vendredi 20 mars 2026

LA DIRECTION DU MOLLASSON...

Un seul haillonneux tenait en respect toute la traîtraille batracienne. Et comment ! Il fallait s’y résoudre : la vérité ne l’emporte parfois qu’à la condition qu'elle ose être plus bête que le mensonge.

Il en fallait encore peu pour que la nourrice en perde ses entrailles. Aucun, ni aucune, parmi cette flopée de grenouilles ne lui était d’une quelconque utilité face à ce redoutable haillonneux qui furetait jusque dans ses profondeurs.

Elle en était réduite à la honte devant tant d'impuissance. Pire, pour une fois, elle ne parvenait pas à déchiffrer le regard torve de son babyboss. Or le regard est un langage sans mots ; encore faut-il ne pas en faire une mauvaise traduction de soi-même. Elle avait plutôt grand besoin d’un psychologue du regard. Et vite. Avec ce garnement ludopathe qui misait tout tant et tellement sur ce regard halluciné !

Satan était passé à l’action.

L’ouroboros croyait recruter ; pauvre cheval de Troie, il nourrissait en réalité Satan de toute la faune amorale de Gourouland — et même au-delà.
Il pensait séduire par son aplomb de top model ; mais c’était Satan qui, patiemment, disposait ses pièges autour de lui, densifiant les rangs des grenouilles.

Et ce que Satan donne d’une main, il le reprend de l’autre. Une forme d’équilibre — version diabolique — qui consiste à dépouiller peu à peu, à le déshabiller, couche après couche, des habits de respectabilité dont le gourou l’avait affublé.

De l’intérieur, il élevait l’ouroboros mais pour mieux appâter le gibier. Et à l’extérieur, il exposait sa fatuité grandiloquente, vidée de toute consistance.

Il ne s’agissait plus pour Satan de reproduire le modèle du monstre qui, un jour, avait brisé ses entraves. Satan entendait y veiller lui-même, sans l’aide d’aucun démonneau ni diablotin. Son cheval de Troie ne lui était utile qu’à l’intérieur de Gourouland. 

Dès lors, fallait-il voir dans la chiquenaude du grand Maure et de ses valets pervers une ruse du diable ?

Comment réagirait le garnement ludopathe face à cet affront ? Comment éviterait-il de devenir la risée du monde ?

Mais si Satan tenait tant à ce combat contre le gourou, pourquoi n’en fixait-il pas la date ?
Attendait-il le redéploiement de quelques troupes encore mobilisées à l’extrême nord ou au proche est ?

Le gourou, lui, piaffait. S'il avait eu le pouvoir de remonter l'horloge !

L'affliction etait acceptable, il n’est pire situation pour un pays que d’être dirigé par un mollasson.

mardi 17 mars 2026

UNE FOLIE, DOUCE ?

Il était une vérité intangible : nul dirigeant de ce monde n’aurait aimé être aujourd’hui à la place de Teddy. On n’ira pas toutefois jusqu’à prétendre qu’il était en train de se faire chicoter. Disons simplement que les choses étaient loin de se dérouler comme il l’avait prévu. Était-ce là une adaptation réelle de la fable du lion et du moucheron ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non…

Mais sa situation n’était pas sans légitimer ces protections difficilement justifiables dont bénéficiaient les potentats à travers le monde. En organisant, dans les chartes fondamentales, leur irresponsabilité civile et pénale, les potentats se voyaient relégués au même rang que les enfants et les aliénés mentaux. Le pouvoir serait-il une folie et son exercice, un enfantillage ? Engendrerait-il un état d’inconscience ?

Les potentats étaient des enfants qui pouvaient se permettre des incartades dont ils ne pouvaient être tenus pour responsables. Cela avait du sens. Au Gourouland, l’ouroboros passait pour un fou — pas un fou à lier, certes, mais un enfant dément tout de même. Le roi était-il nu pour autant ? Non : les fous peuvent être richement habillés et exercer une grande influence. Ils pouvaient etre diaboliquement motives à s'enrichir et enrichir leurs proches, n'importe comment !  

Il se trouvera toujours des esprits prompts à capter les signes, comme il s’en trouvera d’autres, très lents, pour être les derniers à saisir la triste réalité. Le fou, lui, n’aura jamais cette opportunité : prendre conscience de sa propre folie.

Le pouvoir n’était pas folie, quand bien même douce. Mais il semble bien que le savourer le soit.Cette absurdité embarrassait profondément l’entourage de celui qui était tout à la fois un enfant influençable, un fou manipulable et un potentat irresponsable. Une cible pour Satan, une proie idéale pour quiconque saurait tirer les ficelles. Une aubaine pour une nourrice vengeresse ?

Mais comment contenir un fou sans être entraîné dans sa dérive ? Le gourou y parviendrait-il ? Lui seul semblait encore discerner un reste de bon grain chez son protégé rebelle et croire que le mal qui le rongeait pouvait être circonscrit.

Peut-être était-ce là lucidité. Peut-être seulement une illusion de plus.

dimanche 15 mars 2026

LA DERAISON SEPULCRAIRE....

Quelle impudence de prétendre que la douleur mène nécessairement à la joie ou à une pureté sacrée, comme si la souffrance portait en elle une promesse de salut. N’est-ce pas surtout une manière de la légitimer, de refuser qu’elle puisse être vaine, stérile, sans issue ni justification ?

Loin de révéler une quelconque sagesse, cette grimace intellectuelle expose surtout l’immensité de l’ignorance humaine face à la vie. Les Alkebulanais, eux, n’y croiront sans doute jamais. En adoptant la démocratie, ils pensaient franchir une étape supérieure de leur évolution historique déjà hésitante. En réalité, ils avaient simplement construit une boîte et s’y étaient installés confortablement. Ils se retrouvèrent bientôt à élire leurs propres bourreaux, à former leurs propres détrousseurs, à promouvoir les assassins de leurs espérances, à financer les forgerons qui façonnaient les chaînes de leur servitude.

La crise du service public, ses causes et ses ravages, existent certes partout, mais avec une intensité particulière en Alkebulan — et plus encore au Gourouland. L’État y vacille, réduit à une coquille vidée de sa substance. La corruption y a pris la forme d’une appropriation privée systématique des instruments et des ressources collectives. À cela s’ajoute la voracité corporatiste d’agents déterminés, avec un fanatisme froid, à s’octroyer la part du lion dans un patrimoine qui ne leur appartient pas. Tout annonce une trahison durable de la confiance publique et une rupture appelée à s’aggraver inexorablement.

Les potentats alkebulanais, budgétivores et mégalomanes, ne pesaient guère sur l’échiquier mondial. Ils se terraient pour éviter toute prise de position sur les crises brûlantes de l’époque, leur lâcheté réduisant à néant l’héritage des générations passées qui avaient tenté de réinscrire Alkebulan dans l’histoire du monde. Par la même occasion, ils compromettaient l’affirmation future de cette contribution, laissant aux générations à venir une tâche presque impossible.

Au Gourouland, la nounou et son baby-boss n’étaient pas aussi redoutables qu’ils le prétendaient. Le serpent se dresse pour paraître immense, la grenouille gonfle sa gorge pour simuler la puissance : leur théâtre relevait davantage de l’intimidation que de la force réelle. Satan en était à la fois l’objet et l’arbitre, instrumentalisant l’un tout en se laissant flatter par l’autre.

Les haillonneux avaient troublé la mare. Dans cet écosystème en déséquilibre, des places vacantes attiraient toutes les convoitises. Le larbin noir, le païen nasard et le flibustier pervers s’agitaient avec une fébrilité démoniaque. Les grenouilles croassaient avec une agitation proportionnelle aux secousses que le gourou s’apprêtait à infliger à la canopée gouroulandaise. Il prêchait une transition comparable à la reconstitution d’un champ de pommes de terre ravagé par un troupeau de pachydermes — entreprise démesurée, d’autant que les éléphants n’avaient jamais quitté les lieux.

La conscience intermittente de l'ouroboros inquiétait de plus en plus. On l'avait déclaré fou chez les gardiens des mannes. Des prescriptions à base de cervelle de charognards et de tripes de bourricot n'avaient pas visiblement suffi. Cependant, le respect de l’esprit et de la lettre de la révolution demeurait proclamé non négociable. Mais, entre croassements et feulements entremêlés, qui pouvait garantir le recouvrement imminent de sa santé mentale ?