mardi 17 février 2026

PROUESSE DE NOUNOU

On savait qu’il n’y avait pas de code d’honneur chez les monstres. Mais ce que l’on apprenait de nouveau, c’est que cette maudite engeance pouvait renaître, comme un feu qui s’éteint et se rallume. Ce n’était ni une conclusion hâtive, ni un simple pressentiment : c’était une certitude instinctive, lourde, presque prophétique. Car il n’est de pire utopie que de juger l’existant à l’aune de ce qui n’existe pas encore.

Il fallait se rendre à l’évidence. Nos ancêtres avaient raison : l’habitude est comme un poil, on la rase, elle repousse. Ainsi en allait-il de la marmaille, résipiscente en apparence, fourbe dans le fond, qui revenait au mensonge et à la manigance avec une constance effrayante. Elle se rangeait du côté de la racaille, dont le « top management » avait su ridiculiser son propre sinistre avec une audace déconcertante.

La jonction entre marmaille et racaille, désormais assumée et clairement affichée, formait une force binaire redoutable, capable de tenir tête aux hordes les plus démoniaques. Cette réussite, éclatante et terrifiante, était l’œuvre de la nounou, qui avait obtenu leur ralliement et l’offrait à l’ouroboros comme un tribut. 

Les chefs des bidasses, eux, en perdaient le sommeil : quitter leur piédestal d’enfants gâtés par l’ouroboros semblait désormais inévitable. Et l’ouroboros lui-même n’en revenait pas.

C’en était fini du gourou, il allait enfin voir ce qu’il allait voir, se disait-il. La marmaille et la racaille n’étaient plus de simples figurants, elles étaient le bras armé de son ignoble complot aux contours qui prenaient forme petit a petit, une mécanique impitoyable que seul les petits haillonneux d'en bas osaient défier.    
   
La traitraille batracienne en était ébahie. Satan n'avait pas réagi. Ah, dans l'amour, c'est donc vrai... la seule loi sacrée d'un amant est la volonté de l'amante...  

Servir un ingrat comportait sa dose de risque, même si cela restait moins cruel que la compagnie d’un idiot. Mais rien n’égale, ni n’égalera jamais, l’allégeance à un sombre apprenti sorcier.

Une seule vérité demeurait, cependant, jalousement gardée par le gourou. Le monstre tenait l’ouroboros. Par où ? Pour quoi ? Depuis quand ? Et comment ? Voulait-il seulement le savoir ?  Défendre une lopette ludopathe sans aspérité morale, contre elle-même, suffisait déjà à sa peine.

vendredi 13 février 2026

LA RESIGNATION TRANQUILLE

Chaque père de famille avait son préféré dans sa progéniture, sans lequel, ou loin duquel, il n’osait tout simplement pas concevoir de vivre. Ausssi lorsque Satan, brave pere de famille, sentit-il l’étau se resserrer autour des siens, les invertis, il avait tiré un coup de semonce. Comme à son habitude, sans fracas inutile, un geste presque banal, un événement anodin, mais dirigé à l’endroit exact où la douleur serait la plus ressentie. Un message clair avait été envoyé sans façon. Restait à savoir à qui il était véritablement destiné.

Était-ce à l’ouroboros... Trop absorbé par le sauvetage du grillon ? L'ouroboros faisait l'aveugle le sourd et le muet, tout à la fois. Visiblement respecter sa part du marché passé avec le monstre aux relents de complot contre son proto de gourou, lui en coutait. Il avait déserté l'espace public offrant un vide saisissant au grand bonheur de la nounou qui pouvait exercer en toute liberté. Au diable, la tisseuse et Imeldasse !

Ou bien l’avertissement visait-il le gourou... une manière de lui rappeler que le combat etait loin d'etre fini. Et qu'il ne pouvait accepter que ce dernier continue d'écorcher son leadership et qu'à travers ses paroles et ses actes, assiège son royaume. Les diatribes du gourou contre le mensonge, la cupidité et la malhonnêteté etaient perçus comme coups de belier contre la forteresse du mal

La chute du campusard avait éclaté comme une déflagration. Elle avait rattrapé l’ouroboros : son idée torne de paix en etait bien la cause.  N’avait-elle pas laissé prospérer l’impunité, pensant que la vertu publique s'accommoderait des natures mauvaises ?

Il va sans dire que la paix est un vaste concept, général et impersonnel. Et donc la racaille a laissé libre cours à sa vraie nature. Et donc la racaille n'avait fait que ce que la racaille sait faire. Bon chien chasse de race.

Peut-être la marmaille tenait-elle là sa chance de rédemption. La vraie violence c'était, en effet, une justice sans conscience. Encore fallait-il avoir la volonté, le courage et la compétence d’une chirurgie de haute précision : extirper la gangrène qui menaçait tout le corps de la racaille. Purifier revient moins souvent à sauver qu’à survivre !

Au fond, rien ne change : Loin des histoires d'ordre et de nécessité, le commun des mortels, comme les jababus, continuera de penser, avec une résignation tranquille, que le pouvoir de l'ouroboros venait de se consolider par le sang.

vendredi 6 février 2026

LA BLAGUE COSMIQUE

Les haillonneux savaient être ridicules mais d’un ridicule monumental au point que les jababus en demeuraient bouche bée. On ne savait plus très bien s’il fallait en rire ou en pleurer, de cette farce permanente. À chaque secousse infligée à l’ouroboros par l'opposition, ils se levaient comme un seul homme, non pour le sauver comme il semblait mais pour rappeler qu’il était leur affaire.

Car nul n’était autorisé à le critiquer ou blesser. L’ouroboros était leur symbole, monté patiemment pièce apres pièce dont ils étaient, bon gré, mal gré, les comptables attitrés de sa réussite ou de son échec, les procureurs et les gardiens. 

Aux pieds du fauteuil, la nounou, Imeldasse, la tisseuse et toute la traîtraille batracienne observaient ce ballet avec un mélange d’ahurissement et de lassitude. A la suite de beaucoup d'haillonneux qui, la surprise passée, avaient fini de comprendre leur gourou et comme toujours, ex post. Il avait fallu le vieux « jeune malsain », rejet tardif d’une racaille pourrie et ratée par un vieillard gâteux, pour leur servir de révélateur.

On pouvait s'attendre à ce que les ethnotellectuels batraciens, à la légèreté tapageuse, théorisent avec cette condescendance idiote de l'ouroboros que les haillonneux ne veillent en rien, ils convoitaient l'ouroboros. Comme eux mais d'une mauvaise facon. L’ouroboros était devenu un enjeu. De pouvoir ? Un os que l'on ronge ? C'etait insultant de les ravaler a ce stade d'opportunistes. On se le disputerait donc avec un zèle puéril, à coups de projectiles lexicaux, dans des batailles où la parole devenait pierre ?

Pour les haillonneux, pourtant, il n y avait pas de quoi fouetter un chat. Leur méthode brutale, brouillonne, épidermique pouvait semer le trouble mais leur intention etait toute simple. On pouvait servir l’ouroboros, le célébrer, l'encenser à l’asphyxie mais le contester demeurait leur  privilège exclusif. À bon entendeur, salut.

Mais les chimères durent autant que les mirages. La nature d’un ludopathe est de jouer, avec n'importe quoi, tout ce qui lui tombe entre les mains. L’ouroboros sera toujours ce garnement qui joue avec les allumettes, persuadé que l’incendie n’atteint jamais celui qui l’allume.

Là-bas, sous un ciel lourd de présages, le taureau noir et le cheval noir s’étaient rencontrés. Deux montures d’ombre pour deux cavaliers d’exception : l’ouroboros et le monstre, semblables dans leur singularité, peut-être davantage encore dans leur appétit. Leur poignée de main valait manifeste, scellait un accord. Du donnant-donnant. Elle disait les alliances que l’on nie avant de les célébrer, les pactes que l’on camoufle sous les ordures. Et plus troublant encore, le sourire qui avait illuminé le masque sombre de l'ouroboros, détrempé par la magie noire trop longtemps pratiquée, valait baiser de Judas.

Judas avait prouvé que le véritable challenge n’est jamais de pactiser avec l’obscurité mais de réussir à faire appeler cela de l'érudition supérieure.