vendredi 1 mai 2026

FAIRE DURER LA TENSION....

La mafiosisation du monde n’était plus une dérive : elle était devenue un réflexe, presque un instinct de gouvernement. 

Partout, les dépositaires du pouvoir, sitôt investis, semblent obéir à une même grammaire : verrouiller, capter, distribuer — non pas selon le mérite, mais selon l’allégeance et la proximité biologique. Ils n'étaient pas tant des stratèges que des gestionnaires de rentes, hantés par la conservation du pouvoir au point d’en perdre raison, honneur et dignité. La récurrence d'un tel  comportement interpellait les experts en biologie computationnelle.  

En Alkebulan, cette logique atteignait une cruauté inédite : l’État etait ravalé au rang de caisse, le pouvoir une clé, une clé servant à ouvrir les coffres pour les mêmes mains. L’exemple gouroulandais en fut la caricature la plus nette : l’ouroboros n’y improvisait rien, il y déroulait une partition déjà écrite ailleurs et/ou avant lui.

Il marchait avec une précision clinique d'un funambule compromissionnel. Cet art dangereux de tenir sans résoudre, de savoir sans agir, de voir sans réagir, de porter sans céder le poids simultané du fait et de son contraire. Mais il ne marchait ni pour relier ni pour trancher sinon pour maintenir vivante la fracture. Car c’est dans cette zone opaque, cette épaisseur vaseuse, qu'il pouvait camoufler sa sombre nature d'idiot ingrat. Là où d’autres criaient à l’égarement, lui scandait la réconciliation ; là où il fallait décider, il installait l’équivoque.

On conçoit parfaitement que la vie humaine tende vers une forme de perfection mais la nature ne se perfectionne qu’en développant ses caractères majeurs. Que l’ouroboros ne soit tendu donc que vers l’élimination du gourou ne devrait point étonner. Et en jetant son grappin sur lui, Satan ne faisait que confirmer son redoutable flair dans l’identification des traîtres.

Le moment n’était pas encore venu de choisir entre dialectique et complémentarité. Encore moins d'osmose. L’obscurité n’est-elle pas, selon l’angle, à la fois absence et saturation de couleurs ? L’ombre n’est pas le contraire de la lumière : l’une produit, l’autre révèle. Ensemble, elles se définissent et donnent forme au visible par leur tension.

Pendant ce temps, l’ouroboros empilait racaille, vermine et fripouilles aux côtés de sa traîtraille ubiquitaire, dressant les rangs d'une armée à éliminer le gourou. Le commandement en serait confié au Grand Animal, rappelé pour ses offices macabres, domaine où il excellait sans partage, épaulé par le Gros Cafard. Mais où se terrait donc le chef assassin ?

La nounou avait-elle fait du bon travail ? Pas si sûr, en tout cas, qu'elle fasse encore l'affaire...

mardi 28 avril 2026

MESSAGE A QUICONQUE...

Personne ne s'en souciait. Hadès, le fils de Satan était entrain d'être cendrifié par les chaleurs orientales, là-bas. Tous sauf son père Satan, on présume.     

Toutefois, le sort de Hades et sa clique demeurait un point d'attention. Ils méritaient cette indulgence tout autant que ces gredins et ces malfrats de tout acabit qui s'en gavaient. 

Le cas devra attendre, en tout état de cause. Il fallait donner du temps à l'ouroboros de digérer son réveil douloureux. Il venait de réaliser qu'il était loin, bien loin, d'être un roi comme sa nounou ringarde et sa racaille batracienne multiforme qui puisaient à la fontaine historique d'une ascendance à la réputation macabre, sanguinaire et répugnante lui chuchotaient.  

Etait-ce l’heure de taper du poing sur la table, de cogner sur le gong ou de faire beugler la cornemuse ? Pourquoi pas, pendant qu’on y était, organiser une parade pour flatter l’ego du prince du moment ?

Pour les jababus, il semblait surtout que l’heure fût venue de dire. Dire à l’ouroboros ou à sa nounou, ce qui revenait souvent au même, que, si haut perché qu’un roi s’imagine sur son trône, il reste assis sur ses fesses, et rien d’autre. Lui rappeler aussi que, quelle que soit la taille de sa couronne, un roi mange, boit, défèque et s’accouple comme n’importe quel quidam, sans privilège physiologique ni miracle royal.

Par ailleurs, sa veulerie ralentissait la révolution gouroulandaise. Ce n'était par un effet de ses gamineries démoniaques ni de ses maudites postures d’avatar. Les peuples ont déjà vu passer trop de monstres pour trembler devant un masque de plus.

La cause était ailleurs. Plus profonde. Et surtout plus gênante. Elle procédait d'habitudes résiduelles, encore bien ancrées, de tolérer les impostures tant qu’elles parlaient fort, de prendre le volume pour de la vision, la morgue pour de l’autorité et l’arrogance pour de la compétence. Certains continuaient encore de laisser prospérer prospérer des hommes gonflés d’eux-mêmes, d'autres ne trouvaient jouissance que de les accompagner et les flagorner.

Mais cette fois, quelque chose s’était rompu.

La pause n’était pas une faiblesse. Elle marquait une étape cruciale,  le moment où l’on cesse d’applaudir par réflexe et où l’on commence à regarder le spectacle pour ce qu’il est : une farce répétée par des acteurs médiocres persuadés d’être des génies.

Car, au fond, l’ouroboros n’était qu’un symptôme. Une boursouflure visible d’un mal plus ancien : la fascination pour les hommes à la parole volage et aux actes indécents. Dont l'éclosion était favorisée par la patience excessive d’un peuple qui, trop longtemps, avait confondu endurance et soumission.

La révolution marquait une pause, oui.

Mais c’était la pause d’un peuple qui cessait de tolérer l'innommable et qui se demandait, enfin, combien de temps encore il accepterait d’être gouverné par le déshonneur et l'indignité.

vendredi 24 avril 2026

LA RONDE DES PIAFS...

Demandez l’avis de n’importe quel piafiste sérieux. Les perroquets perdent la voix avec la vieillesse. C’est connu. Le temps use les cordes vocales comme il émousse les serres et ternit le plumage. Voilà pourquoi, quand de vieux perroquets et de vieilles perroquettes, de service, s’entend, retrouvent subitement la voix, il y a vraiment de quoi frissonner.

Ils et elles avaient repris la parole pour alerter sur le péril d’un patrimoine dont, pourtant, ils se sont sustentés jusqu’à l’os, en en suçant la moelle avec une patience de longue prédation. Un patrimoine qu’ils ont surtout consommé, sans jamais le gouverner en accord avec les attentes des gouroulandais.

De vieux et vieilles paumés, minés par la nostalgie des sinécures moelleuses et des honneurs immérités, faisaient mine de venir à la rescousse de l’ouroboros en perdition, ballotté en haute mer politicienne.
Mais la plus belle femme du monde ne peut offrir que ce qu’elle a. Et eux n’avaient plus que des gestes recyclés, des discours fatigués et des certitudes usées.

Une énième branche donc tendue au quidam en train de se noyer, sur le pari risqué qu’un naufragé, dans sa panique, s’accrochait à tout ce qui flotte et même à ce qui coule lentement.

Mais le cas désespéré de l’ouroboros s’était intensifié. Comme Icare, il ne suffisait pas qu’il fût sauvé : sa nature vaniteuse l’avait ensuite incliné vers la désobéissance et la fatuité. L'ivresse des hauteurs lui faisant croire pouvoir défier la chute. C’est ainsi qu’il se perdit seul, convaincu de voler alors qu’il dérivait mortellement vers le feu ardent du soleil.

Imeldasse avait décidé, malgré tout, de sauver les meubles. Elle avait imposé à la nounou et à la traitraille batracienne un défilé destiné à exhiber ses créations de styliste hors pair. Avec son top model, à l'honneur, contraint à parader. Mais cela se voyait : le traître avait la tête ailleurs.

Il souriait là où il fallait sourire, certes, mais son esprit errait dans des couloirs humides, peuplés de soupçons et de calculs. Il se rongeait les méninges, furetant mentalement parmi les maximes machiavéliques, retournant chaque mot comme une lame émoussée qu’il espérait encore tranchante, pour deviner la taupe du terrible haillonneux.

Et dire qu’il n’y avait que lui pour s’étonner qu’un traître soit entouré par autre chose que des traîtres. Un traitre ne découvre jamais la verite. La trahison est un boomerang qui revient toujours à la main qui l'a lancée.