Le moins que l’on puisse dire est que le Corbeau continuait d’entretenir le flou sur son statut. Car la Satanie continuait de le draguer. Des décorations les plus farfelues aux enlacements les plus tendres, rien n’était épargné pour flatter l’âme satanique du bonhomme. La levure ne pousse personne sinon qu'elle fait juste lever ceux qui étaient déjà prêts !
Les démons et démones qui, à ses côtés, s’étaient risqués au coming-out pour prévenir ses desiderata en étaient consternés, les vieux et les vieilles singulièrement. Médusés, ils avalaient difficilement la stratégie du Corbeau, qu’ils assimilaient à un ignoble court-circuitage de leur besogne.
Le Corbeau ne s’était-il pas livré au Monstre, pieds et poings liés ?
Leur coming-out n’avait pourtant constitué que l’ultime étape de leur pénible entreprise : obtenir la satisfaction totale de leur maître corvidé. La Traîtraille s’était, en effet, pliée en quatre pour ameuter autour d’un alléchant consortium d’intérêts toute la plèbe ayant toujours vécu des extorsions et des braquages du Trésor public : le gang des piafs opportunistes, la pègre des kleptocrates, la vermine communautariste et quelques ethnotellectuels improvisés, tous enrôlés dans la plus vaste et cynique coalition jamais montée contre le Gourou.
Ce que les Jababus, eux, pouvaient en dire, c’est que le Corbeau demeurait un adulte foncièrement immature. Et qu’à ce titre, il avait — et aurait toujours — besoin d’un père. Et pour rassurer les démons et les démones - c'est la meilleure !-, ce pere, il l’avait désormais trouvé : le Monstre.
Peu importait finalement le nom que l’on donnerait à cette étrange filiation : renaissance du système ou révision de la révolution ?
Car, à force de vouloir tuer le père, le Corbeau semblait surtout avoir changé de père.