mardi 28 avril 2026

MESSAGE A QUICONQUE...

Personne ne s'en souciait. Hadès, le fils de Satan était entrain d'être cendrifié par les chaleurs orientales, là-bas. Tous sauf son père Satan, on présume.     

Toutefois, le sort de Hades et sa clique demeurait un point d'attention. Ils méritaient cette indulgence tout autant que ces gredins et ces malfrats de tout acabit qui s'en gavaient. 

Le cas devra attendre, en tout état de cause. Il fallait donner du temps à l'ouroboros de digérer son réveil douloureux. Il venait de réaliser qu'il était loin, bien loin, d'être un roi comme sa nounou ringarde et sa racaille batracienne multiforme qui puisaient à la fontaine historique d'une ascendance à la réputation macabre, sanguinaire et répugnante lui chuchotaient.  

Etait-ce l’heure de taper du poing sur la table, de cogner sur le gong ou de faire beugler la cornemuse ? Pourquoi pas, pendant qu’on y était, organiser une parade pour flatter l’ego du prince du moment ?

Pour les jababus, il semblait surtout que l’heure fût venue de dire. Dire à l’ouroboros ou à sa nounou, ce qui revenait souvent au même, que, si haut perché qu’un roi s’imagine sur son trône, il reste assis sur ses fesses, et rien d’autre. Lui rappeler aussi que, quelle que soit la taille de sa couronne, un roi mange, boit, défèque et s’accouple comme n’importe quel quidam, sans privilège physiologique ni miracle royal.

Par ailleurs, sa veulerie ralentissait la révolution gouroulandaise. Ce n'était par un effet de ses gamineries démoniaques ni de ses maudites postures d’avatar. Les peuples ont déjà vu passer trop de monstres pour trembler devant un masque de plus.

La cause était ailleurs. Plus profonde. Et surtout plus gênante. Elle procédait d'habitudes résiduelles, encore bien ancrées, de tolérer les impostures tant qu’elles parlaient fort, de prendre le volume pour de la vision, la morgue pour de l’autorité et l’arrogance pour de la compétence. Certains continuaient encore de laisser prospérer prospérer des hommes gonflés d’eux-mêmes, d'autres ne trouvaient jouissance que de les accompagner et les flagorner.

Mais cette fois, quelque chose s’était rompu.

La pause n’était pas une faiblesse. Elle marquait une étape cruciale,  le moment où l’on cesse d’applaudir par réflexe et où l’on commence à regarder le spectacle pour ce qu’il est : une farce répétée par des acteurs médiocres persuadés d’être des génies.

Car, au fond, l’ouroboros n’était qu’un symptôme. Une boursouflure visible d’un mal plus ancien : la fascination pour les hommes à la parole volage et aux actes indécents. Dont l'éclosion était favorisée par la patience excessive d’un peuple qui, trop longtemps, avait confondu endurance et soumission.

La révolution marquait une pause, oui.

Mais c’était la pause d’un peuple qui cessait de tolérer l'innommable et qui se demandait, enfin, combien de temps encore il accepterait d’être gouverné par le déshonneur et l'indignité.

vendredi 24 avril 2026

LA RONDE DES PIAFS...

Demandez l’avis de n’importe quel piafiste sérieux. Les perroquets perdent la voix avec la vieillesse. C’est connu. Le temps use les cordes vocales comme il émousse les serres et ternit le plumage. Voilà pourquoi, quand de vieux perroquets et de vieilles perroquettes, de service, s’entend, retrouvent subitement la voix, il y a vraiment de quoi frissonner.

Ils et elles avaient repris la parole pour alerter sur le péril d’un patrimoine dont, pourtant, ils se sont sustentés jusqu’à l’os, en en suçant la moelle avec une patience de longue prédation. Un patrimoine qu’ils ont surtout consommé, sans jamais le gouverner en accord avec les attentes des gouroulandais.

De vieux et vieilles paumés, minés par la nostalgie des sinécures moelleuses et des honneurs immérités, faisaient mine de venir à la rescousse de l’ouroboros en perdition, ballotté en haute mer politicienne.
Mais la plus belle femme du monde ne peut offrir que ce qu’elle a. Et eux n’avaient plus que des gestes recyclés, des discours fatigués et des certitudes usées.

Une énième branche donc tendue au quidam en train de se noyer, sur le pari risqué qu’un naufragé, dans sa panique, s’accrochait à tout ce qui flotte et même à ce qui coule lentement.

Mais le cas désespéré de l’ouroboros s’était intensifié. Comme Icare, il ne suffisait pas qu’il fût sauvé : sa nature vaniteuse l’avait ensuite incliné vers la désobéissance et la fatuité. L'ivresse des hauteurs lui faisant croire pouvoir défier la chute. C’est ainsi qu’il se perdit seul, convaincu de voler alors qu’il dérivait mortellement vers le feu ardent du soleil.

Imeldasse avait décidé, malgré tout, de sauver les meubles. Elle avait imposé à la nounou et à la traitraille batracienne un défilé destiné à exhiber ses créations de styliste hors pair. Avec son top model, à l'honneur, contraint à parader. Mais cela se voyait : le traître avait la tête ailleurs.

Il souriait là où il fallait sourire, certes, mais son esprit errait dans des couloirs humides, peuplés de soupçons et de calculs. Il se rongeait les méninges, furetant mentalement parmi les maximes machiavéliques, retournant chaque mot comme une lame émoussée qu’il espérait encore tranchante, pour deviner la taupe du terrible haillonneux.

Et dire qu’il n’y avait que lui pour s’étonner qu’un traître soit entouré par autre chose que des traîtres. Un traitre ne découvre jamais la verite. La trahison est un boomerang qui revient toujours à la main qui l'a lancée.

dimanche 19 avril 2026

LE PROGRES DANGEREUX...

Dans les livres saints ( Ancien Testament, Évangiles, Coran ), Satan est décrit comme l’ennemi acharné de l’homme, celui qui empoisonne son existence. Mais lui attribuer tous les malheurs humains serait une facilité. Les faiblesses de l’homme, attisées par le souffle satanique, ne suffisent pas à expliquer son mal-être. Car jamais la société humaine n’a paru aussi fragile malgré le vertige de ses progrès.

Chaque conquête semble porter sa dette. Karma, résistance de la nature, ou simple loi d’équilibre. A chaque choc infligé au monde, la nature répond pour retrouver sa mesure. Qui prétend dominer la nature ou franchir ses limites physico-chimiques récolte tôt ou tard la fureur des éléments. Nul ne règne impunément sur la vie, car la nature, dans sa réaction, ne distingue ni coupable ni innocent. L’homme progresse, mais la nature, patiente et inflexible, finit toujours par exiger le prix de l’audace. Jamais on n'a ete aussi nombreux à souffrir de la faim, de la soif et de la maladie. Jamais le monde n'a ete aussi précaire, la société aussi fragmentée et la vie assaillie par autant de fléaux multiformes. 

Les secrets réservés à la puissance supérieure demeurent jalousement gardés. N'est ce pas Edward Jenner ?

Hier, Dracula suspendait le cours du temps, Frankenstein surclassait la mort, Faust renonçait à son essence, Prométhée livrait l’arme absolue : le feu. 

Aujourd’hui, sous des visages plus avenants, Steve Jobs ébranle la souveraineté de l’esprit sur la matière, Bill Gates recompose les liens humains et Oppenheimer fissure la quiétude du monde en libérant la puissance destructrice de l’atome.

Autant d’individus qu’un voyage dans le futur se chargera de juger : pour les uns, en durcissant le verdict ; pour les autres, en relatant la manière dont la nature, patiente mais implacable, aura fini par broyer ce qui prétendait s’ériger au-dessus d’elle. Un jugement sévère, dans tous les cas, presque inévitable, tant leurs actes n’avaient pas encore fini de déplier au grand jour leurs conséquences les plus sombres.

Mais il y aura pire. Le cas de l’ouroboros, bien entendu.

Comment la postérité traitera-t-elle l’ouroboros ? Par quel concept parviendra-t-elle à contenir cette entreprise méthodique de bureaucratisation de la trahison, cette volonté opiniâtre d’inscrire le reniement dans des règles, des protocoles et des procédures, jusqu’à lui donner l’apparence d’une nécessité ?

Et quel nom donnera-t-on alors à celui qui fut l’auteur de cette offense à la nature ? Le désignera-t-on comme un éternel garnement jouant avec des allumettes dans une salle de jouets ?

Aura-t-il seulement compris ce qu’il allumait ?

Il y aura peut-être eu incendie. Mais on n’en retiendra pas seulement les flammes visibles. La fumée âcre de la combustion de la camaraderie empestera l’air ; la chaleur irrésistible des braises rougeoyantes attestera la consumation irréversible de l’engagement patriotique. Les cendres témoigneront encore pendant un bon moment de ce feu de fidélités rompues et rappelleront ce brasier lent qui consuma ce que l’on croyait inaltérable.

Le monstre de Frankenstein était en vadrouille. Il cherchait sa douce moitié, non par caprice, mais parce que la nature tenait à son équilibre. Créature née d’un défi lancé à l’ordre naturel par essence, il demeurait le seul être capable d’offrir refuge à la nourrice perdue et de la soustraire aux griffes de Satan, cette autre créature procédant d'une rupture d l'ordre cosmique. 

Amenera-t-elle son baby boss dans son nouveau refuge, à coté de son nouvel amoureux.. 

Peut-on en douter ? L'ouroboros partira. Et ce sera sous le protocole de la honte au rythme des croassements de la racaille batracienne : en traître indigne de la colère du gourou et en héros de la pantoufle incapable même de susciter le mépris des haillonneux. 

Car certaines fautes ne produisent ni fracas ni scandale, seulement une dégradation brutale des grandeurs attendues et l’installation perverse de la médiocrité, là où il n'était question que d’honneur, de respect de la parole donnée.