dimanche 26 juillet 2026

LA CORVIDISATION TERMINALE

 L'Ouroboros, une figure moralement originellement neutre, avait définitivement rompu le cercle de l'intégrité le jour où il avait choisi de mordre la main du Gourou, ce père qui l'avait baptisé, élevé, guidé et protégé au cœur même du top management haillonneux. Ce jour-là, il ne trahit pas seulement un bienfaiteur ; il rompit le pacte invisible qui lie le père à son fils. À partir de cet instant, il devint une figure moralement réprouvée, prisonniere de sa propre faute.

Sa métamorphose ne fut pas immédiate. Elle fut lente, presque imperceptible, comme ces maladies de l'âme qui progressent sans douleur jusqu'à rendre incurable ce qu'elles ont corrompu. Ce ne furent ni ses explications alambiquées, destinées à anesthésier une conscience devenue trop bruyante, ni les étreintes étouffantes de sa Corbelle et de sa Corbesse qui le transformèrent véritablement. Elles ne firent qu'accélérer un processus déjà engagé.

Le véritable basculement survint lorsqu'il cessa de distinguer la fidélité de la trahison. Incapable d'assumer le poids de son reniement, il résolut sa dissonance intérieure en rebaptisant la déloyauté « réalisme », la compromission « pragmatisme » et la corruption « intelligence politique ». Plus son mensonge devenait énorme, plus il lui fallait le défendre avec l'assurance des convertis. Car rien n'est plus dogmatique qu'une conscience qui cherche désespérément à se disculper.

À force de conceptualiser sa nouvelle doctrine, il finit par donner à la corruption les apparences d'une philosophie. Il ne s'agissait plus de vendre ses principes, mais de les « adapter » ; plus de renier sa parole, mais de « s'émanciper » ; plus de trahir le Gourou, mais de « dépasser le maître ». Chaque renoncement exigeait une théorie supplémentaire, chaque compromission appelait une justification plus sophistiquée que la précédente. Ainsi naissent les idéologies du reniement : elles ne servent pas à convaincre les autres, mais à empêcher leur auteur de s'effondrer devant son propre reflet.

L'Ouroboros devint l'oiseau charognard : le Corbeau de la corruption. Jadis symbole de régénération, il n'était plus qu'un messager des dépouilles. Il ne planait plus au-dessus des idéaux ; il tournoyait au-dessus des carcasses du pouvoir, attendant patiemment que les convictions des autres expirent pour en arracher les derniers lambeaux.

Le plus tragique était qu'il demeurait le seul à ignorer sa propre métamorphose. Les autres voyaient depuis longtemps ce qu'il refusait obstinément d'admettre. Chaque compromission avait noirci un peu plus son plumage ; chaque faveur accordée avait poli son croassement ; chaque silence coupable avait limé une serre de plus. À force de fréquenter les charognes politiques, il avait fini par en porter l'odeur sans même la percevoir.

La racaille batracienne ne lui était pas davantage acquise que la traitraille ubiquitaire ne l'avait été à l'Ouroboros. Toutes l'utilisaient avec la même froideur et le redoutaient avec la même méfiance. Car le traître rassure tant qu'il sert ; il inquiète dès qu'il s'approche. Ceux qui applaudissent aujourd'hui sa défection savent qu'un homme capable de trahir son bienfaiteur possède déjà en lui toutes les dispositions nécessaires pour trahir ses nouveaux alliés.

L'Ouroboros croyait avoir changé de camp ; en réalité, il avait changé d'espèce. Il n'était plus le serpent qui se refermait sur lui-même pour renaître. Il était devenu le corbeau qui ne survit qu'en se nourrissant des cadavres des principes. Et, dans l'histoire des hommes comme dans celle des peuples, les corbeaux ne bâtissent jamais les empires : ils n'apparaissent qu'après les batailles, lorsque les héros sont tombés et que les opportunistes viennent réclamer leur part des restes.

vendredi 17 juillet 2026

L'INDEPENDANCE BIOLOGIQUE

Chassez le naturel, il revient au galop : l'Ouroboros semblait redevenu ce garnement qui jouait autrefois avec des allumettes. Il n'avait jamais cessé d l'être mais il se trouve que les haillonneux avaient souvent la manie de trop prêter à leurs adversaires.

Le mamba noir, larbin noir au cœur plus noir que le charbon, ne supportait plus son rôle de mercenaire officieux ; maître-chanteur de naissance, il exigeait désormais une reconnaissance officielle de sa place dans la traitraille. 

Après tout, rien d'étonnant à voir un serpent s'allier à un autre serpent ; ce qui l'était davantage, c'était de voir un serpent s'improviser berger d'un troupeau de crapauds. L'ouroboros à la tête de la racaille batracienne etait en effet et en elle meme une image prémonitoire d'alliances contre nature où les instincts les plus incompatibles marcheraient désormais du même pas. 

Le gamin ludopathe jouait à recruter, limoger, se compromettre et vadrouiller pour provoquer son proto. Il ne s'agissait plus seulement d'exercer ou de conserver le pouvoir, mais de re/conquérir une véritable indépendance biologique en rompant enfin le cordon ombilical qui le reliait au Gourou. Ce même Gourou qui lui avait prêté bien plus qu'un simple nom, qui lui avait offert une identité politique si puissante qu'elle avait fini par éclipser celle héritée de son père ! 

Nonobstant que les forces des ténèbres l'avaient suffisamment alerté que ce dédoublement brouillait leur veille mystique et qu'il fallait désormais tuer le Gourou en lui pour qu'émerge enfin un autre lui-même. Mais se débarrasser de cet héritage reviendrait à commettre un parricide politique, à moins de se persuader que c'était plutôt le Gourou qui le lui avait imposé malicieusement. 

Satan se frottait les mains tout en s'inquiétant : le ludopathe reconstituait, sans même s'en rendre compte, sa propre cour de soudards, persuadé qu'ils lui seraient dévoués alors qu'ils ne servaient que leurs intérêts. 

Voudra-t-il demander conseil au Monstre ?  Ce dernier lui dira-t-il enfin toute la vérité ou le laisserat-il s'enfoncer dans le piège qu'il croyait tendre aux autres ? Car ces hommes ne seraient jamais ses serviteurs : il les croirait ses compagnons, alors qu'ils feraient lentement de lui leur plus précieuse marionnette.

jeudi 9 juillet 2026

TU NOUS MANQUERAS TOUJOURS

Une, deux, trois… Voilà neuf années que tu es partie là-haut.

Neuf longues années se sont écoulées depuis que, sans prévenir, tu es partie là haut !

Ce jour-là, le temps s'est comme arrêté. Tu es devenue une absence que les années n'ont jamais réussi à apprivoiser.

Ici-bas, pourtant, nous avons refusé de te laisser nous quitter. Nous t'avons cherchée, refusant que ton souvenir s'effacet.

Ainsi t'avons nous retrouvée partout. 

Nous te retrouvons dans la gaite de tout enfant, dans la tendresse espiègle de Madona, dans la rondeur du visage de Penda, dans les yeux de Marfa. 

Nous te retrouvons aussi dans l'interrogation muette de Mohamed, dans le silence renfermé de Papi et dans les souvenirs que Myriam ravive avec une infinie pudeur. 

Et nous te retrouvons, plus douloureusement encore, dans cette tristesse qui a colonisé nos regards, une tristesse que neuf années n'ont ni effacée ni consolée.

Ton absence habite avec nous. Elle est cette chambre que l'on imagine encore occupée dans nos pensées, cette voix que l'on croit entendre dans l'éclat de voix d'un enfant, ce rire qui résonne encore dans nos mémoires. 

Nous t'imaginons heureuse, libre de toute souffrance, dans un jardin où ne pénètrent ni les larmes, ni la peur, ni la séparation. Aux bons soins de notre pere le prophète Ibrahim (paix sur lui). 

Cette pensée apaise notre chagrin . 

Nous t'imaginons parmi ces âmes pures qui glorifient leur Seigneur, baignées d'une lumière que nos yeux d'ici-bas ne peuvent contempler.

Nous ne nous inquiétons pas pour toi. Nous te regrettons seulement.

Nous ressentons le poids de ton absence. Mais nous savons aussi que tu ne manques de rien auprès de Celui qui est le Plus Généreux des hôtes !

Nous ne t'avons pas perdue, vois-tu. Tu vis dans la force des amours qui donnent un sens à nos existences. Tu vis dans nos prières, dans nos souvenirs, dans nos silences, dans chacune de nos joies et jusque dans nos peines. Tu es devenue cette présence invisible qui accompagne chacun de nos pas.

Pourquoi d'ailleurs te raconter tout cela, puisque nous savons que tu es si proche de nous ? Par la permission d'Allah, tu connais sans doute mieux que nous la valeur d'une larme, d'une invocation et d'un amour qui ne s'est jamais éteint.

Neuf années ont passé, chacune d'elles ponctuée par ton absence. 

Neuf années à apprendre qu'aimer quelqu'un, c'est parfois continuer à lui parler en son absence, continuer à l'attendre sans impatience, continuer à prononcer son nom avec la même tendresse que lorsqu'il résonnait encore parmi nous.

Mais notre espérance est plus forte que notre douleur. Notre fidélité à ton souvenir est le secret espoir de notre future rencontre inéluctable, l'attente de la joie ineffable de te retrouver dans un monde parfait, réunis dans l'eternité.

Car, par la grâce d'Allah, les séparations d'ici-bas ne sont jamais éternelles.