonçait à son essence, Prométhée livrait l’arme absolue : le feu. 

Aujourd’hui, sous des visages plus avenants, Steve Jobs ébranle la souveraineté de l’esprit sur la matière, Bill Gates recompose les liens humains et Oppenheimer fissure la quiétude du monde en libérant la puissance destructrice de l’atome.

Autant d’individus qu’un voyage dans le futur se chargera de juger : pour les uns, en durcissant le verdict ; pour les autres, en relatant la manière dont la nature, patiente mais implacable, aura fini par broyer ce qui prétendait s’ériger au-dessus d’elle. Un jugement sévère, dans tous les cas, presque inévitable, tant leurs actes n’avaient pas encore fini de déplier au grand jour leurs conséquences les plus sombres.

Mais il y aura pire. Le cas de l’ouroboros, bien entendu.

Comment la postérité traitera-t-elle l’ouroboros ? Par quel concept parviendra-t-elle à contenir cette entreprise méthodique de bureaucratisation de la trahison, cette volonté opiniâtre d’inscrire le reniement dans des règles, des protocoles et des procédures, jusqu’à lui donner l’apparence d’une nécessité ?

Et quel nom donnera-t-on alors à celui qui fut l’auteur de cette offense à la nature ? Le désignera-t-on comme un éternel garnement jouant avec des allumettes dans une salle de jouets ?

Aura-t-il seulement compris ce qu’il allumait ?

Il y aura peut-être eu incendie. Mais on n’en retiendra pas seulement les flammes visibles. La fumée âcre de la combustion de la camaraderie empestera l’air ; la chaleur irrésistible des braises rougeoyantes attestera la consumation irréversible de l’engagement patriotique. Les cendres témoigneront encore pendant un bon moment de ce feu de fidélités rompues et rappelleront ce brasier lent qui consuma ce que l’on croyait inaltérable.

Le monstre de Frankenstein était en vadrouille. Il cherchait sa douce moitié, non par caprice, mais parce que la nature tenait à son équilibre. Créature née d’un défi lancé à l’ordre naturel par essence, il demeurait le seul être capable d’offrir refuge à la nourrice perdue et de la soustraire aux griffes de Satan, cette autre créature procédant d'une rupture d l'ordre cosmique. 

Amenera-t-elle son baby boss dans son nouveau refuge, à coté de son nouvel amoureux.. 

Peut-on en douter ? L'ouroboros partira. Et ce sera sous le protocole de la honte au rythme des croassements de la racaille batracienne : en traître indigne de la colère du gourou et en héros de la pantoufle incapable même de susciter le mépris des haillonneux. 

Car certaines fautes ne produisent ni fracas ni scandale, seulement une dégradation brutale des grandeurs attendues et l’installation perverse de la médiocrité, là où il n'était question que d’honneur, de respect de la parole donnée.

vendredi 17 avril 2026

DES FOURBERIES ATTENDUES...

En Alkebulan, l’école, brandie comme symbole d’évolution, n’aura trop souvent été qu’une usine à produire des élites tragiquement incompétentes dès qu’il s’agit d’inventer et d’appliquer des solutions pour le bien-être collectif durable, mais prodigieusement habiles à discourir et à se servir. Pour elles, le progrès social se résumait à l’enrichissement personnel — comme si mettre individuellement ses proches à l’abri devait, par miracle, mettre collectivement tous les autres à l’abri.

Pis encore, ces produits de l’école n'avaient pas appris à vaincre sans avoir raison ou du moins avaient ils assimilé cette leçon d'une manière singulière. Ils cultivent un mépris hautain envers leurs compatriotes taxés d’analphabètes. L’école et l'arrogance !

Ce complexe de supériorité, c'est mépriser l’analphabète qui ne sait pas lire un livre mais sait lire le ciel, la terre et les bêtes. Mépriser le paysan, ce « villageois » qui nourrit le pays. Mépriser l’arabisant porteur d’une mémoire tout aussi ancienne.

L’école n’avait pas élevé l’Alkebulan, elle avait séparé durablement ses enfants.  Les élites instruites à l'école savaient bien discourir de maintes choses, manier plusieurs concepts, mimer les autres mais ne savaient pas parler avec les leurs.  Elles ne se genaient pas de concevoir des politiques agricoles sans associer les paysans, d'entretenir un système éducatif  budgétivore sans penser à l'inclusion d'une frange non moins plus importante d'enfants dans les médersas ou les campagnes, de penser à l’aménagement territorial sans vivre dans les territoires.

Le gourou n'était pas seul dans sa croisade. L'existence du serval, le  terrible haillonneux qui tenait le traitre et ses bebequets, sonnait le glas de cette architecture morale abjecte, dans une certaine mesure.  

Mais tuer le roi ne faisait pas de vous le roi. Il faisait d vous un traitre, un assassin tout au plus. L’ouroboros vivrait assez longtemps pour recevoir la claque en pleine figure. Sa nounou avait entamé un périple, non pour préparer son mariage avec Satan mais plus pour marcher au combat contre le monstre qui avait éteint son étoile. Et c'était son pied, Satan dans son pied !

Dans le même temps, l’ouroboros, las des sournoiseries de sa nounou, avait dépêché ses grenouilles pour consolider une alliance virtuelle contre le gourou. La liberté du grillon était actée, il avait accepté de se tenir aux premières loges. Le mamba noir s’était rapproché. Judas hésitait. Quid du monstre ?

Quelles fourberies nous réservait encore l’ouroboros ?

Le faible qui se croit invincible s’engage dans une passe périlleuse, tout comme le fort qui refuse d’admettre sa défaite. L’un et l’autre prolongent inutilement les massacres et les destructions. L’aveuglement de la présomption et l’orgueil du déclin sont les combustibles des tragédies.

Teddy, entends-tu cela, toi aussi ?

dimanche 12 avril 2026

LE BOULEVERSEMENT MAJEUR...

Le droit ne valait plus grand-chose depuis la randonnée perfide de Teddy. Sa déculottée publique n’avait fait que confirmer le ressenti unanime de la perte progressive de la portée symbolique de la norme juridique. Elle cesse de devenir un repère collectif mais plutôt une arme circonstancielle. 

Ce n'est pas une nouveauté historique, loin de là.  Partout où l'ordre ancien a ete renversé, l'élément précurseur aura été une crise de légitimité du droit lui-même. Les textes subsistent sans garantir l’obéissance, la loi demeure formellement intacte mais perd sa force contraignante réelle. Dans l'esprit de Montesquieu, une chose n'est pas juste parce qu'elle est la loi, elle doit etre loi parce qu'elle est juste !

Ainsi, la deculottée de Teddy n’etait pas une simple déconvenue personnelle. Il fallait l'adapter a l'ambiance générale de désenchantement institutionnel où les intérêts particuliers piétinent la loi qui ne survit que par une convocation opportune sans vergogne ou par des interpretations alambiquées de sottes suffisance intellectuelles. 

Une révolution mondiale est en marche. Réelle ou fantasmée ?  Les signes d'un bouleversement majeur de l'équilibre du monde sont appercevables. Ils révèlent deja leurs « idiots utiles », ces figures involontaires ont la malheureuse mission d'amplifier les défauts du système pour disparaitre avec lui. Et prepararer son dépassement par la venue d'hommes qui conviennent à la nouvelle situation.

Teddy etait l’idiot utile, malgré lui, de cette révolution mondiale. Plus de paix ? Plus d'équité ? Un nouvel ordre indéfini ?

Le Gourouland s'offrait en exemple au monde. Les symboles se retournaient contre eux-mêmes, piégeant l'Ouroboros condamné à incarner la continuité d'un pouvoir pris dans ses propres contradictions mais animé par un furieux instinct de survie.

L'ouroboros s’etait ainsi engagé à vive allure sur le boulevard de la trahison. Était-il devenu traître ou l’avait-il toujours été ? Seul Judas, le plus grand traitre de Laf, figure archétypale de la trahison dans la mémoire gouroulandaise, aurait pu lui être d’un conseil avisé. Pour lui enseigner l’art de digérer la trahison. 

Il lui fallait désormais un nouveau mode de vie pour sa métamorphose complète, une nouvelle constellation d’alliés pour théoriser et formaliser sa trahison. Sa racaille batracienne laryngitique ne suffisait pas. Sa nounou psittacide, non plus !

La connaissance récente est elle assez exhaustive pour passer comme règle anthropologique ?      

Ce que l'on sait. Pour que le monstre s’impose, il lui avait fallu une vermine belliqueuse et kleptomane ; et pour que le gourou tienne, il lui fallut des fidèles inconditionnels. 

Mais la réalité est que la domination ne repose jamais sur la force brute. 

vendredi 10 avril 2026

LA CERTITUDE SACERDOTALE...

Pourquoi éprouvait-on tant de peine à concéder à Teddy sa victoire miragique ? Comme si reconnaître son triomphe revenait à admettre que nous avions été dupes, consentants, ou pire encore, complices silencieux de son ascension.

On aurait voulu se consoler, ne serait-ce que l’espace de quelques instants, en se disant que ce mal n’était pas propre au Gourouland seul, ni même à Alkebulan dans son ensemble. Que, sous d’autres latitudes, à travers d’autres peuples et d’autres drapeaux, des psychopathes parvenaient eux aussi à se faufiler à travers les filtres sociaux, à déjouer les garde-fous moraux, pour atteindre les sommets du pouvoir. 

Fallait-il alors laisser nos propres psychopathes digérer les leçons de cette « victoire » ? Rien n’autorisait à croire que les mêmes causes ne reproduiraient pas, inlassablement, les mêmes effets. L’histoire, obstinée, avait toujours eu le goût des répétitions tragiques.

Teddy avait semé le chaos, produit le désordre sans jamais éprouver la moindre responsabilité morale. Tout le monde s’était honteusement tu pour le regarder déchainé ses maîtres-chiens. 

À force d’observer ces dérives, on en venait à se demander si l’homme n’était pas, en effet, de trop sur la terre. L’harmonie semblait résider dans l’ordre naturel, dans cette mécanique silencieuse où chaque chose trouve sa place sans décret ni révolution. Dans cet univers, l’homme apparaissait comme l’élément perturbateur par excellence, un etre chroniquement insatisfait, toujours prêt à bouleverser le présent au nom d'un passé prétendument glorieux ou pour un avenir idéel.

Sa propension au changement, à la réforme, à la révision et même à la révolution n’était peut-être rien d’autre qu’une expression raffinée de sa fourberie déstabilisatrice. Une trace visible à travers l’histoire des faillites des organisations sociales, mais aussi dans l’échec répété de ses rêves utopiques en ce domaine.

La nature humaine semblait s’être solidifiée dans une fondation agressive et belliqueuse que les religions n’avaient toujours pas réussi à dompter. Non qu’elles n’aient pas essayé mais elles avaient aussi toujours trouvé sur leur chemin un adversaire opiniâtre. Satan. Depuis des temps immémoriaux, il s’opposait à toute tentative d’ordre moral. Il en avait fait le serment, juré dans une éternité dont nul ne pouvait mesurer l’étendue.

Et voilà qu’à présent, il avait publié les bans de son mariage avec la nounou de l’ouroboros. Une union qui, à elle seule, promettait des conséquences imprévisibles. L’ouroboros lui-même en avait-il été informé ? Comment réagirait-il ? 

Pour le moment, à l'entendre et en public, l'ouroboros ressemblait à un saint porteur de la bonne parole. Mais, en privé et derrière les portes capitonnées, il nouait des intrigues, défaisant méthodiquement la cause qui l'avait exhaussé.   

La démonnaille des quatre coins du monde ne cachait pas son enthousiasme. La célébration s’annonçait assez grandiose pour faire pâlir les festins du Valhala.

La crapauté, en revanche, considérait l’événement avec inquiétude. Son humeur était sombre, presque amère. Quel serait désormais son statut après le déclassement de son lutin ? 

Un gamin est toujours, d’une certaine manière, jaloux de sa mère. C’est une jalousie primitive, instinctive, qui naît du sentiment d’être dépossédé ; le sentiment qui avait causé jadis la perte de Satan lui-même. Ah, ce refus de partager l’attention, ce désir exclusif d’être seul au centre du regard !

Pendant ce temps, le gourou avait déjoué un guet-apens soigneusement tendu par Satan. Mais aux yeux du gourou, il n’existait pas de traîtres ordinaires. Il n’y avait que des traîtres à la cause alkebulanaise. Et cette cause, il la portait comme un étendard, avec la certitude sacerdotale de celui qui se sentait investi d’une mission irrévocable.

mardi 7 avril 2026

SANS VICTIMES COLLATERALES. ?

Satan en avait-il finalement assez de conter fleurette pendant tout ce temps à la nounou qui se refusait obstinément à lui ? Il ne lui laissait désormais plus le choix. Le mariage… ou alors, pas question pour elle de continuer à partager avec lui son joujou, l’ouroboros. C’était clair. Très clair.

La nounou avait longuement soupesé le pour et le contre. Lâcher son babyboss ? Pas question. Autant mourir !

Elle avait donc accepté, non par amour, mais par dépit. Pourtant, son amoureux démoniaque n’en avait pas encore fini avec ses exigences. Il lui fallait des gages, des preuves irréfutables de fidélité.

Encore ? Oui, encore ! 

Elle devait désormais participer de façon plus assumée à sa guerre contre le gourou, en mettant à sa disposition toute sa racaille batracienne y compris la traitraille ubiquitaire mais aussi le taureau noir. Et ce n’était pas tout : ses enfants invertis chéris devaient, eux aussi, recouvrer la liberté dare-dare.

Le tiraillement incessant entre Satan et la nounou avait déjà causé assez de dégâts dans la cervelle de l’ouroboros. Le pauvre était complètement perdu, comme s’il avait définitivement perdu le nord. Il n’avait plus aucune conscience de lui-même, encore moins celle d’être devenu le jouet d’un couple pervers. Judas, le plus grand traitre de l'ancien Laf pourrait lui etre d'une grande aide !

Devait-il agir à la manière du gourou, ou se laisser modeler à l’image du monstre ? Les bidasses l’avaient-ils seulement compris ? Pouvait-il encore espérer une quelconque affection auprès de la racaille et de la marmaille, intimidées par l’ombre pesante du gourou ? Ses satrapes ethnicistes feraient-ils le poids ? 

Mais, au fond, qu’était réellement ce rapport entre un rebelle et un traître ?

Pourquoi Satan tenait-il toujours à s’aguicher les traîtres pour constituer son armée de démons ? Était-ce par promesses, par flatteries, ou par cette connaissance intime qu’il avait des failles humaines ? Il devait y avoir un peu de tout ça.

Car il ne saurait y avoir d’effet sans cause. Et quoi de plus naturel, en définitive, que celui qui avait brisé la première fidélité s’entoure, à son tour, de loyautés fragiles ?

Les traîtres rassurent un chef déchu, mais ils ne le sécurisent jamais. Ils obéissent tant que souffle le vent de l’intérêt, puis se dispersent dès que l’orage menace. Une armée fidèle se bâtit sur la confiance tandis qu’une armée de traîtres ne tient que par la peur et l’illusion, ses atouts exclusifs.

C'était une gageure que le gourou puisse ferrailler dans cette foret d'avatars sans victimes collatérales ! 

vendredi 3 avril 2026

A QUI PARLAIT L'OUROBOROS ?

Est ce la nounou qui avait bien fait son travail ou est ce que c'est Satan qui avait parfait son emprise sur son joujou ? 

L'un dans l'autre, cet avis apportait de l'eau au moulin de ceux qui avaient jeté aux orties le diagnostic du psychologue du regard. Etait-ce à dire, donc, que l'ouroboros était vraiment devenu fou ? 

En tous les cas, il parlait, personne n'écoutait ce qu'il disait et même ceux qui s'y contraignaient ne parvenait à l'entendre, non plus. Alors, etait-ce malveillant aux jababus de s'interroger quant à son audience cible ? 

L'ouroboros était devenu l'ombre de l'ancien fringant compagnon du gourou. Il avait vieilli avant l'âge par son esprit timoré, il était devenu un jeune gâteux au regard indécis, ou sans doute quelque chose de plus insidieux l'avait dévoré de l'intérieur. 

Et ce, au moment où, pourtant, jamais, il n'avait eu autant besoin de l'appui et du leadership de son proto. 

Si et seulement si, l'ouroboros n'était pas dans une stratégie d'outre tombe : renouveler ses lettres de créances auprès d'occultes  forces étrangères. Et leur redonner les mêmes gages de servilité que son prédécesseur, le monstre... 

Mais quelque soit l'auteur de cette transformation renversante que l'on observait chez l'ouroboros, il l'avait plongé dans le gouffre de la déchéance sociale. 

Enfin, autant qu'on pouvait le faire avec un homme assez bête pour croire aux serments d'allégeance prononcés dans les secrets d'alcôve par des fils de Satan déchus ! 

mardi 31 mars 2026

FUNAMBULISME COMPROMISSIONNEL...

Il n’était pas question, ici, d’épiloguer sur la misère humaine. Elle avait trop de visages, trop de rôles pour se laisser enfermer dans un seul discours.

Tenez l’amour ! Moteur proclamé de l’histoire, mais inséparable de son revers : la haine. Aimait-on comme on voulait être aimé ? Le pouvait-on seulement ? Tout semblait ramener à une même logique : un investissement affectif constant, tendu vers une seule fin, être aimé. Dès lors, le chagrin n’était plus une blessure, mais une faillite.

Mais la misère humaine s’exposait aussi, nue, dans la matière. Dans cette main tendue de l’indigent, écrasé par la précarité et l’impuissance de nourrir les siens ; non par seule fatalité, mais parce que d'aucuns avaient trop perçu et d’autres avaient beaucoup trop pris.

Elle se nichait encore dans l’orgueil, cette manie de vouloir briller au dessus de la mêlée ; dans l’envie, qui étrangement se délectait de la rivalité ; dans le conformisme qui déguisait l'hypocrisie en prudence. 

Et puis, il y avait la trahison. Chez l’ouroboros, elle naquit sans fracas : un frémissement, une distance, puis la défiance. L’insolence suivit, encouragée, jusqu’à devenir un funambulisme compromissionnel, où l’équilibre lui-même n’était déjà plus qu’un mensonge.

Le processus n’en devenait que plus machiavélique lorsqu’il était repris voire guidé par Satan. Pour lui, aucune ambiguïté : la traque de ses chers rejetons invertis relevait d’une attaque frontale du gourou. 

L’ouroboros avait présenté sa désolation au maudit diable, incapable quant à lui de comprendre comment la racaille et la marmaille avaient pu le trahir. Le drapeau blanc planté par sa nounou, au beau milieu de la mare, n'apaisait pas l'ouroboros, outre mesure. Il ne le concernait pas. Il n'était point dupe et savait devoir se preparer à de mauvais moments. Avec sa famille. 

Le garnement qui jouait avec les allumettes etait bien réveillé. Point de doute là-dessus !

La mare aux grenouilles était étrangement calme. La racaille batracienne, circonspecte, semblait pétrifiée par ce déferlement de trahisons, à croire qu’il s’agissait d’un concours. Le monstre criait à la trahison sur tous les toits. L’ouroboros se bouchait les oreilles pour endiguer le doute qui s'insinuait partout. Pris en étau, il ne savait plus s'il etait une victime ou un agent. Si seulement, il pouvait entendre la voix du vide sidéral lui murumurer : joujou de Satan !  

La nounou avait-elle conclu un armistice avec le terrible haillonneux qui frayait avec le sikori ? Était-ce là une manœuvre de sa part pour mieux ajuster le monstre, son mortel ennemi mais pourtant qu'un pacte liait avec son babyboss ?

Rien n’était plus sûr. Les lignes se brouillaient. Les alliances chancellaient. Satan ne se laissait pas faire. 

lundi 23 mars 2026

LA VIGIE SPECIALE...

Encore une fois, il était permis de proclamer toujours avec cette obstination mêlée d’espérance que le monde ne devrait plus être le même. Une civilisation naît de la solidarité, prospère grâce à elle, puis meurt lorsque s’épuise son énergie interne. Pourtant, cette théorie d’Ibn Khaldoun n’opérait pas toujours. 

Teddy devra désormais creer un nouveau logiciel de traitement des héritiers des civilisations antiques comme l'empereur rouge, comme les enturbannés et Soso dans une moindre mesure. Ces héritiers pliaient un instant mais ne rompaient jamais, à l'image d'un contenu qui épousait les formes de son contenant.  

Mais qu’on remplace le terme de « civilisation » par n’importe quelle autre entité, n’importe quel concept et la mécanique semble implacable.

Pouvait-on pousser un soupir de soulagement ? L’ouroboros n’était pas fou. A priori, aucune pathologie neurodégénérative ne pouvait être invoquée pour expliquer sa lubie révisionniste, ni aucune anomalie de son système cognitif. 

Pour autant, si repêcher les coupables revenait à léser les victimes - et restait une injustice -, sa vraie origine se révélait déroutante. Le psychologue du regard avait diagnostiqué pire : un état de transe. Le sujet végétait loin, très loin, aux confins de l’esprit et du cœur, de la raison et de la foi, dans une sorte de vide absolu.

Mais qu’à cela ne tienne. La nounou lui avait glissé un jeu d’échecs, dont il s’était aussitôt, gloutonnement, entiché. Aurait-elle, elle, besoin de s’éloigner du Gourouland pour apaiser ses pulsions meurtrières dirigées contre le terrible haillonneux, celui qui tenait toute la traitraille batracienne en respect ?

Le gourou, lui, en était convaincu : ce ne sont pas les ennemis qui renversent les dépositaires de la volonté populaire, mais les coussins sur lesquels ils finissent par s’allonger. Il s’était donc fait vigile, rôle ingrat mais essentiel, le premier rempart contre le désordre charrié par une sinistre réplication de monstres. 

Il etait une vigie d’un genre particulier tout de meme, auréolé du prestige de faiseur de rois et nourri par la gloire d'une présence incorruptible qui dérange.  

vendredi 20 mars 2026

LA DIRECTION DU MOLLASSON...

Un seul haillonneux tenait en respect toute la traîtraille batracienne. Et comment ! Il fallait s’y résoudre : la vérité ne l’emporte parfois qu’à la condition qu'elle ose être plus bête que le mensonge.

Il en fallait encore peu pour que la nourrice en perde ses entrailles. Aucun, ni aucune, parmi cette flopée de grenouilles ne lui était d’une quelconque utilité face à ce redoutable haillonneux qui furetait jusque dans ses profondeurs.

Elle en était réduite à la honte devant tant d'impuissance. Pire, pour une fois, elle ne parvenait pas à déchiffrer le regard torve de son babyboss. Or le regard est un langage sans mots ; encore faut-il ne pas en faire une mauvaise traduction de soi-même. Elle avait plutôt grand besoin d’un psychologue du regard. Et vite. Avec ce garnement ludopathe qui misait tout tant et tellement sur ce regard halluciné !

Satan était passé à l’action.

L’ouroboros croyait recruter ; pauvre cheval de Troie, il nourrissait en réalité Satan de toute la faune amorale de Gourouland — et même au-delà.
Il pensait séduire par son aplomb de top model ; mais c’était Satan qui, patiemment, disposait ses pièges autour de lui, densifiant les rangs des grenouilles.

Et ce que Satan donne d’une main, il le reprend de l’autre. Une forme d’équilibre — version diabolique — qui consiste à dépouiller peu à peu, à le déshabiller, couche après couche, des habits de respectabilité dont le gourou l’avait affublé.

De l’intérieur, il élevait l’ouroboros mais pour mieux appâter le gibier. Et à l’extérieur, il exposait sa fatuité grandiloquente, vidée de toute consistance.

Il ne s’agissait plus pour Satan de reproduire le modèle du monstre qui, un jour, avait brisé ses entraves. Satan entendait y veiller lui-même, sans l’aide d’aucun démonneau ni diablotin. Son cheval de Troie ne lui était utile qu’à l’intérieur de Gourouland. 

Dès lors, fallait-il voir dans la chiquenaude du grand Maure et de ses valets pervers une ruse du diable ?

Comment réagirait le garnement ludopathe face à cet affront ? Comment éviterait-il de devenir la risée du monde ?

Mais si Satan tenait tant à ce combat contre le gourou, pourquoi n’en fixait-il pas la date ?
Attendait-il le redéploiement de quelques troupes encore mobilisées à l’extrême nord ou au proche est ?

Le gourou, lui, piaffait. S'il avait eu le pouvoir de remonter l'horloge !

L'affliction etait acceptable, il n’est pire situation pour un pays que d’être dirigé par un mollasson.

mardi 17 mars 2026

UNE FOLIE, DOUCE ?

Il était une vérité intangible : nul dirigeant de ce monde n’aurait aimé être aujourd’hui à la place de Teddy. On n’ira pas toutefois jusqu’à prétendre qu’il était en train de se faire chicoter. Disons simplement que les choses étaient loin de se dérouler comme il l’avait prévu. Était-ce là une adaptation réelle de la fable du lion et du moucheron ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non…

Mais sa situation n’était pas sans légitimer ces protections difficilement justifiables dont bénéficiaient les potentats à travers le monde. En organisant, dans les chartes fondamentales, leur irresponsabilité civile et pénale, les potentats se voyaient relégués au même rang que les enfants et les aliénés mentaux. Le pouvoir serait-il une folie et son exercice, un enfantillage ? Engendrerait-il un état d’inconscience ?

Les potentats étaient des enfants qui pouvaient se permettre des incartades dont ils ne pouvaient être tenus pour responsables. Cela avait du sens. Au Gourouland, l’ouroboros passait pour un fou — pas un fou à lier, certes, mais un enfant dément tout de même. Le roi était-il nu pour autant ? Non : les fous peuvent être richement habillés et exercer une grande influence. Ils pouvaient etre diaboliquement motives à s'enrichir et enrichir leurs proches, n'importe comment !  

Il se trouvera toujours des esprits prompts à capter les signes, comme il s’en trouvera d’autres, très lents, pour être les derniers à saisir la triste réalité. Le fou, lui, n’aura jamais cette opportunité : prendre conscience de sa propre folie.

Le pouvoir n’était pas folie, quand bien même douce. Mais il semble bien que le savourer le soit.Cette absurdité embarrassait profondément l’entourage de celui qui était tout à la fois un enfant influençable, un fou manipulable et un potentat irresponsable. Une cible pour Satan, une proie idéale pour quiconque saurait tirer les ficelles. Une aubaine pour une nourrice vengeresse ?

Mais comment contenir un fou sans être entraîné dans sa dérive ? Le gourou y parviendrait-il ? Lui seul semblait encore discerner un reste de bon grain chez son protégé rebelle et croire que le mal qui le rongeait pouvait être circonscrit.

Peut-être était-ce là lucidité. Peut-être seulement une illusion de plus.

dimanche 15 mars 2026

LA DERAISON SEPULCRAIRE....

Quelle impudence de prétendre que la douleur mène nécessairement à la joie ou à une pureté sacrée, comme si la souffrance portait en elle une promesse de salut. N’est-ce pas surtout une manière de la légitimer, de refuser qu’elle puisse être vaine, stérile, sans issue ni justification ?

Loin de révéler une quelconque sagesse, cette grimace intellectuelle expose surtout l’immensité de l’ignorance humaine face à la vie. Les Alkebulanais, eux, n’y croiront sans doute jamais. En adoptant la démocratie, ils pensaient franchir une étape supérieure de leur évolution historique déjà hésitante. En réalité, ils avaient simplement construit une boîte et s’y étaient installés confortablement. Ils se retrouvèrent bientôt à élire leurs propres bourreaux, à former leurs propres détrousseurs, à promouvoir les assassins de leurs espérances, à financer les forgerons qui façonnaient les chaînes de leur servitude.

La crise du service public, ses causes et ses ravages, existent certes partout, mais avec une intensité particulière en Alkebulan — et plus encore au Gourouland. L’État y vacille, réduit à une coquille vidée de sa substance. La corruption y a pris la forme d’une appropriation privée systématique des instruments et des ressources collectives. À cela s’ajoute la voracité corporatiste d’agents déterminés, avec un fanatisme froid, à s’octroyer la part du lion dans un patrimoine qui ne leur appartient pas. Tout annonce une trahison durable de la confiance publique et une rupture appelée à s’aggraver inexorablement.

Les potentats alkebulanais, budgétivores et mégalomanes, ne pesaient guère sur l’échiquier mondial. Ils se terraient pour éviter toute prise de position sur les crises brûlantes de l’époque, leur lâcheté réduisant à néant l’héritage des générations passées qui avaient tenté de réinscrire Alkebulan dans l’histoire du monde. Par la même occasion, ils compromettaient l’affirmation future de cette contribution, laissant aux générations à venir une tâche presque impossible.

Au Gourouland, la nounou et son baby-boss n’étaient pas aussi redoutables qu’ils le prétendaient. Le serpent se dresse pour paraître immense, la grenouille gonfle sa gorge pour simuler la puissance : leur théâtre relevait davantage de l’intimidation que de la force réelle. Satan en était à la fois l’objet et l’arbitre, instrumentalisant l’un tout en se laissant flatter par l’autre.

Les haillonneux avaient troublé la mare. Dans cet écosystème en déséquilibre, des places vacantes attiraient toutes les convoitises. Le larbin noir, le païen nasard et le flibustier pervers s’agitaient avec une fébrilité démoniaque. Les grenouilles croassaient avec une agitation proportionnelle aux secousses que le gourou s’apprêtait à infliger à la canopée gouroulandaise. Il prêchait une transition comparable à la reconstitution d’un champ de pommes de terre ravagé par un troupeau de pachydermes — entreprise démesurée, d’autant que les éléphants n’avaient jamais quitté les lieux.

La conscience intermittente de l'ouroboros inquiétait de plus en plus. On l'avait déclaré fou chez les gardiens des mannes. Des prescriptions à base de cervelle de charognards et de tripes de bourricot n'avaient pas visiblement suffi. Cependant, le respect de l’esprit et de la lettre de la révolution demeurait proclamé non négociable. Mais, entre croassements et feulements entremêlés, qui pouvait garantir le recouvrement imminent de sa santé mentale ?

vendredi 13 mars 2026

LE DESTIN DE LA CLEF VOLEE....

Ô Ouroboros, comment peux-tu pactiser avec ceux qui ont juré la perte de celui dont tu fus l’ombre et la force ? 

Sais-tu comment le traître a toujours été traité à travers l’histoire, et ce qu’il advient de celui qui accepte de se fendre pour laisser passer l’obscurité ?

Le nom d’Éphialtès ne te dit peut-être pas grand-chose. Pourtant il est devenu un synonyme d’infamie. C’est lui qui vendit aux Perses le sentier secret des Thermopyles. Il ne fut ni célébré ni honoré, mais chassé, honni jusque par ceux qu’il avait servis.

Mais tu sais — nous en sommes sûrs — que dans la Bible, l’ami qui trahit n’est pas appelé stratège mais Judas Iscariot, prototype éternel de la félonie.

Et tu as dû te reconnaître dans Cain, ton portrait presque fidèle : celui qui tua son frère pour ne plus supporter la présence de celui dont l’existence révélait sa propre insuffisance. Tu agis comme lui, en tentant de supprimer non seulement l’homme que tu fus mais encore le témoignage de ce qui fut.

Tu as appris — puis oublié — que le Coran avertit que Dieu tient les traîtres en aversion. Tu fais fi de son avertissement à savoir que la trahison est d’abord une cécité spirituelle : on croit gagner le monde alors qu’on perd la lumière qui permet d’y marcher.

Regarde l’histoire des pactes rompus : chaque fois, le châtiment ne vient pas seulement de l’extérieur mais de la corrosion intérieure. Celui qui livre son allié livre en réalité la part de lui-même qui croyait encore à quelque chose de plus grand que sa peur. 

Ton ambition ressemble étrangement à la peur. Peur de redevenir petit ? Peur de devoir revenir marcher derrière le gourou ? 

Crois-tu que tes nouveaux alliés t’honoreront ? Non. Ils te garderont comme on garde une clé volée : utile, mais toujours suspecte. Ils ne sont pas fous : celui qui a ouvert une porte interdite pour eux pourra en ouvrir une autre contre eux.

Tu ne seras jamais vraiment chez toi dans le palace que la traitraille batracienne t’aide à meubler. On te reléguera au fond des galeries, face à une immense glace : adulé tant que tu es utile, rejeté dès que tu cesses de servir. 

Souviens-toi : l’ennemi déclaré inspire la vigilance, on le combat.
Mais le traître, lui, inspire le dégoût, on s’en méfie sans fin. 

Le gourou que tu abandonnes perd un frère, un ami, peut-être un bras. Mais toi, tu perds ta colonne vertébrale. En violant la fidélité, tu te condamnes avec tous tes proches à l’errance.

Il n’est pas encore trop tard. Mais il existe un seuil au-delà duquel la trahison cesse d’être un acte pour devenir une nature. Passé ce point, tout est perdu : nul ne survit intact à la profanation de la confiance. Même la repentance sent la stratégie ; même la vérité attise la suspicion.

Car lorsque la loyauté se brise au cœur même de l’origine, le destin exige toujours un prix. La trahison n’achète ni paix ni avenir : crédibilité et honneur perdus, solitude gagnée, compagnie des consciences mortes…

Au cœur des révolutions, ces forges où se scelle le destin des peuples, le traître ne récolte ni pardon ni oubli, mais le lynchage des foules ou, pire encore, le mépris glacé figé pour l’histoire. 

mardi 10 mars 2026

LE GRAND REMPLACEMENT DES PANTINS...

Savoir mentir n’était pas donné à tout le monde. Cela exigeait une certaine disposition de l’âme à franchir sans trembler la barrière de la conscience. Mentir avec aplomb, soutenir le faux d’un regard tranquille et d’une voix ferme, ne pouvait avoir d’autre origine qu’une proximité suspecte avec Satan.

Les sages ne disent-ils pas d’ailleurs que le mensonge est la plus grande abomination pour le croyant, puisque la foi se retire de celui qui ment durant tout le temps où il ment ?

L’ouroboros avait-il vendu son âme au diable ? La question se posait, tant il apparaissait désormais comme un grand menteur et un corrupteur accompli. Ou bien Satan l’avait-il simplement — et fort opportunément — adoubé ? Car ses proies de prédilection ont toujours été les hommes affaiblis par la haine et minés par l’ingratitude.

Invoquer la chirurgie sacrée ne suffisait pas à acheter la maturité. Un garçon franchissait le seuil de la case, mais celui qui en ressortait n’était souvent qu’un être intermédiaire, un hybride encore incertain. Le couteau tranchait et dévoilait. Ou bien l’épreuve trempait l’âme et faisait naître un homme véritable, ou bien elle ne faisait qu’habiller l’immaturité d’un masque de candeur, laissant au monde un adulte d’apparence, ingénu et aisément manipulable.

Satan, lui, n’avait jamais digéré sa déconvenue face au gourou. Il s’était juré de prendre sa revanche. L’ouroboros semblait bien être son nouveau champion. Il avait appris des errements de sa progeniture avec le monstre sanguinaire. Il ne déléguerait plus sa puissance. Désormais l'ouroboros sera son joujou et à personne d'autre !

La nounou n'était pas prête à laisser son malin dulciné lui extorquer sa marionnette. Elle qui a tant donné tout ce temps pour se la réserver exclusivement à un dessein plus vaste. La crapauté avait tout intérêt a se calfeutrer dans la clandestinité...

Car quel dessein pouvait etre plus grand que celui de neutraliser le gourou dans le Gourouland ? 

Le gourou, le chouchou des vieux, jeunes, grands et petits gouroulandais restait imperturbable. Il savait avant que les gens n'y pensent, il agissait quand les autres en etaient aux combines. 

Au fond, rien n'avait vraiment changé, pour lui, sinon l'identité des pantins de son éternel adversaire Satan !

dimanche 8 mars 2026

TRAITRAILLE, TRAHISSEURS ET TRAITRES....

Qui voit une grenouille dans le repaire d'un serpent se posait forcement des questions. Car il fallait bien être grenouilles trés spéciales pour oser conférer avec un serpent. Ou bien alors avoir reçu de sérieuses garanties. Et si on arrivait à établir que la nounou était une charmeuse de serpent, une fakir qui a longtemps caché son jeu, alors on pouvait prier pour l'ouroboros ? 

Dans tous les cas, assister en direct à une telle assemblée avait quelque chose de saisissant. Regarder un serpent siffler, tousser, cracher et tortiller l'histoire, emmitouflé d'oripeaux de héros était pathétique. Parce que la traitrise était la chose la plus épouvantable qui soit, on concevait très bien que la vie d'un traitre le soit tout autant ! 

La traitrise exposait aux yeux l'avidité, ce que le traitre cherchait à camoufler par une une acrobatie verbeuse. Elle etait un épouvantable délitement moral mais surtout elle se rapportait proportionnellement au challenge de la legitimation morale et profane du comportement du traitre. 

Le traitre etait obligé d'etre un artiste pour pouvoir falsifier falsifier l'histoire. Il devait etre sans vergogne pour faire l'apologie du mensonge. Il devait etre sans honneur pour renier la vérité. 

La traitraille batracienne avait donc ouvert boutique. La crapauté avait toutefois soigneusement gardé en réserve ses troupes d'ubiquitaires. Et cela n'était pas pour déplaire à l'ouroboros qui donnait là une belle occasion à son peuple de vivre son pleurer-rire. Le Marechal Hannibal Bwakamabe Na SaKade, fils de Nagakaro, fils de Foulema ressuscitait au Gourouland !

Les gouroulandais allaient avoir l'exquise joie d'ovationner la belle gestuelle avec laquelle il maniait la queue de lion sous son aisselle. 

Mais il était à voir si dans cette histoire de traitrise, s'il n'était pas surtout, en sourdine, une question de détournement de mineur. La corruption rampait comme un poison invisible. Mais qui, donc, avait piraté le frêle cerveau de l'abominable garnement qui jouait avec les allumettes ? 

Les trahisseurs n'en voulaient pas seulement à l’or ou aux titres. Ils s’attaquaient aux principes, aux germes d’innocence. Chacun de leur sourire feint, chacun de leur mot enjolivé, chacun de leur mouvement calculé etait un piège, un fil tendu entre tragédie et comedie. 

Leurs chuchotements bien dosés et leurs murmures bien orientés, corrosifs à souhait, pouvaient faire vaciller les plus innocents.   

vendredi 6 mars 2026

A JOUEUR, JOUEUR ET DEMI !

Le monde est injuste à n’en pouvoir crier, tant rien ne semble augurer de la fin de l'injustice. Il existe cette iconoclaste échelle de valeur des vies humaines : selon la couleur de la peau, la localisation géographique, la taille du portefeuille, le statut personnel et la proximité avec le pouvoir. Certains de ces critères sont sous-tendus par des préjugés si tenaces qu’ils ont fini par s’incruster dans les matrices culturelles ; d’autres par les vicissitudes humaines que l’on a, par paresse morale, érigées en normes sociétales. Ainsi va le monde : l’injustice finit toujours par se vêtir d’habitudes pour paraître naturelle.

Les chefs cuistots ainsi que les fins gourmets ne nous avertissaient pas en vain : le réchauffé dégage souvent une bonne odeur, mais a presque toujours mauvais goût. Et lorsque le plat est indigeste, on accuse rarement le cuisinier ; on blâme le feu, la marmite ou même les convives. Pourtant une vieille sagesse rappelle qu’un mauvais cuisinier ne transforme jamais les restes en festin. Quid donc du réchauffeur ?

Comment le regroupement haillonneux, son top management et son gourou pouvaient-ils continuer à tendre la gorge à l’ouroboros, leur ancien frère devenu le renégat du jour ? Un champion qui refuse d’user de sa force dans un combat ne mérite pas que l’on s’apitoie sur sa défaite. Car il est des batailles que l’on perd avant même de les livrer : il suffit d’avoir confondu la prudence avec la peur, et la stratégie avec l’attentisme. Prononcer le nom de la victoire n’a jamais décidé de l’issue du combat ; ce sont les bras qui la portent et le courage qui la mérite.

Pour ainsi dire, jamais les cloches de la responsabilité de veiller sur la volonté populaire n’avaient autant tinté sur le seuil de la représentation nationale haillonneuse. Mais les cloches, on le sait, sonnent pour tous : pour les éveillés comme pour les sourds. Et lorsqu’un peuple confie son destin à des hommes distraits, il ne doit pas s’étonner d’entendre le glas avant l’heure.

Le gamin qui jouait avec les allumettes s’était réveillé. Il gardait le silence. Confus ou honteux ? Peut-être les deux. Il venait de comprendre que son penchant ludopathique ne l’avait incliné qu’à échafauder des plans de liquidation contre son proto-gourou. L’immaturité est une arme dangereuse : entre les mains d’un enfant, elle incendie la maison ; entre celles d’un ambitieux, elle brûle parfois un pays. Son immaturité avait même franchi les frontières gouroulandaises.

À joueur, joueur et demi : le monstre lui révélait désormais le peu de considération qu’il lui portait en se liguant avec d’autres forces alkebulanaises pour réduire son influence à néant. Car les monstres politiques ont ceci de particulier : ils dévorent d’abord leurs ennemis, puis leurs alliés, et enfin leurs créatures.

Il était temps pour lui de comprendre qu’être homme — comme le lui murmuraient sa nounou, ses dulcinées et ses valets — ce n’était pas retourner son glaive contre ceux qui l’ont aimé plus que tout. La bravoure qui s’exerce contre les siens n’est jamais du courage : c’est une forme élégante de lâcheté. Les faibles frappent les proches ; les forts affrontent leurs adversaires.

La paix, certes, n’a pas de prix. Mais elle procède toujours par cercles concentriques. On ne la cultive jamais durablement dans les prairies voisines sans avoir d’abord pacifié sa maison et son propre cœur. Celui qui prétend apporter la paix au monde alors que son foyer brûle ressemble à un pompier qui prêche devant l’incendie.

Il reste que l’ouroboros n’était qu’un produit de la société gouroulandaise, le miroir parfois grotesque de ses propres absurdités. Les peuples enfantent souvent les monstres qu’ils prétendent ensuite combattre. Et l’histoire enseigne que les sociétés récoltent rarement autre chose que ce qu’elles ont semé.

Qui pouvait donc reprocher à un enfant de jouer avec tout ce qu’on lui met entre les mains ? Après tout, la faute n’est pas toujours dans la main qui joue, mais dans celle qui confie le jouet. Parce que, tout simplement, on ne confie pas le pouvoir à un enfant. Le pouvoir est un glaive : dans des mains immatures, il ne coupe pas l’ennemi, il lacère la maison.

Mais qui aime bien châtie bien.

Et parfois, la plus grande preuve d’amour qu’un peuple puisse offrir à ses dirigeants est de leur rappeler qu’aucun trône n’est assez haut pour échapper au jugement de l’histoire.