Il n’était pas question, ici, d’épiloguer sur la misère humaine. Elle avait trop de visages, trop de rôles pour se laisser enfermer dans un seul discours.
Tenez l’amour ! Moteur proclamé de l’histoire, mais inséparable de son revers : la haine. Aimait-on comme on voulait être aimé ? Le pouvait-on seulement ? Tout semblait ramener à une même logique : un investissement affectif constant, tendu vers une seule fin, être aimé. Dès lors, le chagrin n’était plus une blessure, mais une faillite.
Mais la misère humaine s’exposait aussi, nue, dans la matière. Dans cette main tendue de l’indigent, écrasé par la précarité et l’impuissance de nourrir les siens ; non par seule fatalité, mais parce que d'aucuns avaient trop perçu et d’autres avaient beaucoup trop pris.
Elle se nichait encore dans l’orgueil, cette manie de vouloir briller au dessus de la mêlée ; dans l’envie, qui étrangement se délectait de la rivalité ; dans le conformisme qui déguisait l'hypocrisie en prudence.
Et puis, il y avait la trahison. Chez l’ouroboros, elle naquit sans fracas : un frémissement, une distance, puis la défiance. L’insolence suivit, encouragée, jusqu’à devenir un funambulisme compromissionnel, où l’équilibre lui-même n’était déjà plus qu’un mensonge.
Le processus n’en devenait que plus machiavélique lorsqu’il était repris voire guidé par Satan. Pour lui, aucune ambiguïté : la traque de ses chers rejetons invertis relevait d’une attaque frontale du gourou.
L’ouroboros avait présenté sa désolation au maudit diable, incapable quant à lui de comprendre comment la racaille et la marmaille avaient pu le trahir. Le drapeau blanc planté par sa nounou, au beau milieu de la mare, n'apaisait pas l'ouroboros, outre mesure. Il ne le concernait pas. Il n'était point dupe et savait devoir se preparer à de mauvais moments. Avec sa famille.
Le garnement qui jouait avec les allumettes etait bien réveillé. Point de doute là-dessus !
La mare aux grenouilles était étrangement calme. La racaille batracienne, circonspecte, semblait pétrifiée par ce déferlement de trahisons, à croire qu’il s’agissait d’un concours. Le monstre criait à la trahison sur tous les toits. L’ouroboros se bouchait les oreilles pour endiguer le doute qui s'insinuait partout. Pris en étau, il ne savait plus s'il etait une victime ou un agent. Si seulement, il pouvait entendre la voix du vide sidéral lui murumurer : joujou de Satan !
La nounou avait-elle conclu un armistice avec le terrible haillonneux qui frayait avec le sikori ? Était-ce là une manœuvre de sa part pour mieux ajuster le monstre, son mortel ennemi mais pourtant qu'un pacte liait avec son babyboss ?
Rien n’était plus sûr. Les lignes se brouillaient. Les alliances chancellaient. Satan ne se laissait pas faire.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire