vendredi 17 juillet 2026

L'INDEPENDANCE BIOLOGIQUE

Chassez le naturel, il revient au galop : l'Ouroboros semblait redevenu ce garnement qui jouait autrefois avec des allumettes. Il n'avait jamais cessé d l'être mais il se trouve que les haillonneux avaient souvent la manie de trop prêter à leurs adversaires.

Le mamba noir, larbin noir au cœur plus noir que le charbon, ne supportait plus son rôle de mercenaire officieux ; maître-chanteur de naissance, il exigeait désormais une reconnaissance officielle de sa place dans la traitraille. Après tout, rien d'étonnant à voir un serpent s'allier à un autre serpent ; ce qui l'était davantage, c'était ce serpent prenant la tête d'une racaille batracienne. L'ouroboros à la tête de la racaille batracienne etait en elle meme une image prémonitoire d'alliances contre nature où les instincts les plus incompatibles marcheraient désormais du même pas. 

Le gamin ludopathe jouait à recruter, limoger, se compromettre et vadrouiller pour provoquer son proto. Il ne s'agissait plus seulement d'exercer ou de conserver le pouvoir, mais de re/conquérir une véritable indépendance biologique en rompant enfin le cordon ombilical qui le reliait au Gourou. Ce même Gourou qui lui avait prêté bien plus qu'un simple nom, qui lui avait offert une identité politique si puissante qu'elle avait fini par éclipser celle héritée de son père ! 

Nonobstant que les forces des ténèbres l'avaient suffisamment alerté que ce dédoublement brouillait leur veille mystique et qu'il fallait désormais tuer le Gourou en lui pour qu'émerge enfin un autre lui-même. Mais se débarrasser de cet héritage reviendrait à commettre un parricide politique, à moins de se persuader que c'était plutôt le Gourou qui le lui avait imposé malicieusement. 

Satan se frottait les mains tout en s'inquiétant : le ludopathe reconstituait, sans même s'en rendre compte, sa propre cour de soudards, persuadé qu'ils lui seraient dévoués alors qu'ils ne servaient que leurs intérêts. 

Voudra-t-il demander conseil au Monstre ?  Ce dernier lui dira-t-il enfin toute la vérité ou le laisserat-il s'enfoncer dans le piège qu'il croyait tendre aux autres ? Car ces hommes ne seraient jamais ses serviteurs : il les croirait ses compagnons, alors qu'ils feraient lentement de lui leur plus précieuse marionnette.

jeudi 9 juillet 2026

TU NOUS MANQUERAS TOUJOURS

Une, deux, trois… Voilà neuf années que tu es partie là-haut.

Neuf longues années se sont écoulées depuis que, sans prévenir, tu es partie là haut !

Ce jour-là, le temps s'est comme arrêté. Tu es devenue une absence que les années n'ont jamais réussi à apprivoiser.

Ici-bas, pourtant, nous avons refusé de te laisser nous quitter. Nous t'avons cherchée, refusant que ton souvenir s'effacet.

Ainsi t'avons nous retrouvée partout. 

Nous te retrouvons dans la gaite de tout enfant, dans la tendresse espiègle de Madona, dans la rondeur du visage de Penda, dans les yeux de Marfa. 

Nous te retrouvons aussi dans l'interrogation muette de Mohamed, dans le silence renfermé de Papi et dans les souvenirs que Myriam ravive avec une infinie pudeur. 

Et nous te retrouvons, plus douloureusement encore, dans cette tristesse qui a colonisé nos regards, une tristesse que neuf années n'ont ni effacée ni consolée.

Ton absence habite avec nous. Elle est cette chambre que l'on imagine encore occupée dans nos pensées, cette voix que l'on croit entendre dans l'éclat de voix d'un enfant, ce rire qui résonne encore dans nos mémoires. 

Nous t'imaginons heureuse, libre de toute souffrance, dans un jardin où ne pénètrent ni les larmes, ni la peur, ni la séparation. Aux bons soins de notre pere le prophète Ibrahim (paix sur lui). 

Cette pensée apaise notre chagrin . 

Nous t'imaginons parmi ces âmes pures qui glorifient leur Seigneur, baignées d'une lumière que nos yeux d'ici-bas ne peuvent contempler.

Nous ne nous inquiétons pas pour toi. Nous te regrettons seulement.

Nous ressentons le poids de ton absence. Mais nous savons aussi que tu ne manques de rien auprès de Celui qui est le Plus Généreux des hôtes !

Nous ne t'avons pas perdue, vois-tu. Tu vis dans la force des amours qui donnent un sens à nos existences. Tu vis dans nos prières, dans nos souvenirs, dans nos silences, dans chacune de nos joies et jusque dans nos peines. Tu es devenue cette présence invisible qui accompagne chacun de nos pas.

Pourquoi d'ailleurs te raconter tout cela, puisque nous savons que tu es si proche de nous ? Par la permission d'Allah, tu connais sans doute mieux que nous la valeur d'une larme, d'une invocation et d'un amour qui ne s'est jamais éteint.

Neuf années ont passé, chacune d'elles ponctuée par ton absence. 

Neuf années à apprendre qu'aimer quelqu'un, c'est parfois continuer à lui parler en son absence, continuer à l'attendre sans impatience, continuer à prononcer son nom avec la même tendresse que lorsqu'il résonnait encore parmi nous.

Mais notre espérance est plus forte que notre douleur. Notre fidélité à ton souvenir est le secret espoir de notre future rencontre inéluctable, l'attente de la joie ineffable de te retrouver dans un monde parfait, réunis dans l'eternité.

Car, par la grâce d'Allah, les séparations d'ici-bas ne sont jamais éternelles.

dimanche 5 juillet 2026

LES CHAINES DE L'IMMATURITE

Par l'implacable hasard, ou simplement par l'inévitable karma, Teddy et Soso s'étaient retrouvés dans la même situation. Mais Teddy, moins borné, avait déployé autant d'efforts à éteindre l'incendie qu'il en avait mis, jadis, à l'attiser, au moment où Soso se débattait dans les pires difficultés.

D'ailleurs, le premier, comme ses prédécesseurs immédiats, avait tiré les leçons de leur expérience impérialiste. Ils avaient désormais assez de jugeote pour ne plus toucher leurs adversaires qu'avec le plus long bâton possible. Soso n'en viendrait-il pas bientôt à crier à la trahison ?

L'empereur rouge riait sous cape. La déconvenue de ses alter ego revêtait une signification bien plus grande qu'il n'y paraissait. Il y voyait la dernière bataille perdue par les forces qui militaient pour le rétablissement de la splendeur occidentale. La dernière tentative de réinstaurer une guerre froide afin de réasseoir la suprématie des deux locomotives occidentales avait fait long feu.

La nouvelle économie-monde sinocentrique, tant redoutée, pouvait désormais poursuivre son essor. Restait à savoir quelle serait son organisation future au regard des appétits impérialistes de l'empereur rouge. Car il serait absurde de croire que celui-ci ne chercherait pas à tirer opportunément profit du vaste boulevard qui s'ouvrait devant lui.

La plus grande faiblesse est de croire que l'être humain est guidé par la morale. La même réalité universelle gouverne les dynamiques du pouvoir. L'homme sera toujours un calculateur invétéré, qu'il en soit conscient ou non. Les haillonneux n'avaient nul besoin d'être rétribués pour comprendre la leçon. Les cavaliers haineux, eux aussi, se retrouvaient à la même enseigne.

Les uns comme les autres devaient renoncer à croire qu'une position est définitivement acquise et apprendre à discerner l'intérêt dissimulé derrière chaque comportement.

Le pacte entre le monstre et l'ouroboros prenait forme. La grand'poupée en était l'artisan, le poussin de Condor le témoin. Parvenu à ce stade, l'ouroboros était prêt à tout, pourvu que cela serve sa volonté de neutraliser le gourou. C'était le prix convenu avec Satan.

La pintade de Tangun, le mamba noir et le grillon naviguaient désormais de conserve afin de tirer leur épingle du jeu. C'était sans compter avec la racaille batracienne qui avait pris d'assaut les premières rangées de la mare aux crapauds. Seul le chat fâché n'avait rien vu venir.

À force de vouloir cacher le soleil avec son petit doigt, on finit par être ébloui et, par conséquent, par perdre l'usage de ses yeux, ne fût-ce qu'un instant.

Or le jeu était devenu si intense qu'un simple moment d'inattention pouvait vous réveiller en enfer.

Le gourou pourrait-il maintenir une telle pression dans la durée ? La santé mentale de l'ouroboros était désormais menacée. La folie finirait peut-être par constituer sa seule échappatoire, la seule manière de s'évader de la prison qu'il avait lui-même bâtie, dont les barreaux avaient été dressés par sa propre vanité et les chaînes forgées par son impulsivité immature.