Il était une vérité intangible : nul dirigeant de ce monde n’aurait aimé être aujourd’hui à la place de Teddy. On n’ira pas toutefois jusqu’à prétendre qu’il était en train de se faire chicoter. Disons simplement que les choses étaient loin de se dérouler comme il l’avait prévu. Était-ce là une adaptation réelle de la fable du lion et du moucheron ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non…
Mais sa situation n’était pas sans légitimer ces protections difficilement justifiables dont bénéficiaient les potentats à travers le monde. En organisant, dans les chartes fondamentales, leur irresponsabilité civile et pénale, les potentats se voyaient relégués au même rang que les enfants et les aliénés mentaux. Le pouvoir serait-il une folie ? Engendrerait-il un état d’inconscience ?
Les potentats étaient des enfants qui pouvaient se permettre des incartades dont ils ne pouvaient être tenus pour responsables. Cela avait du sens. Au Gourouland, l’ouroboros passait pour un fou — pas un fou à lier, certes, mais un enfant dément tout de même. Le roi était-il nu pour autant ? Non : les fous peuvent être richement habillés et exercer une grande influence. Ils pouvaient etre diaboliquement motives à s'enrichir et enrichir leurs proches, n'importe comment !
Il se trouvera toujours des esprits prompts à capter les signes, comme il s’en trouvera d’autres, très lents, pour être les derniers à saisir la triste réalité. Le fou, lui, n’aura jamais cette opportunité : prendre conscience de sa propre folie.
Le pouvoir n’était pas folie, quand bien même douce. Mais il semble bien que le savourer le soit.Cette absurdité embarrassait profondément l’entourage de celui qui était tout à la fois un enfant influençable, un fou manipulable et un potentat irresponsable. Une cible pour Satan, une proie idéale pour quiconque saurait tirer les ficelles. Une aubaine pour une nourrice vengeresse ?
Mais comment contenir un fou sans être entraîné dans sa dérive ? Le gourou y parviendrait-il ? Lui seul semblait encore discerner un reste de bon grain chez son protégé rebelle et croire que le mal qui le rongeait pouvait être circonscrit.
Peut-être était-ce là lucidité. Peut-être seulement une illusion de plus.