dimanche 22 février 2026

DU PARASITISME SOCIAL PUBLIC ...

On raconte qu’un chat partit un jour en pèlerinage. À son retour, les bêtes de la clairière vinrent lui tresser des couronnes et saluer sa piété neuve. Toutes, sauf la souris. Interrogée, elle répondit calmement que le pèlerinage renouvelle la foi mais ne métamorphose pas la nature. Le chat restait chat, même sanctifié par la route et la poussière des temples. Cette sagesse murine valait pour toutes les espèces : on peut laver les pattes, non les instincts.

L’hypocrisie de l’ouroboros n’avait pas encore atteint ce degré de raffinement où l’on feint l’indifférence à son propre profit. Il ne dissimulait guère la satisfaction que lui procurait le présent de sa nounou, la squaw. Il en discernait déjà les dividendes. Premièrement, la marmaille comme la racaille multipliaient les œillades complices pour neutraliser le gourou. Deuxièmement, son pacte sournois avec le monstre gagnait en probabilité de succès. Troisièmement, sa nature belliqueuse, vindicative et vaniteuse entrevoyait là l’occasion de solder ses comptes avec tous les haillonneux qui refusaient de mordre à l’hameçon de l’ubiquité.

Pourtant, fidèle à son fond retors, il avait tenu à y apposer sa marque. Il exigeait une osmose plus étroite dans l’alliance. Cette requête épousait d’ailleurs les vues de la marmaille, trop souvent décontenancée par les débordements de la racaille. Car l’entreprise demeurait fragile : il s’agissait de saboter méthodiquement les accusations contre les larbins du monstre afin de leur conférer une blancheur d’ange. Voudrait on aussi les rendre "dignes" de se mettre au service de l’ouroboros ?  La racaille comprendrait-elle la nécessité de la mesure dans l’excès ?

Le défi restait entier.  Cela allait de soi. Une tempête grondait. Là où le gourou prêchait l’attachement au mât pour traverser l’orage, l’ouroboros, lui, dressait la table et conviait sa traîtraille batracienne à la bombance. Festoyer quand il fallait résister ; célébrer quand il fallait tenir. Le mamba noir, larbin noir au cœur aussi sombre que le charbon, brûlait déjà de s’y joindre.

C'était ahurissant. Les uns invoquaient la discipline pour survivre à la tourmente, les autres trinquaient à l’approche de l’éclair. Mais la souris, tapie dans l’herbe, n’oublie jamais que ni le pèlerinage ni la tempête ne changent la nature profonde des prédateurs. Et elle attend, basse de tête, haute de regard.

Oui, il ne fallait pas compter sur l’ouroboros pour faire avancer les choses. Il n’était plus moteur, mais inertie ; non plus levier, mais lest. À force de se contempler lui-même, il avait fini par confondre mouvement et répétition.

Il était devenu le point d’ancrage des parasites sociaux, le pivot immobile autour duquel s’agrippaient les ambitions stériles et les fidélités intéressées. De lui partaient des ondes troubles, des interférences savamment entretenues qui brouillaient le réseau de la communication publique. Chaque message se voyait altéré, chaque parole filtrée, chaque intention suspectée avant même d’être entendue. Là où l’on espérait un relais, on trouvait un écran ; là où l’on cherchait un pont, on rencontrait un siphon. 

Il ne bâtissait pas, il retenait. Il ne clarifiait pas, il compliquait. Et plus la tempête grondait, plus il resserrait autour de lui ce cercle d’obligés qui prospéraient dans le trouble, comme si le chaos était devenu leur écosystème naturel. 

Ainsi l’ouroboros, en prétendant préserver l’ordre, entretenait le désordre, poursuivait le chaos. Car certaines forces ne se contentent pas de freiner l’histoire : elles la font tourner en rond, jusqu’à l’épuisement des plus patients...

vendredi 20 février 2026

LA CRISE D'EGO

Était-ce de l’inconscience ? De la passivité éclatante ? Ou cette nonchalance enjouée que certains arborent lorsqu’ils feignent de ne pas croire à l’inéluctable ?

Le comportement de l’homme devant sa mort prochaine demeure un sujet d’une extrême délicatesse. Il y a le condamné en sursis que la menace n’effraie plus ou bien l’agonisant hilare qui tourne la fin en dérision sinon l’intrépide qui s’élance vers le gouffre comme vers une conquête. Et puis il y a celui qui sait, parfaitement, mais choisit d’habiter le déni. La mort, pourtant, ne cesse de se rappeler à notre souvenir, avec une régularité presque pédagogique. 

Dans un autre registre, on ne pouvait pas soutenir que l’avertissement de Satan n’avait pas été reçu. Il l’avait été. Distinctement. Notamment par l’ouroboros.

Mais le bambin qui jouait avec les allumettes, fidèle à sa nature, préférait la diversion. À la suite de sa nounou, la squaw, il avait piqué une crise d’ego dont la théâtralité dissimulait mal l’angoisse. La fâcherie d’Imeldasse ne faisait qu’exacerber ce tumulte intime. Ce blues domestique etait devenu le camouflage opportun : derrière la querelle privée, on pouvait masquer le malaise public.

Car le vrai trouble était ailleurs. Le peuple ne vibrait plus. Les haillonneux doutaient. L’engouement se fissurait.

Face à cette érosion silencieuse, son ipséité, vaniteuse et craintive, avait activé le mode de survie. Il avait compris que Satan ne plaisantait pas. Et comme il était celui qui avait le plus à perdre, il avait battu le rappel de la traitraille ubiquitaire et sur consultation  de ses conseillers de l'ombre parmi les forces des ténèbres, il penchait pour la marche arrière. Non pas repentance. Non pas rectification. Mais recul stratégique.

Comme toujours, le sale ouvrage serait confié au gourou. C’était la seule besogne que l’ouroboros consentait à déléguer. Et souvent dans les hautes affaires publiques, les vraies questions étaient de sales affaires. 

L’ouroboros gardait la posture, le gourou assumait l’épreuve. Ainsi, l’ouroboros était devenu la calamité gouroulandaise. Car la résilience d’un pays repose, d’abord et enfin, sur la confiance. Confiance horizontale entre les acteurs, confiance verticale envers celui qui prétend guider.

Que valait à présent l’ouroboros ? Était-il moteur ou frein ? Était-il vision ou vertige ?

La situation avait pris une tournure dramatique bipolaire. Juché sur son taureau noir, grisé par la puissance mais inquiet de la trajectoire, il voyait son proto avancer plus vite que ne le permettait son instinct de conservation. Plutôt que d’en canaliser l’élan, il avait choisi la vieille méthode des lopettes, opposer l’énergie naissante à ses propres forces régressives. Diviser pour contenir. Ralentir en fracturant. Neutraliser en opposant.

Mais le danger était que tenter de brider un mouvement en l’écartelant, c'était aussi risquer d’embraser l’attelage tout entier.

Et peut-être était-ce cela, au fond, la véritable inconscience : croire que l’on peut survivre éternellement en reculant, que l’on peut préserver sa couronne en affaiblissant son propre royaume. Il est des marches arrière qui ne sauvent pas mais révèlent seulement que le conducteur a perdu la route.

mardi 17 février 2026

PROUESSE DE NOUNOU

On savait qu’il n’y avait pas de code d’honneur chez les monstres. Mais ce que l’on apprenait de nouveau, c’est que cette maudite engeance pouvait renaître, comme un feu qui s’éteint et se rallume. Ce n’était ni une conclusion hâtive, ni un simple pressentiment : c’était une certitude instinctive, lourde, presque prophétique. Car il n’est de pire utopie que de juger l’existant à l’aune de ce qui n’existe pas encore.

Il fallait se rendre à l’évidence. Nos ancêtres avaient raison : l’habitude est comme un poil, on la rase, elle repousse. Ainsi en allait-il de la marmaille, résipiscente en apparence, fourbe dans le fond, qui revenait au mensonge et à la manigance avec une constance effrayante. Elle se rangeait du côté de la racaille, dont le « top management » avait su ridiculiser son propre sinistre avec une audace déconcertante.

La jonction entre marmaille et racaille, désormais assumée et clairement affichée, formait une force binaire redoutable, capable de tenir tête aux hordes les plus démoniaques. Cette réussite, éclatante et terrifiante, était l’œuvre de la nounou, qui avait obtenu leur ralliement et l’offrait à l’ouroboros comme un tribut. 

Les chefs des bidasses, eux, en perdaient le sommeil : quitter leur piédestal d’enfants gâtés par l’ouroboros semblait désormais inévitable. Et l’ouroboros lui-même n’en revenait pas.

C’en était fini du gourou, il allait enfin voir ce qu’il allait voir, se disait-il. La marmaille et la racaille n’étaient plus de simples figurants, elles étaient le bras armé de son ignoble complot aux contours qui prenaient forme petit a petit, une mécanique impitoyable que seul les petits haillonneux d'en bas osaient défier.    
   
La traitraille batracienne en était ébahie. Satan n'avait pas réagi. Ah, dans l'amour, c'est donc vrai... la seule loi sacrée d'un amant est la volonté de l'amante...  

Servir un ingrat comportait sa dose de risque, même si cela restait moins cruel que la compagnie d’un idiot. Mais rien n’égale, ni n’égalera jamais, l’allégeance à un sombre apprenti sorcier.

Une seule vérité demeurait, cependant, jalousement gardée par le gourou. Le monstre tenait l’ouroboros. Par où ? Pour quoi ? Depuis quand ? Et comment ? Voulait-il seulement le savoir ?  Défendre une lopette ludopathe sans aspérité morale, contre elle-même, suffisait déjà à sa peine.