vendredi 20 février 2026

LA CRISE D'EGO

Était-ce de l’inconscience ? De la passivité éclatante ? Ou cette nonchalance enjouée que certains arborent lorsqu’ils feignent de ne pas croire à l’inéluctable ?

Le comportement de l’homme devant sa mort prochaine demeure un sujet d’une extrême délicatesse. Il y a le condamné en sursis que la menace n’effraie plus ou bien l’agonisant hilare qui tourne la fin en dérision sinon l’intrépide qui s’élance vers le gouffre comme vers une conquête. Et puis il y a celui qui sait, parfaitement, mais choisit d’habiter le déni. La mort, pourtant, ne cesse de se rappeler à notre souvenir, avec une régularité presque pédagogique. 

Dans un autre registre, on ne pouvait pas soutenir que l’avertissement de Satan n’avait pas été reçu. Il l’avait été. Distinctement. Notamment par l’ouroboros.

Mais le bambin qui jouait avec les allumettes, fidèle à sa nature, préférait la diversion. À la suite de sa nounou, la squaw, il avait piqué une crise d’ego dont la théâtralité dissimulait mal l’angoisse. La fâcherie d’Imeldasse ne faisait qu’exacerber ce tumulte intime. Ce blues domestique etait devenu le camouflage opportun : derrière la querelle privée, on pouvait masquer le malaise public.

Car le vrai trouble était ailleurs. Le peuple ne vibrait plus. Les haillonneux doutaient. L’engouement se fissurait.

Face à cette érosion silencieuse, son ipséité, vaniteuse et craintive, avait activé le mode de survie. Il avait compris que Satan ne plaisantait pas. Et comme il était celui qui avait le plus à perdre, il avait battu le rappel de la traitraille ubiquitaire et sur consultation  de ses conseillers de l'ombre parmi les forces des ténèbres, il penchait pour la marche arrière. Non pas repentance. Non pas rectification. Mais recul stratégique.

Comme toujours, le sale ouvrage serait confié au gourou. C’était la seule besogne que l’ouroboros consentait à déléguer. Et souvent dans les hautes affaires publiques, les vraies questions étaient de sales affaires. 

L’ouroboros gardait la posture, le gourou assumait l’épreuve. Ainsi, l’ouroboros était devenu la calamité gouroulandaise. Car la résilience d’un pays repose, d’abord et enfin, sur la confiance. Confiance horizontale entre les acteurs, confiance verticale envers celui qui prétend guider.

Que valait à présent l’ouroboros ? Était-il moteur ou frein ? Était-il vision ou vertige ?

La situation avait pris une tournure dramatique bipolaire. Juché sur son taureau noir, grisé par la puissance mais inquiet de la trajectoire, il voyait son proto avancer plus vite que ne le permettait son instinct de conservation. Plutôt que d’en canaliser l’élan, il avait choisi la vieille méthode des lopettes, opposer l’énergie naissante à ses propres forces régressives. Diviser pour contenir. Ralentir en fracturant. Neutraliser en opposant.

Mais le danger était que tenter de brider un mouvement en l’écartelant, c'était aussi risquer d’embraser l’attelage tout entier.

Et peut-être était-ce cela, au fond, la véritable inconscience : croire que l’on peut survivre éternellement en reculant, que l’on peut préserver sa couronne en affaiblissant son propre royaume. Il est des marches arrière qui ne sauvent pas mais révèlent seulement que le conducteur a perdu la route.

mardi 17 février 2026

PROUESSE DE NOUNOU

On savait qu’il n’y avait pas de code d’honneur chez les monstres. Mais ce que l’on apprenait de nouveau, c’est que cette maudite engeance pouvait renaître, comme un feu qui s’éteint et se rallume. Ce n’était ni une conclusion hâtive, ni un simple pressentiment : c’était une certitude instinctive, lourde, presque prophétique. Car il n’est de pire utopie que de juger l’existant à l’aune de ce qui n’existe pas encore.

Il fallait se rendre à l’évidence. Nos ancêtres avaient raison : l’habitude est comme un poil, on la rase, elle repousse. Ainsi en allait-il de la marmaille, résipiscente en apparence, fourbe dans le fond, qui revenait au mensonge et à la manigance avec une constance effrayante. Elle se rangeait du côté de la racaille, dont le « top management » avait su ridiculiser son propre sinistre avec une audace déconcertante.

La jonction entre marmaille et racaille, désormais assumée et clairement affichée, formait une force binaire redoutable, capable de tenir tête aux hordes les plus démoniaques. Cette réussite, éclatante et terrifiante, était l’œuvre de la nounou, qui avait obtenu leur ralliement et l’offrait à l’ouroboros comme un tribut. 

Les chefs des bidasses, eux, en perdaient le sommeil : quitter leur piédestal d’enfants gâtés par l’ouroboros semblait désormais inévitable. Et l’ouroboros lui-même n’en revenait pas.

C’en était fini du gourou, il allait enfin voir ce qu’il allait voir, se disait-il. La marmaille et la racaille n’étaient plus de simples figurants, elles étaient le bras armé de son ignoble complot aux contours qui prenaient forme petit a petit, une mécanique impitoyable que seul les petits haillonneux d'en bas osaient défier.    
   
La traitraille batracienne en était ébahie. Satan n'avait pas réagi. Ah, dans l'amour, c'est donc vrai... la seule loi sacrée d'un amant est la volonté de l'amante...  

Servir un ingrat comportait sa dose de risque, même si cela restait moins cruel que la compagnie d’un idiot. Mais rien n’égale, ni n’égalera jamais, l’allégeance à un sombre apprenti sorcier.

Une seule vérité demeurait, cependant, jalousement gardée par le gourou. Le monstre tenait l’ouroboros. Par où ? Pour quoi ? Depuis quand ? Et comment ? Voulait-il seulement le savoir ?  Défendre une lopette ludopathe sans aspérité morale, contre elle-même, suffisait déjà à sa peine.

vendredi 13 février 2026

LA RESIGNATION TRANQUILLE

Chaque père de famille avait son préféré dans sa progéniture, sans lequel, ou loin duquel, il n’osait tout simplement pas concevoir de vivre. Ausssi lorsque Satan, brave pere de famille, sentit-il l’étau se resserrer autour des siens, les invertis, il avait tiré un coup de semonce. Comme à son habitude, sans fracas inutile, un geste presque banal, un événement anodin, mais dirigé à l’endroit exact où la douleur serait la plus ressentie. Un message clair avait été envoyé sans façon. Restait à savoir à qui il était véritablement destiné.

Était-ce à l’ouroboros... Trop absorbé par le sauvetage du grillon ? L'ouroboros faisait l'aveugle le sourd et le muet, tout à la fois. Visiblement respecter sa part du marché passé avec le monstre aux relents de complot contre son proto de gourou, lui en coutait. Il avait déserté l'espace public offrant un vide saisissant au grand bonheur de la nounou qui pouvait exercer en toute liberté. Au diable, la tisseuse et Imeldasse !

Ou bien l’avertissement visait-il le gourou... une manière de lui rappeler que le combat etait loin d'etre fini. Et qu'il ne pouvait accepter que ce dernier continue d'écorcher son leadership et qu'à travers ses paroles et ses actes, assiège son royaume. Les diatribes du gourou contre le mensonge, la cupidité et la malhonnêteté etaient perçus comme coups de belier contre la forteresse du mal

La chute du campusard avait éclaté comme une déflagration. Elle avait rattrapé l’ouroboros : son idée torne de paix en etait bien la cause.  N’avait-elle pas laissé prospérer l’impunité, pensant que la vertu publique s'accommoderait des natures mauvaises ?

Il va sans dire que la paix est un vaste concept, général et impersonnel. Et donc la racaille a laissé libre cours à sa vraie nature. Et donc la racaille n'avait fait que ce que la racaille sait faire. Bon chien chasse de race.

Peut-être la marmaille tenait-elle là sa chance de rédemption. La vraie violence c'était, en effet, une justice sans conscience. Encore fallait-il avoir la volonté, le courage et la compétence d’une chirurgie de haute précision : extirper la gangrène qui menaçait tout le corps de la racaille. Purifier revient moins souvent à sauver qu’à survivre !

Au fond, rien ne change : Loin des histoires d'ordre et de nécessité, le commun des mortels, comme les jababus, continuera de penser, avec une résignation tranquille, que le pouvoir de l'ouroboros venait de se consolider par le sang.