mardi 25 août 2026

LE DETAIL ETRANGE...

La crise, dit-on, donne naissance au leader. Comme dans les contes et légendes, par hasard ou par chance, lorsque l’ordre vacille, une figure surgit pour combler le vide ; les héros épiques se lèvent lorsque le véhicule de l'histoire tombe en panne à un carrefour.

Mais les temps difficiles ne font pas toujours apparaître les hommes les plus chanceux. Fort heureusement, fort opportunément, ils révèlent aussi ceux qui savent prendre le pouvoir sur le chaos. Le véritable leader surgit lorsque le présent ne suffit plus, lorsque les anciennes certitudes s’effondrent et qu’une transformation devient inévitable. Il impose une direction, comble un manque de vision et prétend changer le cours des choses.

Le Corbeau, lui, avait peut-être compris la version infernale de cette règle : pour devenir un chef, il n’est pas nécessaire d’avoir une vision. Il suffit parfois d’être celui qui ose aller plus loin que les autres dans la mauvaise direction.

C’est ainsi qu’il nous était revenu, plus noir encore, le dessein plus sombre. Une noirceur si épaisse qu’elle semblait dépasser celle que sa nature de sombre idiot ingrat lui avait déjà conférée.

On aurait dit que Satan, dans un geste de générosité dont lui seul avait le secret, avait prélevé un supplément de ténèbres sur le Mamba Noir pour en parer son nouvel adepte. Comme si le Corbeau, tel un Icare inversé, n’avait pas cherché à s’élever vers la lumière, mais à tomber plus vite dans les profondeurs.

Une question agitait désormais les chancelleries infernales : avait-il enfin obtenu le statut dont il rêvait ?

Le Bureau des transmissions sataniques n’avait encore publié aucun procès-verbal. Mais des diablotins bavards laissaient entendre qu’au seuil du Temple, le Corbeau ne s’était pas présenté seul. Il était venu avec ses propres frères biologiques.

Détail étrange ! Où étaient donc passés le Mamba Noir et le Grand Animal ?

Les experts sataniciens, aussi discrets que les oracles de Delphes, étaient pourtant formels : le Corbeau était désormais assuré d’obtenir, au minimum, le poste de vice-émir de la Satanie dans la région où il sévissait.

Car être fils de Satan ne relevait plus seulement d’une dégénérescence individuelle. C’était devenu une aptitude : celle de dépraver tout ce que l’on touchait, surtout ce qui vous était le plus proche. Le roi Midas changeait l’or en richesse ; le Corbeau, lui, semblait transformer les liens du sang en instruments de pouvoir.

Et de ce point de vue, il avait fait mieux que tous avant lui. Il serait pourtant injuste de le comparer aux monstres qui l’avaient précédé. Ceux-là n’avaient jamais eu besoin de postuler au titre de fils de Satan, encore moins de sacrifier leur propre famille pour en obtenir l’investiture.

Le Corbeau avait-il mieux compris les subtilités de la promotion infernale ? 

Il ne suffisait plus d’être mauvais. Il fallait être utile au mal. Satan, anyway, avait trouvé un bon suppôt, son homme ?

   

  

lundi 17 août 2026

L'INFILIATION DEMONIAQUE ?

Satan pere avait il entendu les appels du pied pressants ou agreait il enfin les offrandes du Corbelet ?  Toujours est il que le cor de la démonie avait retenti, évoquant une réunion d'urgence de la filiation démoniaque pour l'examen d'une nouvelle adhésion, une cérémonie d'accueil d'un nouveau frere en Satan. 

Bref, un papa avait convoqué ses enfants.. Et notre corbeau en puissance, flanqué du grand animal et du larbin noir au coeur noir, aussi noir que le charbon noir, avait répondu à l'appel. 

En tout état de cause, l'affaire était jugée suffisamment sérieuse pour que les anciens de la confrérie quittassent leurs tanières, leurs antres et leurs cabinets de compromission. On n'accueillait pas n'importe qui dans la famille. Pour entrer dans la grande fraternité des corrupteurs, il fallait avoir fait ses preuves : savoir mentir sans rougir, trahir sans trembler, jurer fidélité tout en préparant déjà son prochain reniement.

Il etait important, a ce niveau, d'exhumer des calendes démoniaques, le dialogue qui, naguère, avait consacré l'accueil du frere valachiote. 

— Frère, lui dit-il, pourquoi souhaitez-vous rejoindre notre filiation ?

— Parce que j'ai beaucoup appris de vous.

— Et quelles sont vos qualités ?

— Je sais transformer mes intérêts en principes, mes échecs en complots, mes reniements en stratégie et mes ambitions personnelles en destin national.

Un vieux démon se leva pour applaudir.

— Excellent ! Il a compris l'essentiel : chez nous, le vice ne disparaît jamais ; il change simplement de vocabulaire.

On passa alors à l'épreuve initiatique.

On lui présenta trois portes.

Sur la première était écrit : TRAHISON.

Sur la deuxième : COMPROMISSION.

Sur la troisième : POUVOIR.

Le candidat regarda les trois portes et demanda :

— Et si je prends les trois ?

Le silence fut suivi d'une ovation.

Le Grand Maître descendit alors de son trône, posa une main sur l'épaule du nouveau frère et prononça la formule consacrée :

— À partir de ce jour, tu n'auras plus d'amis, seulement des intérêts ; plus de principes, seulement des circonstances ; plus de vérité, seulement des versions.

Puis il lui remit l'insigne de la confrérie.

— Bienvenue parmi les nôtres.

Et toute la filiation démoniaque répondit en chœur :

— Il est des nôtres !

Le secrétaire général inscrivit soigneusement son nom au registre.

À la rubrique qualités particulières, il hésita un instant avant d'écrire :

« Potentiel exceptionnel. Déjà presque l'un des nôtres. »

Les jabbaus pouvaient s’enorgueillir, à juste titre, d’avoir été parmi les premiers à tirer la sonnette d’alarme. Ils avaient bien observé le Corbeau, ses manières, ses silences et surtout cette étrange façon qu’il avait de tourner autour du troupeau sans jamais s'y meler. 

Car lorsque le comportement d'un individu vous paraît louche, c’est souvent que la nature de son jeu vous échappe encore... Pour ainsi dire, il faut toujours prêter l’oreille à sa logique subjective, à ce fameux instinct qui, contrairement à ce que l’on voudrait parfois nous faire croire, n’est pas nécessairement ce murmure du diable.

Était-ce de l’avarice ou de la cupidité ? Les deux, peut-être. Le Corbeau, précisément, avait toujours eu l’art de se tenir à la frontière entre les deux. Etait-il donc pertinent de chercher à les distinguer chez le Corbeau ? 

Ne nous avait-on pas enseigné, dans les catéchismes élémentaires, que deux loups affamés lâchés dans un troupeau ne feraient pas davantage de dégâts qu’un leader habité par ces deux passions ?

On nous avait aussi appris qu’il était plus facile de déplacer les montagnes que d’arracher ces deux passions du cœur de l'homme. 

Lorsqu’avarice et cupidité se donnent la main, ce n’est plus le troupeau qu’il faut surveiller mais le berger, plutot. 

mardi 11 août 2026

LA PEUR RENTREE...

Ouroboros ou Corbelet, le traître restait un traître. Et le parricide, déjà lourd à porter, avait encore aggravé son cas lorsqu’il s’etait mis à rogner sournoisement silencieusement le carquois de la squaw. 

C’est que le Corbelet manifestait de la colère. De la peur rentrée, en vérité. Car la colère naît souvent d’un attachement irraisonné à ce que l’on croit posséder, au point que sa seule perte devient inconcevable. On ne défend plus alors un bien : on défend une emprise. Exactement comme Satan administrait son empire — l’empire des ténèbres — en confondant possession, domination et droit divin.

Bref, le Satan dont il rêvait ardemment de devenir le fils, et surtout le digne héritier gouroulandais, se voyait déjà couronné par sa propre infatuation.

Il ne serait plus question, désormais, que les larbins informes accourent jusqu’à son fromage, comme dans la fable. C’est lui qui irait virevolter au-dessus de leurs museaux, distribuant les miettes, les ordres et les boulets. Il avait donc entrepris de tout concentrer entre ses mains : pour avoir les coudées plus franches, confectionner des boulets plus lourds, agir plus vite… et surtout frapper plus fort son mortel ennemi, le Gourou.

La maman nounou, ahurie, le regardait ainsi répartir sa charge entre sa Corbesse et sa Corbelle : deux sinistres compagnes qui avaient chacune colonisé une mine et dont les galeries semblaient désormais communiquer directement avec les entrailles du pouvoir.

Se rendrait-elle compte, trop tard, de sa bévue ?

Car il est des erreurs que l’on ne corrige qu’après avoir nourri le monstre qu’elles prétendaient contenir.

Et puis, il y avait cette vieille loi du pouvoir : il n’y a que le pouvoir pour arrêter le pouvoir.

Quant à son baby-boss, ce garnement qui avait aimé jouer avec le feu avant de devenir ce Corbelet présomptueux, il lui fallait désormais quelqu’un pour lui apprendre que toute puissance sans frein finit par se retourner contre celui qui la chevauche.

Et qui, mieux que le Gourou, son ancien maître et désormais son mortel ennemi, pouvait lui enseigner l’art de retenir ses pulsions démoniaques ?

Le disciple avait voulu dépasser le maître.

Il venait peut-être, sans même s’en apercevoir, de lui offrir le seul argument dont celui-ci avait besoin pour reprendre la main.