En Alkebulan, l’école, brandie comme symbole d’évolution, n’aura trop souvent été qu’une usine à produire des élites tragiquement incompétentes dès qu’il s’agit d’inventer et d’appliquer des solutions pour le bien-être collectif durable, mais prodigieusement habiles à discourir et à se servir. Pour elles, le progrès social se résumait à l’enrichissement personnel — comme si mettre individuellement ses proches à l’abri devait, par miracle, mettre collectivement tous les autres à l’abri.
Pis encore, ces produits de l’école n'avaient pas appris à vaincre sans avoir raison ou du moins avaient ils assimilé cette leçon d'une manière singulière. Ils cultivent un mépris hautain envers leurs compatriotes taxés d’analphabètes. L’école et l'arrogance !
Ce complexe de supériorité, c'est mépriser l’analphabète qui ne sait pas lire un livre mais sait lire le ciel, la terre et les bêtes. Mépriser le paysan, ce « villageois » qui nourrit le pays. Mépriser l’arabisant porteur d’une mémoire tout aussi ancienne.
L’école n’avait pas élevé l’Alkebulan, elle avait séparé durablement ses enfants. Les élites instruites à l'école savaient bien discourir de maintes choses, manier plusieurs concepts, mimer les autres mais ne savaient pas parler avec les leurs. Elles ne se genaient pas de concevoir des politiques agricoles sans associer les paysans, d'entretenir un système éducatif budgétivore sans penser à l'inclusion d'une frange non moins plus importante d'enfants dans les médersas ou les campagnes, de penser à l’aménagement territorial sans vivre dans les territoires.
Le gourou n'était pas seul dans sa croisade. L'existence du serval, le terrible haillonneux qui tenait le traitre et ses bebequets, sonnait le glas de cette architecture morale abjecte, dans une certaine mesure.
Mais tuer le roi ne faisait pas de vous le roi. Il faisait d vous un traitre, un assassin tout au plus. L’ouroboros vivrait assez longtemps pour recevoir la claque en pleine figure. Sa nounou avait entamé un périple, non pour préparer son mariage avec Satan mais plus pour marcher au combat contre le monstre qui avait éteint son étoile. Et c'était son pied, Satan dans son pied !
Dans le même temps, l’ouroboros, las des sournoiseries de sa nounou, avait dépêché ses grenouilles pour consolider une alliance virtuelle contre le gourou. La liberté du grillon était actée, il avait accepté de se tenir aux premières loges. Le mamba noir s’était rapproché. Judas hésitait. Quid du monstre ?
Quelles fourberies nous réservait encore l’ouroboros ?
Le faible qui se croit invincible s’engage dans une passe périlleuse, tout comme le fort qui refuse d’admettre sa défaite. L’un et l’autre prolongent inutilement les massacres et les destructions. L’aveuglement de la présomption et l’orgueil du déclin sont les combustibles des tragédies.
Teddy, entends-tu cela, toi aussi ?