lundi 23 mars 2026

LE VIGILE SPECIAL...

Encore une fois, il était permis de proclamer toujours avec cette obstination mêlée d’espérance que le monde ne devrait plus être le même. Une civilisation naît de la solidarité, prospère grâce à elle, puis meurt lorsque s’épuise son énergie interne. Pourtant, cette théorie d’Ibn Khaldoun n’opérait pas toujours. 

Teddy devra désormais creer un nouveau logiciel de traitement des héritiers des civilisations antiques comme l'empereur rouge, comme les enturbannés et Soso dans une moindre mesure. Ces héritiers pliaient un instant mais ne rompaient jamais, à l'image d'un contenu qui épousait les formes de son contenant.  

Mais qu’on remplace le terme de « civilisation » par n’importe quelle autre entité, n’importe quel concept et la mécanique semble implacable.

Pouvait-on pousser un soupir de soulagement ? L’ouroboros n’était pas fou. A priori, aucune pathologie neurodégénérative ne pouvait être invoquée pour expliquer sa lubie révisionniste, ni aucune anomalie de son système cognitif. 

Pour autant, si repêcher les coupables revenait à léser les victimes - et restait une injustice -, sa vraie origine se révélait déroutante. Le psychologue du regard avait diagnostiqué pire : un état de transe. Le sujet végétait loin, très loin, aux confins de l’esprit et du cœur, de la raison et de la foi, dans une sorte de vide absolu.

Mais qu’à cela ne tienne. La nounou lui avait glissé un jeu d’échecs, dont il s’était aussitôt, gloutonnement, entiché. Aurait-elle, elle, besoin de s’éloigner du Gourouland pour apaiser ses pulsions meurtrières dirigées contre le terrible haillonneux, celui qui tenait toute la traitraille batracienne en respect ?

Le gourou, lui, en était convaincu : ce ne sont pas les ennemis qui renversent les dépositaires de la volonté populaire, mais les coussins sur lesquels ils finissent par s’allonger. Il s’était donc fait vigile, rôle ingrat mais essentiel, le premier rempart contre le désordre charrié par une sinistre réplication de monstres. 

Il etait un vigile d’un genre particulier tout de meme, auréolé du prestige de faiseur de rois et nourri par la gloire d'une présence incorruptible qui dérange.  

vendredi 20 mars 2026

LA DIRECTION DU MOLLASSON...

Un seul haillonneux tenait en respect toute la traîtraille batracienne. Et comment ! Il fallait s’y résoudre : la vérité ne l’emporte parfois qu’à la condition qu'elle ose être plus bête que le mensonge.

Il en fallait encore peu pour que la nourrice en perde ses entrailles. Aucun, ni aucune, parmi cette flopée de grenouilles ne lui était d’une quelconque utilité face à ce redoutable haillonneux qui furetait jusque dans ses profondeurs.

Elle en était réduite à la honte devant tant d'impuissance. Pire, pour une fois, elle ne parvenait pas à déchiffrer le regard torve de son babyboss. Or le regard est un langage sans mots ; encore faut-il ne pas en faire une mauvaise traduction de soi-même. Elle avait plutôt grand besoin d’un psychologue du regard. Et vite. Avec ce garnement ludopathe qui misait tout tant et tellement sur ce regard halluciné !

Satan était passé à l’action.

L’ouroboros croyait recruter ; pauvre cheval de Troie, il nourrissait en réalité Satan de toute la faune amorale de Gourouland — et même au-delà.
Il pensait séduire par son aplomb de top model ; mais c’était Satan qui, patiemment, disposait ses pièges autour de lui, densifiant les rangs des grenouilles.

Et ce que Satan donne d’une main, il le reprend de l’autre. Une forme d’équilibre — version diabolique — qui consiste à dépouiller peu à peu, à le déshabiller, couche après couche, des habits de respectabilité dont le gourou l’avait affublé.

De l’intérieur, il élevait l’ouroboros mais pour mieux appâter le gibier. Et à l’extérieur, il exposait sa fatuité grandiloquente, vidée de toute consistance.

Il ne s’agissait plus pour Satan de reproduire le modèle du monstre qui, un jour, avait brisé ses entraves. Satan entendait y veiller lui-même, sans l’aide d’aucun démonneau ni diablotin. Son cheval de Troie ne lui était utile qu’à l’intérieur de Gourouland. 

Dès lors, fallait-il voir dans la chiquenaude du grand Maure et de ses valets pervers une ruse du diable ?

Comment réagirait le garnement ludopathe face à cet affront ? Comment éviterait-il de devenir la risée du monde ?

Mais si Satan tenait tant à ce combat contre le gourou, pourquoi n’en fixait-il pas la date ?
Attendait-il le redéploiement de quelques troupes encore mobilisées à l’extrême nord ou au proche est ?

Le gourou, lui, piaffait. S'il avait eu le pouvoir de remonter l'horloge !

L'affliction etait acceptable, il n’est pire situation pour un pays que d’être dirigé par un mollasson.

mardi 17 mars 2026

UNE FOLIE, DOUCE ?

Il était une vérité intangible : nul dirigeant de ce monde n’aurait aimé être aujourd’hui à la place de Teddy. On n’ira pas toutefois jusqu’à prétendre qu’il était en train de se faire chicoter. Disons simplement que les choses étaient loin de se dérouler comme il l’avait prévu. Était-ce là une adaptation réelle de la fable du lion et du moucheron ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non…

Mais sa situation n’était pas sans légitimer ces protections difficilement justifiables dont bénéficiaient les potentats à travers le monde. En organisant, dans les chartes fondamentales, leur irresponsabilité civile et pénale, les potentats se voyaient relégués au même rang que les enfants et les aliénés mentaux. Le pouvoir serait-il une folie et son exercice, un enfantillage ? Engendrerait-il un état d’inconscience ?

Les potentats étaient des enfants qui pouvaient se permettre des incartades dont ils ne pouvaient être tenus pour responsables. Cela avait du sens. Au Gourouland, l’ouroboros passait pour un fou — pas un fou à lier, certes, mais un enfant dément tout de même. Le roi était-il nu pour autant ? Non : les fous peuvent être richement habillés et exercer une grande influence. Ils pouvaient etre diaboliquement motives à s'enrichir et enrichir leurs proches, n'importe comment !  

Il se trouvera toujours des esprits prompts à capter les signes, comme il s’en trouvera d’autres, très lents, pour être les derniers à saisir la triste réalité. Le fou, lui, n’aura jamais cette opportunité : prendre conscience de sa propre folie.

Le pouvoir n’était pas folie, quand bien même douce. Mais il semble bien que le savourer le soit.Cette absurdité embarrassait profondément l’entourage de celui qui était tout à la fois un enfant influençable, un fou manipulable et un potentat irresponsable. Une cible pour Satan, une proie idéale pour quiconque saurait tirer les ficelles. Une aubaine pour une nourrice vengeresse ?

Mais comment contenir un fou sans être entraîné dans sa dérive ? Le gourou y parviendrait-il ? Lui seul semblait encore discerner un reste de bon grain chez son protégé rebelle et croire que le mal qui le rongeait pouvait être circonscrit.

Peut-être était-ce là lucidité. Peut-être seulement une illusion de plus.