vendredi 24 avril 2026

LA RONDE DES PIAFS...

Demandez l’avis de n’importe quel piafiste sérieux. Les perroquets perdent la voix avec la vieillesse. C’est connu. Le temps use les cordes vocales comme il émousse les serres et ternit le plumage. Voilà pourquoi, quand de vieux perroquets et de vieilles perroquettes, de service, s’entend, retrouvent subitement la voix, il y a vraiment de quoi frissonner.

Ils et elles avaient repris la parole pour alerter sur le péril d’un patrimoine dont, pourtant, ils se sont sustentés jusqu’à l’os, en en suçant la moelle avec une patience de longue prédation. Un patrimoine qu’ils ont surtout consommé, sans jamais le gouverner en accord avec les attentes des gouroulandais.

De vieux et vieilles paumés, minés par la nostalgie des sinécures moelleuses et des honneurs immérités, faisaient mine de venir à la rescousse de l’ouroboros en perdition, ballotté en haute mer politicienne.
Mais la plus belle femme du monde ne peut offrir que ce qu’elle a. Et eux n’avaient plus que des gestes recyclés, des discours fatigués et des certitudes usées.

Une énième branche donc tendue au quidam en train de se noyer, sur le pari risqué qu’un naufragé, dans sa panique, s’accrochait à tout ce qui flotte et même à ce qui coule lentement.

Mais le cas désespéré de l’ouroboros s’était intensifié. Comme Icare, il ne suffisait pas qu’il fût sauvé : sa nature vaniteuse l’avait ensuite incliné vers la désobéissance et la fatuité. L'ivresse des hauteurs lui faisant croire pouvoir défier la chute. C’est ainsi qu’il se perdit seul, convaincu de voler alors qu’il dérivait mortellement vers le feu ardent du soleil.

Imeldasse avait décidé, malgré tout, de sauver les meubles. Elle avait imposé à la nounou et à la traitraille batracienne un défilé destiné à exhiber ses créations de styliste hors pair. Avec son top model, à l'honneur, contraint à parader. Mais cela se voyait : le traître avait la tête ailleurs.

Il souriait là où il fallait sourire, certes, mais son esprit errait dans des couloirs humides, peuplés de soupçons et de calculs. Il se rongeait les méninges, furetant mentalement parmi les maximes machiavéliques, retournant chaque mot comme une lame émoussée qu’il espérait encore tranchante, pour deviner la taupe du terrible haillonneux.

Et dire qu’il n’y avait que lui pour s’étonner qu’un traître soit entouré par autre chose que des traîtres. Un traitre ne découvre jamais la verite. La trahison est un boomerang qui revient toujours à la main qui l'a lancée.

dimanche 19 avril 2026

LE PROGRES DANGEREUX...

Dans les livres saints ( Ancien Testament, Évangiles, Coran ), Satan est décrit comme l’ennemi acharné de l’homme, celui qui empoisonne son existence. Mais lui attribuer tous les malheurs humains serait une facilité. Les faiblesses de l’homme, attisées par le souffle satanique, ne suffisent pas à expliquer son mal-être. Car jamais la société humaine n’a paru aussi fragile malgré le vertige de ses progrès.

Chaque conquête semble porter sa dette. Karma, résistance de la nature, ou simple loi d’équilibre. A chaque choc infligé au monde, la nature répond pour retrouver sa mesure. Qui prétend dominer la nature ou franchir ses limites physico-chimiques récolte tôt ou tard la fureur des éléments. Nul ne règne impunément sur la vie, car la nature, dans sa réaction, ne distingue ni coupable ni innocent. L’homme progresse, mais la nature, patiente et inflexible, finit toujours par exiger le prix de l’audace. Jamais on n'a ete aussi nombreux à souffrir de la faim, de la soif et de la maladie. Jamais le monde n'a ete aussi précaire, la société aussi fragmentée et la vie assaillie par autant de fléaux multiformes. 

Les secrets réservés à la puissance supérieure demeurent jalousement gardés. N'est ce pas Edward Jenner ?

Hier, Dracula suspendait le cours du temps, Frankenstein surclassait la mort, Faust renonçait à son essence, Prométhée livrait l’arme absolue : le feu. 

Aujourd’hui, sous des visages plus avenants, Steve Jobs ébranle la souveraineté de l’esprit sur la matière, Bill Gates recompose les liens humains et Oppenheimer fissure la quiétude du monde en libérant la puissance destructrice de l’atome.

Autant d’individus qu’un voyage dans le futur se chargera de juger : pour les uns, en durcissant le verdict ; pour les autres, en relatant la manière dont la nature, patiente mais implacable, aura fini par broyer ce qui prétendait s’ériger au-dessus d’elle. Un jugement sévère, dans tous les cas, presque inévitable, tant leurs actes n’avaient pas encore fini de déplier au grand jour leurs conséquences les plus sombres.

Mais il y aura pire. Le cas de l’ouroboros, bien entendu.

Comment la postérité traitera-t-elle l’ouroboros ? Par quel concept parviendra-t-elle à contenir cette entreprise méthodique de bureaucratisation de la trahison, cette volonté opiniâtre d’inscrire le reniement dans des règles, des protocoles et des procédures, jusqu’à lui donner l’apparence d’une nécessité ?

Et quel nom donnera-t-on alors à celui qui fut l’auteur de cette offense à la nature ? Le désignera-t-on comme un éternel garnement jouant avec des allumettes dans une salle de jouets ?

Aura-t-il seulement compris ce qu’il allumait ?

Il y aura peut-être eu incendie. Mais on n’en retiendra pas seulement les flammes visibles. La fumée âcre de la combustion de la camaraderie empestera l’air ; la chaleur irrésistible des braises rougeoyantes attestera la consumation irréversible de l’engagement patriotique. Les cendres témoigneront encore pendant un bon moment de ce feu de fidélités rompues et rappelleront ce brasier lent qui consuma ce que l’on croyait inaltérable.

Le monstre de Frankenstein était en vadrouille. Il cherchait sa douce moitié, non par caprice, mais parce que la nature tenait à son équilibre. Créature née d’un défi lancé à l’ordre naturel par essence, il demeurait le seul être capable d’offrir refuge à la nourrice perdue et de la soustraire aux griffes de Satan, cette autre créature procédant d'une rupture d l'ordre cosmique. 

Amenera-t-elle son baby boss dans son nouveau refuge, à coté de son nouvel amoureux.. 

Peut-on en douter ? L'ouroboros partira. Et ce sera sous le protocole de la honte au rythme des croassements de la racaille batracienne : en traître indigne de la colère du gourou et en héros de la pantoufle incapable même de susciter le mépris des haillonneux. 

Car certaines fautes ne produisent ni fracas ni scandale, seulement une dégradation brutale des grandeurs attendues et l’installation perverse de la médiocrité, là où il n'était question que d’honneur, de respect de la parole donnée.

vendredi 17 avril 2026

DES FOURBERIES ATTENDUES...

En Alkebulan, l’école, brandie comme symbole d’évolution, n’aura trop souvent été qu’une usine à produire des élites tragiquement incompétentes dès qu’il s’agit d’inventer et d’appliquer des solutions pour le bien-être collectif durable, mais prodigieusement habiles à discourir et à se servir. Pour elles, le progrès social se résumait à l’enrichissement personnel — comme si mettre individuellement ses proches à l’abri devait, par miracle, mettre collectivement tous les autres à l’abri.

Pis encore, ces produits de l’école n'avaient pas appris à vaincre sans avoir raison ou du moins avaient ils assimilé cette leçon d'une manière singulière. Ils cultivent un mépris hautain envers leurs compatriotes taxés d’analphabètes. L’école et l'arrogance !

Ce complexe de supériorité, c'est mépriser l’analphabète qui ne sait pas lire un livre mais sait lire le ciel, la terre et les bêtes. Mépriser le paysan, ce « villageois » qui nourrit le pays. Mépriser l’arabisant porteur d’une mémoire tout aussi ancienne.

L’école n’avait pas élevé l’Alkebulan, elle avait séparé durablement ses enfants.  Les élites instruites à l'école savaient bien discourir de maintes choses, manier plusieurs concepts, mimer les autres mais ne savaient pas parler avec les leurs.  Elles ne se genaient pas de concevoir des politiques agricoles sans associer les paysans, d'entretenir un système éducatif  budgétivore sans penser à l'inclusion d'une frange non moins plus importante d'enfants dans les médersas ou les campagnes, de penser à l’aménagement territorial sans vivre dans les territoires.

Le gourou n'était pas seul dans sa croisade. L'existence du serval, le  terrible haillonneux qui tenait le traitre et ses bebequets, sonnait le glas de cette architecture morale abjecte, dans une certaine mesure.  

Mais tuer le roi ne faisait pas de vous le roi. Il faisait d vous un traitre, un assassin tout au plus. L’ouroboros vivrait assez longtemps pour recevoir la claque en pleine figure. Sa nounou avait entamé un périple, non pour préparer son mariage avec Satan mais plus pour marcher au combat contre le monstre qui avait éteint son étoile. Et c'était son pied, Satan dans son pied !

Dans le même temps, l’ouroboros, las des sournoiseries de sa nounou, avait dépêché ses grenouilles pour consolider une alliance virtuelle contre le gourou. La liberté du grillon était actée, il avait accepté de se tenir aux premières loges. Le mamba noir s’était rapproché. Judas hésitait. Quid du monstre ?

Quelles fourberies nous réservait encore l’ouroboros ?

Le faible qui se croit invincible s’engage dans une passe périlleuse, tout comme le fort qui refuse d’admettre sa défaite. L’un et l’autre prolongent inutilement les massacres et les destructions. L’aveuglement de la présomption et l’orgueil du déclin sont les combustibles des tragédies.

Teddy, entends-tu cela, toi aussi ?