vendredi 17 avril 2026

DES FOURBERIES ATTENDUES...

En Alkebulan, l’école, brandie comme symbole d’évolution, n’aura trop souvent été qu’une usine à produire des élites tragiquement incompétentes dès qu’il s’agit d’inventer et d’appliquer des solutions pour le bien-être collectif durable, mais prodigieusement habiles à discourir et à se servir. Pour elles, le progrès social se résumait à l’enrichissement personnel — comme si mettre individuellement ses proches à l’abri devait, par miracle, mettre collectivement tous les autres à l’abri.

Pis encore, ces produits de l’école n'avaient pas appris à vaincre sans avoir raison ou du moins avaient ils assimilé cette leçon d'une manière singulière. Ils cultivent un mépris hautain envers leurs compatriotes taxés d’analphabètes. L’école et l'arrogance !

Ce complexe de supériorité, c'est mépriser l’analphabète qui ne sait pas lire un livre mais sait lire le ciel, la terre et les bêtes. Mépriser le paysan, ce « villageois » qui nourrit le pays. Mépriser l’arabisant porteur d’une mémoire tout aussi ancienne.

L’école n’avait pas élevé l’Alkebulan, elle avait séparé durablement ses enfants.  Les élites instruites à l'école savaient bien discourir de maintes choses, manier plusieurs concepts, mimer les autres mais ne savaient pas parler avec les leurs.  Elles ne se genaient pas de concevoir des politiques agricoles sans associer les paysans, d'entretenir un système éducatif  budgétivore sans penser à l'inclusion d'une frange non moins plus importante d'enfants dans les médersas ou les campagnes, de penser à l’aménagement territorial sans vivre dans les territoires.

Le gourou n'était pas seul dans sa croisade. L'existence du serval, le  terrible haillonneux qui tenait le traitre et ses bebequets, sonnait le glas de cette architecture morale abjecte, dans une certaine mesure.  

Mais tuer le roi ne faisait pas de vous le roi. Il faisait d vous un traitre, un assassin tout au plus. L’ouroboros vivrait assez longtemps pour recevoir la claque en pleine figure. Sa nounou avait entamé un périple, non pour préparer son mariage avec Satan mais plus pour marcher au combat contre le monstre qui avait éteint son étoile. Et c'était son pied, Satan dans son pied !

Dans le même temps, l’ouroboros, las des sournoiseries de sa nounou, avait dépêché ses grenouilles pour consolider une alliance virtuelle contre le gourou. La liberté du grillon était actée, il avait accepté de se tenir aux premières loges. Le mamba noir s’était rapproché. Judas hésitait. Quid du monstre ?

Quelles fourberies nous réservait encore l’ouroboros ?

Le faible qui se croit invincible s’engage dans une passe périlleuse, tout comme le fort qui refuse d’admettre sa défaite. L’un et l’autre prolongent inutilement les massacres et les destructions. L’aveuglement de la présomption et l’orgueil du déclin sont les combustibles des tragédies.

Teddy, entends-tu cela, toi aussi ?

dimanche 12 avril 2026

LE BOULEVERSEMENT MAJEUR...

Le droit ne valait plus grand-chose depuis la randonnée perfide de Teddy. Sa déculottée publique n’avait fait que confirmer le ressenti unanime de la perte progressive de la portée symbolique de la norme juridique. Elle cesse de devenir un repère collectif mais plutôt une arme circonstancielle. 

Ce n'est pas une nouveauté historique, loin de là.  Partout où l'ordre ancien a ete renversé, l'élément précurseur aura été une crise de légitimité du droit lui-même. Les textes subsistent sans garantir l’obéissance, la loi demeure formellement intacte mais perd sa force contraignante réelle. Dans l'esprit de Montesquieu, une chose n'est pas juste parce qu'elle est la loi, elle doit etre loi parce qu'elle est juste !

Ainsi, la deculottée de Teddy n’etait pas une simple déconvenue personnelle. Il fallait l'adapter a l'ambiance générale de désenchantement institutionnel où les intérêts particuliers piétinent la loi qui ne survit que par une convocation opportune sans vergogne ou par des interpretations alambiquées de sottes suffisance intellectuelles. 

Une révolution mondiale est en marche. Réelle ou fantasmée ?  Les signes d'un bouleversement majeur de l'équilibre du monde sont appercevables. Ils révèlent deja leurs « idiots utiles », ces figures involontaires ont la malheureuse mission d'amplifier les défauts du système pour disparaitre avec lui. Et prepararer son dépassement par la venue d'hommes qui conviennent à la nouvelle situation.

Teddy etait l’idiot utile, malgré lui, de cette révolution mondiale. Plus de paix ? Plus d'équité ? Un nouvel ordre indéfini ?

Le Gourouland s'offrait en exemple au monde. Les symboles se retournaient contre eux-mêmes, piégeant l'Ouroboros condamné à incarner la continuité d'un pouvoir pris dans ses propres contradictions mais animé par un furieux instinct de survie.

L'ouroboros s’etait ainsi engagé à vive allure sur le boulevard de la trahison. Était-il devenu traître ou l’avait-il toujours été ? Seul Judas, le plus grand traitre de Laf, figure archétypale de la trahison dans la mémoire gouroulandaise, aurait pu lui être d’un conseil avisé. Pour lui enseigner l’art de digérer la trahison. 

Il lui fallait désormais un nouveau mode de vie pour sa métamorphose complète, une nouvelle constellation d’alliés pour théoriser et formaliser sa trahison. Sa racaille batracienne laryngitique ne suffisait pas. Sa nounou psittacide, non plus !

La connaissance récente est elle assez exhaustive pour passer comme règle anthropologique ?      

Ce que l'on sait. Pour que le monstre s’impose, il lui avait fallu une vermine belliqueuse et kleptomane ; et pour que le gourou tienne, il lui fallut des fidèles inconditionnels. 

Mais la réalité est que la domination ne repose jamais sur la force brute. 

vendredi 10 avril 2026

LA CERTITUDE SACERDOTALE...

Pourquoi éprouvait-on tant de peine à concéder à Teddy sa victoire miragique ? Comme si reconnaître son triomphe revenait à admettre que nous avions été dupes, consentants, ou pire encore, complices silencieux de son ascension.

On aurait voulu se consoler, ne serait-ce que l’espace de quelques instants, en se disant que ce mal n’était pas propre au Gourouland seul, ni même à Alkebulan dans son ensemble. Que, sous d’autres latitudes, à travers d’autres peuples et d’autres drapeaux, des psychopathes parvenaient eux aussi à se faufiler à travers les filtres sociaux, à déjouer les garde-fous moraux, pour atteindre les sommets du pouvoir. 

Fallait-il alors laisser nos propres psychopathes digérer les leçons de cette « victoire » ? Rien n’autorisait à croire que les mêmes causes ne reproduiraient pas, inlassablement, les mêmes effets. L’histoire, obstinée, avait toujours eu le goût des répétitions tragiques.

Teddy avait semé le chaos, produit le désordre sans jamais éprouver la moindre responsabilité morale. Tout le monde s’était honteusement tu pour le regarder déchainé ses maîtres-chiens. 

À force d’observer ces dérives, on en venait à se demander si l’homme n’était pas, en effet, de trop sur la terre. L’harmonie semblait résider dans l’ordre naturel, dans cette mécanique silencieuse où chaque chose trouve sa place sans décret ni révolution. Dans cet univers, l’homme apparaissait comme l’élément perturbateur par excellence, un etre chroniquement insatisfait, toujours prêt à bouleverser le présent au nom d'un passé prétendument glorieux ou pour un avenir idéel.

Sa propension au changement, à la réforme, à la révision et même à la révolution n’était peut-être rien d’autre qu’une expression raffinée de sa fourberie déstabilisatrice. Une trace visible à travers l’histoire des faillites des organisations sociales, mais aussi dans l’échec répété de ses rêves utopiques en ce domaine.

La nature humaine semblait s’être solidifiée dans une fondation agressive et belliqueuse que les religions n’avaient toujours pas réussi à dompter. Non qu’elles n’aient pas essayé mais elles avaient aussi toujours trouvé sur leur chemin un adversaire opiniâtre. Satan. Depuis des temps immémoriaux, il s’opposait à toute tentative d’ordre moral. Il en avait fait le serment, juré dans une éternité dont nul ne pouvait mesurer l’étendue.

Et voilà qu’à présent, il avait publié les bans de son mariage avec la nounou de l’ouroboros. Une union qui, à elle seule, promettait des conséquences imprévisibles. L’ouroboros lui-même en avait-il été informé ? Comment réagirait-il ? 

Pour le moment, à l'entendre et en public, l'ouroboros ressemblait à un saint porteur de la bonne parole. Mais, en privé et derrière les portes capitonnées, il nouait des intrigues, défaisant méthodiquement la cause qui l'avait exhaussé.   

La démonnaille des quatre coins du monde ne cachait pas son enthousiasme. La célébration s’annonçait assez grandiose pour faire pâlir les festins du Valhala.

La crapauté, en revanche, considérait l’événement avec inquiétude. Son humeur était sombre, presque amère. Quel serait désormais son statut après le déclassement de son lutin ? 

Un gamin est toujours, d’une certaine manière, jaloux de sa mère. C’est une jalousie primitive, instinctive, qui naît du sentiment d’être dépossédé ; le sentiment qui avait causé jadis la perte de Satan lui-même. Ah, ce refus de partager l’attention, ce désir exclusif d’être seul au centre du regard !

Pendant ce temps, le gourou avait déjoué un guet-apens soigneusement tendu par Satan. Mais aux yeux du gourou, il n’existait pas de traîtres ordinaires. Il n’y avait que des traîtres à la cause alkebulanaise. Et cette cause, il la portait comme un étendard, avec la certitude sacerdotale de celui qui se sentait investi d’une mission irrévocable.