jeudi 9 juillet 2026

TU NOUS MANQUERAS TOUJOURS

Une, deux, trois… Voilà neuf années que tu es partie là-haut.

Neuf longues années se sont écoulées depuis que, sans prévenir, tu es partie là haut !

Ce jour-là, le temps s'est comme arrêté. Tu es devenue une absence que les années n'ont jamais réussi à apprivoiser.

Ici-bas, pourtant, nous avons refusé de te laisser nous quitter. Nous t'avons cherchée, refusant que ton souvenir s'effacet.

Ainsi t'avons nous retrouvée partout. 

Nous te retrouvons dans la gaite de tout enfant, dans la tendresse espiègle de Madona, dans la rondeur du visage de Penda, dans les yeux de Marfa. 

Nous te retrouvons aussi dans l'interrogation muette de Mohamed, dans le silence renfermé de Papi et dans les souvenirs que Myriam ravive avec une infinie pudeur. 

Et nous te retrouvons, plus douloureusement encore, dans cette tristesse qui a colonisé nos regards, une tristesse que neuf années n'ont ni effacée ni consolée.

Ton absence habite avec nous. Elle est cette chambre que l'on imagine encore occupée dans nos pensées, cette voix que l'on croit entendre dans l'éclat de voix d'un enfant, ce rire qui résonne encore dans nos mémoires. 

Nous t'imaginons heureuse, libre de toute souffrance, dans un jardin où ne pénètrent ni les larmes, ni la peur, ni la séparation. Aux bons soins de notre pere le prophète Ibrahim (paix sur lui). 

Cette pensée apaise notre chagrin . 

Nous t'imaginons parmi ces âmes pures qui glorifient leur Seigneur, baignées d'une lumière que nos yeux d'ici-bas ne peuvent contempler.

Nous ne nous inquiétons pas pour toi. Nous te regrettons seulement.

Nous ressentons le poids de ton absence. Mais nous savons aussi que tu ne manques de rien auprès de Celui qui est le Plus Généreux des hôtes !

Nous ne t'avons pas perdue, vois-tu. Tu vis dans la force des amours qui donnent un sens à nos existences. Tu vis dans nos prières, dans nos souvenirs, dans nos silences, dans chacune de nos joies et jusque dans nos peines. Tu es devenue cette présence invisible qui accompagne chacun de nos pas.

Pourquoi d'ailleurs te raconter tout cela, puisque nous savons que tu es si proche de nous ? Par la permission d'Allah, tu connais sans doute mieux que nous la valeur d'une larme, d'une invocation et d'un amour qui ne s'est jamais éteint.

Neuf années ont passé, chacune d'elles ponctuée par ton absence. 

Neuf années à apprendre qu'aimer quelqu'un, c'est parfois continuer à lui parler en son absence, continuer à l'attendre sans impatience, continuer à prononcer son nom avec la même tendresse que lorsqu'il résonnait encore parmi nous.

Mais notre espérance est plus forte que notre douleur. Notre fidélité à ton souvenir est le secret espoir de notre future rencontre inéluctable, l'attente de la joie ineffable de te retrouver dans un monde parfait, réunis dans l'eternité.

Car, par la grâce d'Allah, les séparations d'ici-bas ne sont jamais éternelles.

dimanche 5 juillet 2026

LES CHAINES DE L'IMMATURITE

Par l'implacable hasard, ou simplement par l'inévitable karma, Teddy et Soso s'étaient retrouvés dans la même situation. Mais Teddy, moins borné, avait déployé autant d'efforts à éteindre l'incendie qu'il en avait mis, jadis, à l'attiser, au moment où Soso se débattait dans les pires difficultés.

D'ailleurs, le premier, comme ses prédécesseurs immédiats, avait tiré les leçons de leur expérience impérialiste. Ils avaient désormais assez de jugeote pour ne plus toucher leurs adversaires qu'avec le plus long bâton possible. Soso n'en viendrait-il pas bientôt à crier à la trahison ?

L'empereur rouge riait sous cape. La déconvenue de ses alter ego revêtait une signification bien plus grande qu'il n'y paraissait. Il y voyait la dernière bataille perdue par les forces qui militaient pour le rétablissement de la splendeur occidentale. La dernière tentative de réinstaurer une guerre froide afin de réasseoir la suprématie des deux locomotives occidentales avait fait long feu.

La nouvelle économie-monde sinocentrique, tant redoutée, pouvait désormais poursuivre son essor. Restait à savoir quelle serait son organisation future au regard des appétits impérialistes de l'empereur rouge. Car il serait absurde de croire que celui-ci ne chercherait pas à tirer opportunément profit du vaste boulevard qui s'ouvrait devant lui.

La plus grande faiblesse est de croire que l'être humain est guidé par la morale. La même réalité universelle gouverne les dynamiques du pouvoir. L'homme sera toujours un calculateur invétéré, qu'il en soit conscient ou non. Les haillonneux n'avaient nul besoin d'être rétribués pour comprendre la leçon. Les cavaliers haineux, eux aussi, se retrouvaient à la même enseigne.

Les uns comme les autres devaient renoncer à croire qu'une position est définitivement acquise et apprendre à discerner l'intérêt dissimulé derrière chaque comportement.

Le pacte entre le monstre et l'ouroboros prenait forme. La grand'poupée en était l'artisan, le poussin de Condor le témoin. Parvenu à ce stade, l'ouroboros était prêt à tout, pourvu que cela serve sa volonté de neutraliser le gourou. C'était le prix convenu avec Satan.

La pintade de Tangun, le mamba noir et le grillon naviguaient désormais de conserve afin de tirer leur épingle du jeu. C'était sans compter avec la racaille batracienne qui avait pris d'assaut les premières rangées de la mare aux crapauds. Seul le chat fâché n'avait rien vu venir.

À force de vouloir cacher le soleil avec son petit doigt, on finit par être ébloui et, par conséquent, par perdre l'usage de ses yeux, ne fût-ce qu'un instant.

Or le jeu était devenu si intense qu'un simple moment d'inattention pouvait vous réveiller en enfer.

Le gourou pourrait-il maintenir une telle pression dans la durée ? La santé mentale de l'ouroboros était désormais menacée. La folie finirait peut-être par constituer sa seule échappatoire, la seule manière de s'évader de la prison qu'il avait lui-même bâtie, dont les barreaux avaient été dressés par sa propre vanité et les chaînes forgées par son impulsivité immature.

vendredi 3 juillet 2026

UN DIAGNOSTIC COMPLIQUE...

Dans une atmosphère où l’on n’ose plus nommer la trahison, le traître cesse peu à peu d’être un objet de réprobation. On lui témoigne de la considération, par calcul, par intérêt ou simplement par conformisme. Son acte n’est plus jugé à l’aune de la fidélité qu’il a rompue, mais de l’avantage qu’il procure. Les mots se font prudents, les condamnations hésitantes, les silences éloquents.

Le plus troublant n’est pourtant pas l’attitude du traître lui-même, mais celle de ceux dont la vocation est d’éclairer les consciences : les autoproclamés arbitres sociaux, les intellectuels, les éducateurs, les guides religieux et les autres leaders d’opinion. Leur mutisme n’efface pas la faute ; il la banalise. À force de ne plus nommer les choses, on finit par ne plus les reconnaître. Et lorsqu’une société cesse de distinguer clairement la fidélité de la trahison, ce n’est pas seulement son jugement qui s’affaiblit : c’est sa mémoire morale qui vacille.

Lorsque le traître est honoré non malgré sa trahison, mais en partie grâce à elle, tandis que ceux qui devraient rappeler les principes se taisent, ce n’est pas seulement un homme qui est réhabilité : c’est tout l’ordre moral qui se trouve insensiblement déplacé.

Cet algorithme ne parvenait toutefois pas à prospérer au Gourouland. Le Gourou avait largement contribué à l’éveil des consciences populaires et entretenait cet éveil avec constance à travers ses prises de parole. 

On assistait au naufrage de l’Ouroboros. Il ne pataugeait plus dans la haine de son proto, le Gourou ; il se débattait désormais au milieu des eaux de la fourberie, rendues fétides par sa propre arrogance. Des illuminés s’improvisaient sauveteurs pour voler à son secours. En vérité, ce n’étaient que des hédonistes et des épicuriens de l’ancien système, uniquement soucieux de réintégrer leurs alvéoles primitives. Le monstre et la grand'poupée étaient manifestement les complices de ce hacking.

Bref, l’Ouroboros sombrait. Pour le sauver, il ne suffisait pas de l’allonger sur un divan. Il n’y avait pas un cerveau à apaiser, mais un cerveau détraqué à réparer. Quel mal soigner : Delire d'interprétation ou paranoïa projective ?

Autant les scènes de ménage témoignent souvent de la solidité affective d’un couple, autant les querelles de coépouses finissent par éroder l’homme qu’elles se disputent. Les incessants esclandres de préséance entre la corbelle et la corbesse alimentaient manifestement la dérive mentale de l’Ouroboros. La nounou ne pouvait être étrangère à cette agitation. Semer les graines de la division, attiser la zizanie et se nourrir de l’animosité semblaient entretenir son éternel rictus.

Ailleurs, la confiance dans les capacités de l’Ouroboros et dans son efficacité, privé de l’accompagnement charismatique du Gourou, était tombée à son plus bas niveau. Car le traître est une figure universelle, et la trahison demeure, sous toutes les latitudes et à toutes les époques, une faute moralement abhorrée.