L’Empereur rouge et Soso seraient toujours les dindons des farces cruelles de Teddy.
Par sa volonté téméraire de faire les choses à sa guise, ce dernier avait fini par annihiler leur autorité. À force de vouloir régner seul, Teddy s’évertuait, de toute son âme, à passer pour l’unique coq d’une basse-cour qu’il bâtissait avec rage. Il ne cherchait pas l’équilibre : il voulait la domination. Il ne voulait pas des partenaires, mais des silhouettes.
Désormais, s’allier à l’Empereur rouge ou à Soso n’avait plus aucune espèce d’importance. Leur sceau ne scellait plus rien. Leur parole ne couvrait plus personne.
On s’habille pour se couvrir. Et si le vêtement ne peut même pas protéger la poitrine du premier vent, il ne sert à rien d’en rêver encore moins de l’acheter. L’alliance qui n’abrite pas est un mirage. Le pouvoir qui ne protège pas est une imposture.
Tout a fait autre chose, il y a plus de quatorze siècles, le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) nous laissait ce viatique : Il n’y a pas un serviteur à qui Allah confie une responsabilité sur des gens et qui meurt en les trompant sans qu’Il ne lui interdise le Paradis.
La sentence atemporelle ne visait pas les foules, mais ceux qui les conduisent. Car la trahison, en politique, est ce que l’associationnisme est en théologie : une rupture de l’alliance morale qui relie le chef à ceux qui l’ont porté.
Désormais, Judas traitrissime lafien pouvait sourire, il n’était plus seul sur le maudit podium. L’ouroboros n’avait pas seulement trahi les siens. Il s’était trahi lui-même. Il avait mordu la main qui l’avait dessiné, renié la clameur qui l’avait hissé au pinacle. Il était devenu le plus grand traître du Gourouland.
Le gourou avait tapé du poing sur la table. Non par colère. Mais par nécessité. L’épreuve l’avait rassasié ; l’adversité l’avait poli comme le vent polit la roche. Il savait désormais que seule la tempête réveille le garnement juché sur le dos de sa nounou, somnolant à sucer des brins d’allumettes en croyant tenir un flambeau.
Car le gourou avait préparé son terrain. Il n’avait pas combattu frontalement. Il avait guetté, patienté, observé, guidé. Prenant son peuple à témoin.
Il l’avait laissé parler, promettre, s’enliser dans ses propres contradictions. Il savait que certains pièges ne se referment que lorsque la proie croit avoir gagné. Et le gourou avait ainsi obtenu l’assurance de ne pas être seul.
L’ouroboros pouvait-il en dire autant ?
Les menaces grondaient, Satan lui susurrait ses conditions. Il n’aura d’autre issue que de lui vendre son âme pour sauver son trône. D'autant que, là-bas, dans les chaleurs orientales, Hades, le fils de Satan, semblait proposer son intercession, entouré de sa cohorte maléfique, Cerbère et Charon.
Les pactes conclus dans l’ombre finissent toujours par réclamer leur dû. Le monstre et sa vermine, forts des soutiens des maitres chiens et de Tonton réclamaient le leur.
Le gourou, lui, ne promettait ni flammes ni damnation. Il promettait la lumière crue. La vérité exposée.
Attachez-vous à la vérité, même si vous y voyez votre perte ; car en elle se trouve votre salut. Tel était un autre enseignement de son modèle.
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