mardi 31 mars 2026

FUNAMBULISME COMPROMISSIONNEL...

Il n’était pas question, ici, d’épiloguer sur la misère humaine. Elle avait trop de visages, trop de rôles pour se laisser enfermer dans un seul discours.

Tenez l’amour ! Moteur proclamé de l’histoire, mais inséparable de son revers : la haine. Aimait-on comme on voulait être aimé ? Le pouvait-on seulement ? Tout semblait ramener à une même logique : un investissement affectif constant, tendu vers une seule fin, être aimé. Dès lors, le chagrin n’était plus une blessure, mais une faillite.

Mais la misère humaine s’exposait aussi, nue, dans la matière. Dans cette main tendue de l’indigent, écrasé par la précarité et l’impuissance de nourrir les siens ; non par seule fatalité, mais parce que d'aucuns avaient trop perçu et d’autres avaient beaucoup trop pris.

Elle se nichait encore dans l’orgueil, cette manie de vouloir briller au dessus de la mêlée ; dans l’envie, qui étrangement se délectait de la rivalité ; dans le conformisme qui déguisait l'hypocrisie en prudence. 

Et puis, il y avait la trahison. Chez l’ouroboros, elle naquit sans fracas : un frémissement, une distance, puis la défiance. L’insolence suivit, encouragée, jusqu’à devenir un funambulisme compromissionnel, où l’équilibre lui-même n’était déjà plus qu’un mensonge.

Le processus n’en devenait que plus machiavélique lorsqu’il était repris voire guidé par Satan. Pour lui, aucune ambiguïté : la traque de ses chers rejetons invertis relevait d’une attaque frontale du gourou. 

L’ouroboros avait présenté sa désolation au maudit diable, incapable quant à lui de comprendre comment la racaille et la marmaille avaient pu le trahir. Le drapeau blanc planté par sa nounou, au beau milieu de la mare, n'apaisait pas l'ouroboros, outre mesure. Il ne le concernait pas. Il n'était point dupe et savait devoir se preparer à de mauvais moments. Avec sa famille. 

Le garnement qui jouait avec les allumettes etait bien réveillé. Point de doute là-dessus !

La mare aux grenouilles était étrangement calme. La racaille batracienne, circonspecte, semblait pétrifiée par ce déferlement de trahisons, à croire qu’il s’agissait d’un concours. Le monstre criait à la trahison sur tous les toits. L’ouroboros se bouchait les oreilles pour endiguer le doute qui s'insinuait partout. Pris en étau, il ne savait plus s'il etait une victime ou un agent. Si seulement, il pouvait entendre la voix du vide sidéral lui murumurer : joujou de Satan !  

La nounou avait-elle conclu un armistice avec le terrible haillonneux qui frayait avec le sikori ? Était-ce là une manœuvre de sa part pour mieux ajuster le monstre, son mortel ennemi mais pourtant qu'un pacte liait avec son babyboss ?

Rien n’était plus sûr. Les lignes se brouillaient. Les alliances chancellaient. Satan ne se laissait pas faire. 

lundi 23 mars 2026

LA VIGIE SPECIALE...

Encore une fois, il était permis de proclamer toujours avec cette obstination mêlée d’espérance que le monde ne devrait plus être le même. Une civilisation naît de la solidarité, prospère grâce à elle, puis meurt lorsque s’épuise son énergie interne. Pourtant, cette théorie d’Ibn Khaldoun n’opérait pas toujours. 

Teddy devra désormais creer un nouveau logiciel de traitement des héritiers des civilisations antiques comme l'empereur rouge, comme les enturbannés et Soso dans une moindre mesure. Ces héritiers pliaient un instant mais ne rompaient jamais, à l'image d'un contenu qui épousait les formes de son contenant.  

Mais qu’on remplace le terme de « civilisation » par n’importe quelle autre entité, n’importe quel concept et la mécanique semble implacable.

Pouvait-on pousser un soupir de soulagement ? L’ouroboros n’était pas fou. A priori, aucune pathologie neurodégénérative ne pouvait être invoquée pour expliquer sa lubie révisionniste, ni aucune anomalie de son système cognitif. 

Pour autant, si repêcher les coupables revenait à léser les victimes - et restait une injustice -, sa vraie origine se révélait déroutante. Le psychologue du regard avait diagnostiqué pire : un état de transe. Le sujet végétait loin, très loin, aux confins de l’esprit et du cœur, de la raison et de la foi, dans une sorte de vide absolu.

Mais qu’à cela ne tienne. La nounou lui avait glissé un jeu d’échecs, dont il s’était aussitôt, gloutonnement, entiché. Aurait-elle, elle, besoin de s’éloigner du Gourouland pour apaiser ses pulsions meurtrières dirigées contre le terrible haillonneux, celui qui tenait toute la traitraille batracienne en respect ?

Le gourou, lui, en était convaincu : ce ne sont pas les ennemis qui renversent les dépositaires de la volonté populaire, mais les coussins sur lesquels ils finissent par s’allonger. Il s’était donc fait vigile, rôle ingrat mais essentiel, le premier rempart contre le désordre charrié par une sinistre réplication de monstres. 

Il etait une vigie d’un genre particulier tout de meme, auréolé du prestige de faiseur de rois et nourri par la gloire d'une présence incorruptible qui dérange.  

vendredi 20 mars 2026

LA DIRECTION DU MOLLASSON...

Un seul haillonneux tenait en respect toute la traîtraille batracienne. Et comment ! Il fallait s’y résoudre : la vérité ne l’emporte parfois qu’à la condition qu'elle ose être plus bête que le mensonge.

Il en fallait encore peu pour que la nourrice en perde ses entrailles. Aucun, ni aucune, parmi cette flopée de grenouilles ne lui était d’une quelconque utilité face à ce redoutable haillonneux qui furetait jusque dans ses profondeurs.

Elle en était réduite à la honte devant tant d'impuissance. Pire, pour une fois, elle ne parvenait pas à déchiffrer le regard torve de son babyboss. Or le regard est un langage sans mots ; encore faut-il ne pas en faire une mauvaise traduction de soi-même. Elle avait plutôt grand besoin d’un psychologue du regard. Et vite. Avec ce garnement ludopathe qui misait tout tant et tellement sur ce regard halluciné !

Satan était passé à l’action.

L’ouroboros croyait recruter ; pauvre cheval de Troie, il nourrissait en réalité Satan de toute la faune amorale de Gourouland — et même au-delà.
Il pensait séduire par son aplomb de top model ; mais c’était Satan qui, patiemment, disposait ses pièges autour de lui, densifiant les rangs des grenouilles.

Et ce que Satan donne d’une main, il le reprend de l’autre. Une forme d’équilibre — version diabolique — qui consiste à dépouiller peu à peu, à le déshabiller, couche après couche, des habits de respectabilité dont le gourou l’avait affublé.

De l’intérieur, il élevait l’ouroboros mais pour mieux appâter le gibier. Et à l’extérieur, il exposait sa fatuité grandiloquente, vidée de toute consistance.

Il ne s’agissait plus pour Satan de reproduire le modèle du monstre qui, un jour, avait brisé ses entraves. Satan entendait y veiller lui-même, sans l’aide d’aucun démonneau ni diablotin. Son cheval de Troie ne lui était utile qu’à l’intérieur de Gourouland. 

Dès lors, fallait-il voir dans la chiquenaude du grand Maure et de ses valets pervers une ruse du diable ?

Comment réagirait le garnement ludopathe face à cet affront ? Comment éviterait-il de devenir la risée du monde ?

Mais si Satan tenait tant à ce combat contre le gourou, pourquoi n’en fixait-il pas la date ?
Attendait-il le redéploiement de quelques troupes encore mobilisées à l’extrême nord ou au proche est ?

Le gourou, lui, piaffait. S'il avait eu le pouvoir de remonter l'horloge !

L'affliction etait acceptable, il n’est pire situation pour un pays que d’être dirigé par un mollasson.

mardi 17 mars 2026

UNE FOLIE, DOUCE ?

Il était une vérité intangible : nul dirigeant de ce monde n’aurait aimé être aujourd’hui à la place de Teddy. On n’ira pas toutefois jusqu’à prétendre qu’il était en train de se faire chicoter. Disons simplement que les choses étaient loin de se dérouler comme il l’avait prévu. Était-ce là une adaptation réelle de la fable du lion et du moucheron ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non…

Mais sa situation n’était pas sans légitimer ces protections difficilement justifiables dont bénéficiaient les potentats à travers le monde. En organisant, dans les chartes fondamentales, leur irresponsabilité civile et pénale, les potentats se voyaient relégués au même rang que les enfants et les aliénés mentaux. Le pouvoir serait-il une folie et son exercice, un enfantillage ? Engendrerait-il un état d’inconscience ?

Les potentats étaient des enfants qui pouvaient se permettre des incartades dont ils ne pouvaient être tenus pour responsables. Cela avait du sens. Au Gourouland, l’ouroboros passait pour un fou — pas un fou à lier, certes, mais un enfant dément tout de même. Le roi était-il nu pour autant ? Non : les fous peuvent être richement habillés et exercer une grande influence. Ils pouvaient etre diaboliquement motives à s'enrichir et enrichir leurs proches, n'importe comment !  

Il se trouvera toujours des esprits prompts à capter les signes, comme il s’en trouvera d’autres, très lents, pour être les derniers à saisir la triste réalité. Le fou, lui, n’aura jamais cette opportunité : prendre conscience de sa propre folie.

Le pouvoir n’était pas folie, quand bien même douce. Mais il semble bien que le savourer le soit.Cette absurdité embarrassait profondément l’entourage de celui qui était tout à la fois un enfant influençable, un fou manipulable et un potentat irresponsable. Une cible pour Satan, une proie idéale pour quiconque saurait tirer les ficelles. Une aubaine pour une nourrice vengeresse ?

Mais comment contenir un fou sans être entraîné dans sa dérive ? Le gourou y parviendrait-il ? Lui seul semblait encore discerner un reste de bon grain chez son protégé rebelle et croire que le mal qui le rongeait pouvait être circonscrit.

Peut-être était-ce là lucidité. Peut-être seulement une illusion de plus.

dimanche 15 mars 2026

LA DERAISON SEPULCRAIRE....

Quelle impudence de prétendre que la douleur mène nécessairement à la joie ou à une pureté sacrée, comme si la souffrance portait en elle une promesse de salut. N’est-ce pas surtout une manière de la légitimer, de refuser qu’elle puisse être vaine, stérile, sans issue ni justification ?

Loin de révéler une quelconque sagesse, cette grimace intellectuelle expose surtout l’immensité de l’ignorance humaine face à la vie. Les Alkebulanais, eux, n’y croiront sans doute jamais. En adoptant la démocratie, ils pensaient franchir une étape supérieure de leur évolution historique déjà hésitante. En réalité, ils avaient simplement construit une boîte et s’y étaient installés confortablement. Ils se retrouvèrent bientôt à élire leurs propres bourreaux, à former leurs propres détrousseurs, à promouvoir les assassins de leurs espérances, à financer les forgerons qui façonnaient les chaînes de leur servitude.

La crise du service public, ses causes et ses ravages, existent certes partout, mais avec une intensité particulière en Alkebulan — et plus encore au Gourouland. L’État y vacille, réduit à une coquille vidée de sa substance. La corruption y a pris la forme d’une appropriation privée systématique des instruments et des ressources collectives. À cela s’ajoute la voracité corporatiste d’agents déterminés, avec un fanatisme froid, à s’octroyer la part du lion dans un patrimoine qui ne leur appartient pas. Tout annonce une trahison durable de la confiance publique et une rupture appelée à s’aggraver inexorablement.

Les potentats alkebulanais, budgétivores et mégalomanes, ne pesaient guère sur l’échiquier mondial. Ils se terraient pour éviter toute prise de position sur les crises brûlantes de l’époque, leur lâcheté réduisant à néant l’héritage des générations passées qui avaient tenté de réinscrire Alkebulan dans l’histoire du monde. Par la même occasion, ils compromettaient l’affirmation future de cette contribution, laissant aux générations à venir une tâche presque impossible.

Au Gourouland, la nounou et son baby-boss n’étaient pas aussi redoutables qu’ils le prétendaient. Le serpent se dresse pour paraître immense, la grenouille gonfle sa gorge pour simuler la puissance : leur théâtre relevait davantage de l’intimidation que de la force réelle. Satan en était à la fois l’objet et l’arbitre, instrumentalisant l’un tout en se laissant flatter par l’autre.

Les haillonneux avaient troublé la mare. Dans cet écosystème en déséquilibre, des places vacantes attiraient toutes les convoitises. Le larbin noir, le païen nasard et le flibustier pervers s’agitaient avec une fébrilité démoniaque. Les grenouilles croassaient avec une agitation proportionnelle aux secousses que le gourou s’apprêtait à infliger à la canopée gouroulandaise. Il prêchait une transition comparable à la reconstitution d’un champ de pommes de terre ravagé par un troupeau de pachydermes — entreprise démesurée, d’autant que les éléphants n’avaient jamais quitté les lieux.

La conscience intermittente de l'ouroboros inquiétait de plus en plus. On l'avait déclaré fou chez les gardiens des mannes. Des prescriptions à base de cervelle de charognards et de tripes de bourricot n'avaient pas visiblement suffi. Cependant, le respect de l’esprit et de la lettre de la révolution demeurait proclamé non négociable. Mais, entre croassements et feulements entremêlés, qui pouvait garantir le recouvrement imminent de sa santé mentale ?

vendredi 13 mars 2026

LE DESTIN DE LA CLEF VOLEE....

Ô Ouroboros, comment peux-tu pactiser avec ceux qui ont juré la perte de celui dont tu fus l’ombre et la force ? 

Sais-tu comment le traître a toujours été traité à travers l’histoire, et ce qu’il advient de celui qui accepte de se fendre pour laisser passer l’obscurité ?

Le nom d’Éphialtès ne te dit peut-être pas grand-chose. Pourtant il est devenu un synonyme d’infamie. C’est lui qui vendit aux Perses le sentier secret des Thermopyles. Il ne fut ni célébré ni honoré, mais chassé, honni jusque par ceux qu’il avait servis.

Mais tu sais — nous en sommes sûrs — que dans la Bible, l’ami qui trahit n’est pas appelé stratège mais Judas Iscariot, prototype éternel de la félonie.

Et tu as dû te reconnaître dans Cain, ton portrait presque fidèle : celui qui tua son frère pour ne plus supporter la présence de celui dont l’existence révélait sa propre insuffisance. Tu agis comme lui, en tentant de supprimer non seulement l’homme que tu fus mais encore le témoignage de ce qui fut.

Tu as appris — puis oublié — que le Coran avertit que Dieu tient les traîtres en aversion. Tu fais fi de son avertissement à savoir que la trahison est d’abord une cécité spirituelle : on croit gagner le monde alors qu’on perd la lumière qui permet d’y marcher.

Regarde l’histoire des pactes rompus : chaque fois, le châtiment ne vient pas seulement de l’extérieur mais de la corrosion intérieure. Celui qui livre son allié livre en réalité la part de lui-même qui croyait encore à quelque chose de plus grand que sa peur. 

Ton ambition ressemble étrangement à la peur. Peur de redevenir petit ? Peur de devoir revenir marcher derrière le gourou ? 

Crois-tu que tes nouveaux alliés t’honoreront ? Non. Ils te garderont comme on garde une clé volée : utile, mais toujours suspecte. Ils ne sont pas fous : celui qui a ouvert une porte interdite pour eux pourra en ouvrir une autre contre eux.

Tu ne seras jamais vraiment chez toi dans le palace que la traitraille batracienne t’aide à meubler. On te reléguera au fond des galeries, face à une immense glace : adulé tant que tu es utile, rejeté dès que tu cesses de servir. 

Souviens-toi : l’ennemi déclaré inspire la vigilance, on le combat.
Mais le traître, lui, inspire le dégoût, on s’en méfie sans fin. 

Le gourou que tu abandonnes perd un frère, un ami, peut-être un bras. Mais toi, tu perds ta colonne vertébrale. En violant la fidélité, tu te condamnes avec tous tes proches à l’errance.

Il n’est pas encore trop tard. Mais il existe un seuil au-delà duquel la trahison cesse d’être un acte pour devenir une nature. Passé ce point, tout est perdu : nul ne survit intact à la profanation de la confiance. Même la repentance sent la stratégie ; même la vérité attise la suspicion.

Car lorsque la loyauté se brise au cœur même de l’origine, le destin exige toujours un prix. La trahison n’achète ni paix ni avenir : crédibilité et honneur perdus, solitude gagnée, compagnie des consciences mortes…

Au cœur des révolutions, ces forges où se scelle le destin des peuples, le traître ne récolte ni pardon ni oubli, mais le lynchage des foules ou, pire encore, le mépris glacé figé pour l’histoire. 

mardi 10 mars 2026

LE GRAND REMPLACEMENT DES PANTINS...

Savoir mentir n’était pas donné à tout le monde. Cela exigeait une certaine disposition de l’âme à franchir sans trembler la barrière de la conscience. Mentir avec aplomb, soutenir le faux d’un regard tranquille et d’une voix ferme, ne pouvait avoir d’autre origine qu’une proximité suspecte avec Satan.

Les sages ne disent-ils pas d’ailleurs que le mensonge est la plus grande abomination pour le croyant, puisque la foi se retire de celui qui ment durant tout le temps où il ment ?

L’ouroboros avait-il vendu son âme au diable ? La question se posait, tant il apparaissait désormais comme un grand menteur et un corrupteur accompli. Ou bien Satan l’avait-il simplement — et fort opportunément — adoubé ? Car ses proies de prédilection ont toujours été les hommes affaiblis par la haine et minés par l’ingratitude.

Invoquer la chirurgie sacrée ne suffisait pas à acheter la maturité. Un garçon franchissait le seuil de la case, mais celui qui en ressortait n’était souvent qu’un être intermédiaire, un hybride encore incertain. Le couteau tranchait et dévoilait. Ou bien l’épreuve trempait l’âme et faisait naître un homme véritable, ou bien elle ne faisait qu’habiller l’immaturité d’un masque de candeur, laissant au monde un adulte d’apparence, ingénu et aisément manipulable.

Satan, lui, n’avait jamais digéré sa déconvenue face au gourou. Il s’était juré de prendre sa revanche. L’ouroboros semblait bien être son nouveau champion. Il avait appris des errements de sa progeniture avec le monstre sanguinaire. Il ne déléguerait plus sa puissance. Désormais l'ouroboros sera son joujou et à personne d'autre !

La nounou n'était pas prête à laisser son malin dulciné lui extorquer sa marionnette. Elle qui a tant donné tout ce temps pour se la réserver exclusivement à un dessein plus vaste. La crapauté avait tout intérêt a se calfeutrer dans la clandestinité...

Car quel dessein pouvait etre plus grand que celui de neutraliser le gourou dans le Gourouland ? 

Le gourou, le chouchou des vieux, jeunes, grands et petits gouroulandais restait imperturbable. Il savait avant que les gens n'y pensent, il agissait quand les autres en etaient aux combines. 

Au fond, rien n'avait vraiment changé, pour lui, sinon l'identité des pantins de son éternel adversaire Satan !

dimanche 8 mars 2026

TRAITRAILLE, TRAHISSEURS ET TRAITRES....

Qui voit une grenouille dans le repaire d'un serpent se posait forcement des questions. Car il fallait bien être grenouilles trés spéciales pour oser conférer avec un serpent. Ou bien alors avoir reçu de sérieuses garanties. Et si on arrivait à établir que la nounou était une charmeuse de serpent, une fakir qui a longtemps caché son jeu, alors on pouvait prier pour l'ouroboros ? 

Dans tous les cas, assister en direct à une telle assemblée avait quelque chose de saisissant. Regarder un serpent siffler, tousser, cracher et tortiller l'histoire, emmitouflé d'oripeaux de héros était pathétique. Parce que la traitrise était la chose la plus épouvantable qui soit, on concevait très bien que la vie d'un traitre le soit tout autant ! 

La traitrise exposait aux yeux l'avidité, ce que le traitre cherchait à camoufler par une une acrobatie verbeuse. Elle etait un épouvantable délitement moral mais surtout elle se rapportait proportionnellement au challenge de la legitimation morale et profane du comportement du traitre. 

Le traitre etait obligé d'etre un artiste pour pouvoir falsifier falsifier l'histoire. Il devait etre sans vergogne pour faire l'apologie du mensonge. Il devait etre sans honneur pour renier la vérité. 

La traitraille batracienne avait donc ouvert boutique. La crapauté avait toutefois soigneusement gardé en réserve ses troupes d'ubiquitaires. Et cela n'était pas pour déplaire à l'ouroboros qui donnait là une belle occasion à son peuple de vivre son pleurer-rire. Le Marechal Hannibal Bwakamabe Na SaKade, fils de Nagakaro, fils de Foulema ressuscitait au Gourouland !

Les gouroulandais allaient avoir l'exquise joie d'ovationner la belle gestuelle avec laquelle il maniait la queue de lion sous son aisselle. 

Mais il était à voir si dans cette histoire de traitrise, s'il n'était pas surtout, en sourdine, une question de détournement de mineur. La corruption rampait comme un poison invisible. Mais qui, donc, avait piraté le frêle cerveau de l'abominable garnement qui jouait avec les allumettes ? 

Les trahisseurs n'en voulaient pas seulement à l’or ou aux titres. Ils s’attaquaient aux principes, aux germes d’innocence. Chacun de leur sourire feint, chacun de leur mot enjolivé, chacun de leur mouvement calculé etait un piège, un fil tendu entre tragédie et comedie. 

Leurs chuchotements bien dosés et leurs murmures bien orientés, corrosifs à souhait, pouvaient faire vaciller les plus innocents.   

vendredi 6 mars 2026

A JOUEUR, JOUEUR ET DEMI !

Le monde est injuste à n’en pouvoir crier, tant rien ne semble augurer de la fin de l'injustice. Il existe cette iconoclaste échelle de valeur des vies humaines : selon la couleur de la peau, la localisation géographique, la taille du portefeuille, le statut personnel et la proximité avec le pouvoir. Certains de ces critères sont sous-tendus par des préjugés si tenaces qu’ils ont fini par s’incruster dans les matrices culturelles ; d’autres par les vicissitudes humaines que l’on a, par paresse morale, érigées en normes sociétales. Ainsi va le monde : l’injustice finit toujours par se vêtir d’habitudes pour paraître naturelle.

Les chefs cuistots ainsi que les fins gourmets ne nous avertissaient pas en vain : le réchauffé dégage souvent une bonne odeur, mais a presque toujours mauvais goût. Et lorsque le plat est indigeste, on accuse rarement le cuisinier ; on blâme le feu, la marmite ou même les convives. Pourtant une vieille sagesse rappelle qu’un mauvais cuisinier ne transforme jamais les restes en festin. Quid donc du réchauffeur ?

Comment le regroupement haillonneux, son top management et son gourou pouvaient-ils continuer à tendre la gorge à l’ouroboros, leur ancien frère devenu le renégat du jour ? Un champion qui refuse d’user de sa force dans un combat ne mérite pas que l’on s’apitoie sur sa défaite. Car il est des batailles que l’on perd avant même de les livrer : il suffit d’avoir confondu la prudence avec la peur, et la stratégie avec l’attentisme. Prononcer le nom de la victoire n’a jamais décidé de l’issue du combat ; ce sont les bras qui la portent et le courage qui la mérite.

Pour ainsi dire, jamais les cloches de la responsabilité de veiller sur la volonté populaire n’avaient autant tinté sur le seuil de la représentation nationale haillonneuse. Mais les cloches, on le sait, sonnent pour tous : pour les éveillés comme pour les sourds. Et lorsqu’un peuple confie son destin à des hommes distraits, il ne doit pas s’étonner d’entendre le glas avant l’heure.

Le gamin qui jouait avec les allumettes s’était réveillé. Il gardait le silence. Confus ou honteux ? Peut-être les deux. Il venait de comprendre que son penchant ludopathique ne l’avait incliné qu’à échafauder des plans de liquidation contre son proto-gourou. L’immaturité est une arme dangereuse : entre les mains d’un enfant, elle incendie la maison ; entre celles d’un ambitieux, elle brûle parfois un pays. Son immaturité avait même franchi les frontières gouroulandaises.

À joueur, joueur et demi : le monstre lui révélait désormais le peu de considération qu’il lui portait en se liguant avec d’autres forces alkebulanaises pour réduire son influence à néant. Car les monstres politiques ont ceci de particulier : ils dévorent d’abord leurs ennemis, puis leurs alliés, et enfin leurs créatures.

Il était temps pour lui de comprendre qu’être homme — comme le lui murmuraient sa nounou, ses dulcinées et ses valets — ce n’était pas retourner son glaive contre ceux qui l’ont aimé plus que tout. La bravoure qui s’exerce contre les siens n’est jamais du courage : c’est une forme élégante de lâcheté. Les faibles frappent les proches ; les forts affrontent leurs adversaires.

La paix, certes, n’a pas de prix. Mais elle procède toujours par cercles concentriques. On ne la cultive jamais durablement dans les prairies voisines sans avoir d’abord pacifié sa maison et son propre cœur. Celui qui prétend apporter la paix au monde alors que son foyer brûle ressemble à un pompier qui prêche devant l’incendie.

Il reste que l’ouroboros n’était qu’un produit de la société gouroulandaise, le miroir parfois grotesque de ses propres absurdités. Les peuples enfantent souvent les monstres qu’ils prétendent ensuite combattre. Et l’histoire enseigne que les sociétés récoltent rarement autre chose que ce qu’elles ont semé.

Qui pouvait donc reprocher à un enfant de jouer avec tout ce qu’on lui met entre les mains ? Après tout, la faute n’est pas toujours dans la main qui joue, mais dans celle qui confie le jouet. Parce que, tout simplement, on ne confie pas le pouvoir à un enfant. Le pouvoir est un glaive : dans des mains immatures, il ne coupe pas l’ennemi, il lacère la maison.

Mais qui aime bien châtie bien.

Et parfois, la plus grande preuve d’amour qu’un peuple puisse offrir à ses dirigeants est de leur rappeler qu’aucun trône n’est assez haut pour échapper au jugement de l’histoire.     

mardi 3 mars 2026

LA PROMESSE DE VERITE

L’Empereur rouge et Soso seraient toujours les dindons des farces cruelles de Teddy.

Par sa volonté téméraire de faire les choses à sa guise, ce dernier avait fini par annihiler leur autorité. À force de vouloir régner seul, Teddy s’évertuait, de toute son âme, à passer pour l’unique coq d’une basse-cour qu’il bâtissait avec rage. Il ne cherchait pas l’équilibre : il voulait la domination. Il ne voulait pas des partenaires, mais des silhouettes.

Désormais, s’allier à l’Empereur rouge ou à Soso n’avait plus aucune espèce d’importance. Leur sceau ne scellait plus rien. Leur parole ne couvrait plus personne.

On s’habille pour se couvrir. Et si le vêtement ne peut même pas protéger la poitrine du premier vent, il ne sert à rien d’en rêver encore moins de l’acheter. L’alliance qui n’abrite pas est un mirage. Le pouvoir qui ne protège pas est une imposture.

Tout a fait autre chose, il y a plus de quatorze siècles, le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) nous laissait ce viatique : Il n’y a pas un serviteur à qui Allah confie une responsabilité sur des gens et qui meurt en les trompant sans qu’Il ne lui interdise le Paradis. 

La sentence atemporelle ne visait pas les foules, mais ceux qui les conduisent. Car la trahison, en politique, est ce que l’associationnisme est en théologie : une rupture de l’alliance morale qui relie le chef à ceux qui l’ont porté.

Désormais, Judas traitrissime lafien pouvait sourire, il n’était plus seul sur le maudit podium. L’ouroboros n’avait pas seulement trahi les siens. Il s’était trahi lui-même. Il avait mordu la main qui l’avait dessiné, renié la clameur qui l’avait hissé au pinacle. Il était devenu le plus grand traître du Gourouland.

Le gourou avait tapé du poing sur la table. Non par colère.  Mais par nécessité. L’épreuve l’avait rassasié ; l’adversité l’avait poli comme le vent polit la roche. Il savait désormais que seule la tempête réveille le garnement juché sur le dos de sa nounou, somnolant à sucer des brins d’allumettes en croyant tenir un flambeau.

Comment avait-il pu tolérer qu’une seule volonté escamote celle de l’écrasante majorité ?
Comment avait-il pu laisser un gamin capricieux confondre mandat et propriété, confiance et butin ?

Passe encore la peine que l’ouroboros infligeait, par ses cachotteries irresponsables, à ceux qui avaient bravé l’adversité, sué sang et eau, affronté la peur, parfois la mort, pour le porter au sommet.
Mais il y avait pire.

Car le gourou avait préparé son terrain. Il n’avait pas combattu frontalement. Il avait guetté, patienté, observé, guidé. Prenant son peuple à témoin. 

Méthodiquement, il avait entraîné l’ouroboros à se dévoiler, à accélérer lui-même la révélation du minable complot dans lequel, lui, le sombre et ingrat garnement ludopathe voulait précipiter les Gouroulandais.

Il l’avait laissé parler, promettre, s’enliser dans ses propres contradictions. Il savait que certains pièges ne se referment que lorsque la proie croit avoir gagné. Et le gourou avait ainsi obtenu l’assurance de ne pas être seul. 

L’ouroboros pouvait-il en dire autant ?

Les menaces grondaient, Satan lui susurrait ses conditions. Il n’aura d’autre issue que de lui vendre son âme pour sauver son trône. D'autant que, là-bas, dans les chaleurs orientales, Hades, le fils de Satan, semblait proposer son intercession, entouré de sa cohorte maléfique, Cerbère et Charon.

Les pactes conclus dans l’ombre finissent toujours par réclamer leur dû. Le monstre et sa vermine, forts des soutiens des maitres chiens et de Tonton réclamaient le leur. 

Le gourou, lui, ne promettait ni flammes ni damnation.  Il promettait la lumière crue. La vérité exposée. 

Attachez-vous à la vérité, même si vous y voyez votre perte ; car en elle se trouve votre salut. Tel était un autre enseignement de son modèle.