Les religions se spécialisent ainsi dans l'art de produire ces virtuoses de la certitude, ces entrepreneurs du sacré qui promettent l’absolu en format simplifié. Ils prospèrent dans un monde désorienté, friand de réponses magiques à des questions rationnelles. Et comme toujours, ce n’est pas le message qui change, c’est le "philosophe" qui le falsifie..
Les idéologies ont plus de pudeur. Monarchisme, socialisme, capitalisme, souverainisme... Leur prophète parle, ses disciples simplifient, ses héritiers vulgarisent, et ses successeurs trahissent. Puis on recommence. Elles ont cet avantage sur les religions, elles avouent leur revision, changent de prophète, le cas échéant, sans crise théologique majeure. Elles sont accommodantes au cours des evenments, à l'audience, à la réalite. Finalement, l’idéologie n'est-ce pas cette pensée qui survit à son auteur, mais rarement à sa première mise en pratique ?
Mais la paix sociale prônée par l’Ouroboros était bien cette idée sublime tellement sublime qu'elle en etait devenue suspecte car une paix qui inclut les bandits est soit une sagesse supérieure, soit une naïveté suicidaire. N'a-t-elle pas été confisquée, au fond, pour être dénaturée, édulcorée et mélangée par ses nouveaux amis condescendants et sa parentèle obséquieuse qui, à ses yeux, sont les seuls qui savent mieux, voient plus clair et entendent plus haut au point de lui brouiller le cerveau ?
Pour corriger ces indélicats brouilleurs de cervelle de certain garnement ludopathe, les jababus relevaient le challenge de repréciser la pensée ouroborossienne. Loin de l’éternel phalanstère pour âmes fatiguées, son projet était d’une simplicité presque indécente : la paix globale prônée par l'ouroboros était une forme de libertarisme existentiel. Une nouvelle idéologie. Plus de “bons” d’un côté et de “mauvais” de l’autre, mais une nation traversée de contradictions assumées. L’État y devenait discret, la morale moins pressante et l’ordre public, une notion presque pudique.
Accepter une coexistence sans hiérarchie morale immédiate pouvait aussi signifier promouvoir une paix propice à la réforme ou le calme avant la correction..mais qu'il soit bien entendu que vouloir la paix de tous, c’est accepter que certains vivent encore comme s’ils ne la méritaient pas et supporter malgré tout qu’ils y aient droit !