Savoir mentir n’était pas donné à tout le monde. Cela exigeait une certaine disposition de l’âme à franchir sans trembler la barrière de la conscience. Mentir avec aplomb, soutenir le faux d’un regard tranquille et d’une voix ferme, ne pouvait avoir d’autre origine qu’une proximité suspecte avec Satan.
Les sages ne disent-ils pas d’ailleurs que le mensonge est la plus grande abomination pour le croyant, puisque la foi se retire de celui qui ment durant tout le temps où il ment ?
L’ouroboros avait-il vendu son âme au diable ? La question se posait, tant il apparaissait désormais comme un grand menteur et un corrupteur accompli. Ou bien Satan l’avait-il simplement — et fort opportunément — adoubé ? Car ses proies de prédilection ont toujours été les hommes affaiblis par la haine et minés par l’ingratitude.
Invoquer la chirurgie sacrée ne suffisait pas à acheter la maturité. Un garçon franchissait le seuil de la case, mais celui qui en ressortait n’était souvent qu’un être intermédiaire, un hybride encore incertain. Le couteau tranchait et dévoilait. Ou bien l’épreuve trempait l’âme et faisait naître un homme véritable, ou bien elle ne faisait qu’habiller l’immaturité d’un masque de candeur, laissant au monde un adulte d’apparence, ingénu et aisément manipulable.
Satan, lui, n’avait jamais digéré sa déconvenue face au gourou. Il s’était juré de prendre sa revanche. L’ouroboros semblait bien être son nouveau champion. Il avait appris des errements de sa progeniture avec le monstre sanguinaire. Il ne déléguerait plus sa puissance. Désormais l'ouroboros sera son joujou et à personne d'autre !
La nounou n'était pas prête à laisser son malin dulciné lui extorquer sa marionnette. Elle qui a tant donné tout ce temps pour se la réserver exclusivement à un dessein plus vaste. La crapauté avait tout intérêt a se calfeutrer dans la clandestinité...
Car quel dessein pouvait etre plus grand que celui de neutraliser le gourou dans le Gourouland ?
Le gourou, le chouchou des vieux, jeunes, grands et petits gouroulandais restait imperturbable. Il savait avant que les gens n'y pensent, il agissait quand les autres en etaient aux combines.
Au fond, rien n'avait vraiment changé, pour lui, sinon l'identité des pantins de son éternel adversaire Satan !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire