dimanche 27 septembre 2026

CHANGEMENT DE PERE...

Le moins que l’on puisse dire est que le Corbeau continuait d’entretenir le flou sur son statut. Car la Satanie continuait de le draguer. Des décorations les plus farfelues aux enlacements les plus tendres, rien n’était épargné pour flatter l’âme satanique du bonhomme. La levure ne pousse personne sinon qu'elle fait juste lever ceux qui étaient déjà prêts !

Les démons et démones qui, à ses côtés, s’étaient risqués au coming-out pour prévenir ses desiderata en étaient consternés, les vieux et les vieilles singulièrement. Médusés, ils avalaient difficilement la stratégie du Corbeau, qu’ils assimilaient à un ignoble court-circuitage de leur besogne. 

Le Corbeau ne s’était-il pas livré au Monstre, pieds et poings liés ? 

Leur coming-out n’avait pourtant constitué que l’ultime étape de leur pénible entreprise : obtenir la satisfaction totale de leur maître corvidé. La Traîtraille s’était, en effet, pliée en quatre pour ameuter autour d’un alléchant consortium d’intérêts toute la plèbe ayant toujours vécu des extorsions et des braquages du Trésor public : le gang des piafs opportunistes, la pègre des kleptocrates, la vermine communautariste et quelques ethnotellectuels improvisés, tous enrôlés dans la plus vaste et cynique coalition jamais montée contre le Gourou.

Ce que les Jababus, eux, pouvaient en dire, c’est que le Corbeau demeurait un adulte foncièrement immature. Et qu’à ce titre, il avait — et aurait toujours — besoin d’un père. Et pour rassurer les démons et les démones - c'est la meilleure !-, ce pere, il l’avait désormais trouvé : le Monstre.

Peu importait finalement le nom que l’on donnerait à cette étrange filiation : renaissance du système ou révision de la révolution ? 

Car, à force de vouloir tuer le père, le Corbeau semblait surtout avoir changé de père.

dimanche 20 septembre 2026

LE CHAOS SALUTAIRE...

Le bonheur, c’est parfois faire semblant d’être heureux alors qu’on ne l’est pas. Une catastrophe, s’il en est, la peinture écaillée d’un monde qui courait vers sa fin. Satan n’intervenait pas qu’au Gourouland : il avait étendu son voile ténébreux bien au-delà jusque dans ces contrées où les contre-valeurs étaient devenues des méthodes assumées de grandeur des nations et d’émancipation des dirigeants. 

Ce n’était plus seulement la promotion du mal sous des habits neufs, mais la perte progressive se profilant de plus en plus nettement à un proche horizon du contrôle de la pensée elle-même, avec ce recours suranné à la machine pour dominer la nature plus vite et plus fort.

Le Secrétariat de Satan, lui, restait muet. Aucun communiqué, encore moins un procès-verbal de l’Assemblée générale de la Démonie : rien, pas même le moindre signe permettant de savoir si le Corbeau avait enfin obtenu l’onction infernale qu’il semblait attendre. Fallait-il donc, malgré les élucubrations des Jababus qui avaient retourné la bauge infecte où se vautrait la canaille batracienne mutante, continuer à épiloguer sur son sort ? Oui et non. 

**Oui**, car ces élucubrations avaient poussé les vieux démons infiltrés au coming out. Ils appelaient désormais ouvertement Satan à intervenir non pas contre le Gourou mais contre le Gourouland, à faire place nette et à offrir au Corbeau l’occasion de s’assumer enfin. 

**Non**, parce que cet afflux de la pègre et de toutes les crapules autour de lui renseignait précisément sur son changement de statut : on ne s’attroupe pas autour d’un homme heureux, mais autour d’un homme devenu utile, en tout cas d'une générosité impériale, tels ces dirigeants alkebulanais qui pour s'affirmer faisaient toujours montre d'une prodigalité effarante en distribuant à pleines mains ce qui ne le appartenait pas, confondant la cassette du peuple avec leur coffre personnel.  

Le drame du Corbeau etait qu'il avait obtenu ce qu’il croyait désirer — les courtisans, les applaudissements, les vieux démons — mais plus la foule grossissait autour de lui, plus son isolement devenait manifeste. Il pouvait multiplier les sourires et les artifices ; il ne pouvait fabriquer cette paix intérieure que le Coran associe à l’évocation d’Allah : C’est par l’évocation d’Allah que les cœurs se tranquillisent. 

 Le Corbeau ne pourrait donc jamais masquer son malheur, pas aux Gouroulandais en tout cas. Satan lui avait ouvert un boulevard vers l’enfer, large, brillant, bordé de courtisans, mais à sens unique. Comme Icare, comme Sisyphe, il ne lui restait alors qu’une arme : le temps. 

Procrastiner, encore et toujours, non pour résoudre les problèmes mais pour les laisser devenir insolubles, afin que la faute finisse par se confondre avec la fatalité et l’échec avec le destin. 

Le chaos devenait ainsi sa planche de salut. Il avait confondu le bruit de ceux qui le poussaient avec le bruit de ceux qui le soutenaient. Les vieux démons pouvaient bien applaudir, Satan pouvait bien garder le silence. De toutes façons, le précipice ne faisait jamais de bruit. 

vendredi 11 septembre 2026

DU DIAMANT, DES ALLUMETTES...

La forme et le fond ne s’opposent pas toujours. Tout comme l’image et son antécédent. Ils peuvent être de même origine. A la notable exception, peut-être, du diamant et de la houille.

Même matière première, le carbone, mais des destins, des propriétés et des utilités presque contraires. L’un demeure matière brute, sombre et désordonnée ; l’autre se structure dans les profondeurs, sous la pression, jusqu’à devenir cette pierre qui capte et renvoie la lumière.

Ainsi, l’un chauffe quand l’autre brille. Ce sont donc moins leurs origines que les conditions de leur formation qui les différencient. La forme, ici, est un trompe-l’œil : même matière, mais pas la même cristallisation.

Le même exemple pourrait illustrer le Gourou et le Corbeau.Même moule, même origine, même combat initial, même espérance. Puis vint l’épreuve du pouvoir. Et là, la matière se révéla.

Le Gourou semble avoir supporté la pression sans renoncer à ce qui fondait son combat. Le Corbeau, lui, paraît avoir laissé la pression révéler des scories que l’on ne soupçonnait pas.

Après Ouroboros, il pourra certes encore muer : changer de plumage, de discours, de posture, voire de nom. Mais derrière ces métamorphoses pourrait toujours demeurer le même gamin immature, arrivé au pouvoir par accident et surtout par une erreur de casting monumentale du Gourou.

Et c’est ici que la tragédie commence à prendre des allures de farce. Car toute l’énergie du Corbeau, de sa Nounou et de sa traitraille attitrée semblait désormais consacrée à une noble entreprise d’État : chercher les actes, bénir les paroles et susciter les gestes capables d’énerver le calme olympien du Gourou et de mettre les Haillonneux en colère.

A force de ce jeu malsain, il avait surtout perdu le sens de la réalité. L’ombre tutélaire et protectrice du Gourou lui était désormais aliénée, sans qu’il semblât mesurer ce qu’elle représentait, avait représenté et eût sans aucun doute représenté.

Car la communauté internationale, plus encore les instances financières, ne se laissent pas impressionner par les voeux sloganiques ni par les projections dithyrambiques chiffrées brandis à grand renfort de trompettes. Leur confiance ne s’emporte pas au gré des proclamations : elle se gagne par la crédibilité, l'exemplarité.

Le Corbeau avait peut-être confondu le vacarme de sa cour avec l’écho du monde.

Le Gourou demeurait ce diamant éblouissant qui captait les aiguilles des boussoles du monde vers le gourouland. Le Gourou était devenu la lumière.

Le Corbeau pouvait, donc, battre des ailes et changer de plumage. Le gamin immature pouvait agiter ses allumettes. Mais celui qui croyait s’être affranchi de l'ombre du gourou découvrait peut-être tardivement que, sans elle, il ne possédait encore aucune propre lumière.

On peut changer de peau sans changer de nature.

Le Corbeau pourra donc encore muer. Mais tant que demeurera, sous ses métamorphoses, ce gamin qui joue avec les allumettes sans mesurer le prix du feu, ses mutations ne seront que des changements de costume.

L’un chauffe comme la houille. L’autre brille comme le diamant. Le Gourou avait peut-être cru choisir un écrin pour préserver son diamant. Il n'avait, sans le savoir, choisi qu’un garnement ludopathe.