dimanche 5 juillet 2026

LES CHAINES DE L'IMMATURITE

Par l'implacable hasard, ou simplement par l'inévitable karma, Teddy et Teddy s'étaient retrouvés dans la même situation. Mais Teddy, moins borné, avait déployé autant d'efforts à éteindre l'incendie qu'il en avait mis, jadis, à l'attiser, au moment où Soso se débattait dans les pires difficultés.

D'ailleurs, le premier, comme ses prédécesseurs immédiats, avait tiré les leçons de leur expérience impérialiste. Ils avaient désormais assez de jugeote pour ne plus toucher leurs adversaires qu'avec le plus long bâton possible. Soso n'en viendrait-il pas bientôt à crier à la trahison ?

L'empereur rouge riait sous cape. La déconvenue de ses alter ego revêtait une signification bien plus grande qu'il n'y paraissait. Il y voyait la dernière bataille perdue par les forces qui militaient pour le rétablissement de la splendeur occidentale. La dernière tentative de réinstaurer une guerre froide afin de réasseoir la suprématie des deux locomotives occidentales avait fait long feu.

La nouvelle économie-monde sinocentrique, tant redoutée, pouvait désormais poursuivre son essor. Restait à savoir quelle serait son organisation future au regard des appétits impérialistes de l'empereur rouge. Car il serait absurde de croire que celui-ci ne chercherait pas à tirer opportunément profit du vaste boulevard qui s'ouvrait devant lui.

La plus grande faiblesse des esprits naïfs est de croire que l'être humain est guidé par la morale. La même réalité universelle gouverne les dynamiques du pouvoir. L'homme sera toujours un calculateur invétéré, qu'il en soit conscient ou non. Les haillonneux n'avaient nul besoin d'être rétribués pour comprendre la leçon. Les cavaliers haineux, eux aussi, se retrouvaient à la même enseigne.

Les uns comme les autres devaient renoncer à croire qu'une position est définitivement acquise et apprendre à discerner l'intérêt dissimulé derrière chaque comportement.

Le pacte entre le monstre et l'ouroboros prenait forme. La grand'poupée en était l'artisan, le poussin de Condor le témoin. Parvenu à ce stade, l'ouroboros était prêt à tout, pourvu que cela serve sa volonté de neutraliser le gourou. C'était le prix convenu avec Satan.

La pintade de Tangun, le mamba noir et le grillon naviguaient désormais de conserve afin de tirer leur épingle du jeu. C'était sans compter avec la racaille batracienne qui avait pris d'assaut les premières rangées de la mare aux crapauds. Seul le chat fâché n'avait rien vu venir.

À force de vouloir cacher le soleil avec son petit doigt, on finit par être ébloui et, par conséquent, par perdre l'usage de ses yeux, ne fût-ce qu'un instant.

Or le jeu était devenu si intense qu'un simple moment d'inattention pouvait vous réveiller en enfer.

Le gourou pourrait-il maintenir une telle pression dans la durée ? La santé mentale de l'ouroboros était désormais menacée. La folie finirait peut-être par constituer sa seule échappatoire, la seule manière de s'évader de la prison qu'il avait lui-même bâtie, dont les barreaux avaient été dressés par sa propre vanité et les chaînes forgées par son impulsivité immature.

vendredi 3 juillet 2026

UN DIAGNOSTIC COMPLIQUE...

Dans une atmosphère où l’on n’ose plus nommer la trahison, le traître cesse peu à peu d’être un objet de réprobation. On lui témoigne de la considération, par calcul, par intérêt ou simplement par conformisme. Son acte n’est plus jugé à l’aune de la fidélité qu’il a rompue, mais de l’avantage qu’il procure. Les mots se font prudents, les condamnations hésitantes, les silences éloquents.

Le plus troublant n’est pourtant pas l’attitude du traître lui-même, mais celle de ceux dont la vocation est d’éclairer les consciences : les autoproclamés arbitres sociaux, les intellectuels, les éducateurs, les guides religieux et les autres leaders d’opinion. Leur mutisme n’efface pas la faute ; il la banalise. À force de ne plus nommer les choses, on finit par ne plus les reconnaître. Et lorsqu’une société cesse de distinguer clairement la fidélité de la trahison, ce n’est pas seulement son jugement qui s’affaiblit : c’est sa mémoire morale qui vacille.

Lorsque le traître est honoré non malgré sa trahison, mais en partie grâce à elle, tandis que ceux qui devraient rappeler les principes se taisent, ce n’est pas seulement un homme qui est réhabilité : c’est tout l’ordre moral qui se trouve insensiblement déplacé.

Cet algorithme ne parvenait toutefois pas à prospérer au Gourouland. Le Gourou avait largement contribué à l’éveil des consciences populaires et entretenait cet éveil avec constance à travers ses prises de parole. 

On assistait au naufrage de l’Ouroboros. Il ne pataugeait plus dans la haine de son proto, le Gourou ; il se débattait désormais au milieu des eaux de la fourberie, rendues fétides par sa propre arrogance. Des illuminés s’improvisaient sauveteurs pour voler à son secours. En vérité, ce n’étaient que des hédonistes et des épicuriens de l’ancien système, uniquement soucieux de réintégrer leurs alvéoles primitives. Le monstre et la grand'poupée étaient manifestement les complices de ce hacking.

Bref, l’Ouroboros sombrait. Pour le sauver, il ne suffisait pas de l’allonger sur un divan. Il n’y avait pas un cerveau à apaiser, mais un cerveau détraqué à réparer. Quel mal soigner : Delire d'interprétation ou paranoïa projective ?

Autant les scènes de ménage témoignent souvent de la solidité affective d’un couple, autant les querelles de coépouses finissent par éroder l’homme qu’elles se disputent. Les incessants esclandres de préséance entre la corbelle et la corbesse alimentaient manifestement la dérive mentale de l’Ouroboros. La nounou ne pouvait être étrangère à cette agitation. Semer les graines de la division, attiser la zizanie et se nourrir de l’animosité semblaient entretenir son éternel rictus.

Ailleurs, la confiance dans les capacités de l’Ouroboros et dans son efficacité, privé de l’accompagnement charismatique du Gourou, était tombée à son plus bas niveau. Car le traître est une figure universelle, et la trahison demeure, sous toutes les latitudes et à toutes les époques, une faute moralement abhorrée.

dimanche 7 juin 2026

LE BUTIN DU GAWOU

Chacun rêve d'avoir raison. Peu nombreux sont ceux qui supportent le verdict lorsqu'il tombe. La vérité est comme un ami véritable. La première arrive toujours aux heures les plus embarrassantes, le second se trouve aux moments sombres. 

L'ouroboros n'avait triomphé d'aucun adversaire, il avait confronte ses anciens soutiens à leur erreur, les obligeant à démentir, un à un, les certitudes qu'ils avaient criées pour lui.

On ne voyait plus vraiment à quoi pouvait encore lui servir le titre de fils de Satan qu'il quêtait si âprement. N'avait-il pas franchi un palier supérieur, au-delà même de Judas ? Il n'avait pas seulement trahi sans vergogne ; il ne souffrait plus la vue du gourou. 

Et comme si cela ne suffisait pas, il avait tenté de l'isoler de ses plus proches lieutenants. En vain. Les jababus en étaient venus à se demander si l'ouroboros pouvait encore être considéré comme un adversaire. Certains ennemis finissent par se vaincre eux-mêmes.

Les êtres de cette trempe, rongés par l'avarice et la psychopathie, ne valaient plus la peine qu'on leur consacre la moindre énergie. Son esprit de joueur compulsif l'avait conduit à bâtir les murs de sa propre prison, à forger les barreaux de sa cellule, à en façonner la serrure et les clés, à s'y enfermer lui-même avant de jeter ces dernières dans les égouts.

L'ouroboros était devenu un paria. Sa cupidité l'avait définitivement perdu. Dans les couches populaires, il était désormais grillé. Il passait pour celui qui ôtait le pain de la bouche des manants pour gaver sa parentèle. 

Même la racaille batracienne ne prenait plus la peine de le défendre avec l'ardeur habituelle. Pendant ce temps, la nounou s'était recluse avec l'état-major ethnique de la racaille afin de peaufiner son projet de kidnapping des haillonneux. Le grand animal figurait parmi les invités d'honneur de ce conclave sordide.

Sous cette opération cosmétique, elle croyait pouvoir dissimuler aux dupes son véritable dessein : le grand remplacement des haillonneux. Elle s'était autoproclamée distributrice plénipotentiaire de prébendes. Son programme tenait en une formule : l'amour de son baby boss contre une sucette.

Un séisme profond menaçait d'agiter les eaux de la mare aux grenouilles. La traitraille ubiquitaire etait tout autant en situation. La fidélité à la nounou était devenu le précieux sésame qui menait au coffre de l'apprenti pyromane en herbe. 

La marmaille était sur le qui-vive. Chacun observait son voisin, guettant le moindre mouvement. Qui oserait, cette fois, se dresser sur le chemin du destin ? Qui oserait barrer la route au gourou qui avait repris son ascension ?

C'était quand même extraordinaire que le monstre n'avait pas toujours lâché ses chiens contre cette cible rêvée. La pintade de Tangun, cette sombre geisha des marécages, avait plutôt proposé ses services !