dimanche 19 avril 2026

LE PROGRES DANGEREUX...

Dans les livres saints ( Ancien Testament, Évangiles, Coran ), Satan est décrit comme l’ennemi acharné de l’homme, celui qui empoisonne son existence. Mais lui attribuer tous les malheurs humains serait une facilité. Les faiblesses de l’homme, attisées par le souffle satanique, ne suffisent pas à expliquer son mal-être. Car jamais la société humaine n’a paru aussi fragile malgré le vertige de ses progrès.

Chaque conquête semble porter sa dette. Karma, résistance de la nature, ou simple loi d’équilibre. A chaque choc infligé au monde, la nature répond pour retrouver sa mesure. Qui prétend dominer la nature ou franchir ses limites physico-chimiques récolte tôt ou tard la fureur des éléments. Nul ne règne impunément sur la vie, car la nature, dans sa réaction, ne distingue ni coupable ni innocent. L’homme progresse, mais la nature, patiente et inflexible, finit toujours par exiger le prix de l’audace. Jamais on n'a ete aussi nombreux à souffrir de la faim, de la soif et de la maladie. Jamais le monde n'a ete aussi précaire, la société aussi fragmentée et la vie assaillie par autant de fléaux multiformes. 

Les secrets réservés à la puissance supérieure demeurent jalousement gardés. N'est ce pas Edward Jenner ?

Hier, Dracula suspendait le cours du temps, Frankenstein surclassait la mort, Faust renonçait à son essence, Prométhée livrait l’arme absolue : le feu. 

Aujourd’hui, sous des visages plus avenants, Steve Jobs ébranle la souveraineté de l’esprit sur la matière, Bill Gates recompose les liens humains et Oppenheimer fissure la quiétude du monde en libérant la puissance destructrice de l’atome.

Autant d’individus qu’un voyage dans le futur se chargera de juger : pour les uns, en durcissant le verdict ; pour les autres, en relatant la manière dont la nature, patiente mais implacable, aura fini par broyer ce qui prétendait s’ériger au-dessus d’elle. Un jugement sévère, dans tous les cas, presque inévitable, tant leurs actes n’avaient pas encore fini de déplier au grand jour leurs conséquences les plus sombres.

Mais il y aura pire. Le cas de l’ouroboros, bien entendu.

Comment la postérité traitera-t-elle l’ouroboros ? Par quel concept parviendra-t-elle à contenir cette entreprise méthodique de bureaucratisation de la trahison, cette volonté opiniâtre d’inscrire le reniement dans des règles, des protocoles et des procédures, jusqu’à lui donner l’apparence d’une nécessité ?

Et quel nom donnera-t-on alors à celui qui fut l’auteur de cette offense à la nature ? Le désignera-t-on comme un éternel garnement jouant avec des allumettes dans une salle de jouets ?

Aura-t-il seulement compris ce qu’il allumait ?

Il y aura peut-être eu incendie. Mais on n’en retiendra pas seulement les flammes visibles. La fumée âcre de la combustion de la camaraderie empestera l’air ; la chaleur irrésistible des braises rougeoyantes attestera la consumation irréversible de l’engagement patriotique. Les cendres témoigneront encore pendant un bon moment de ce feu de fidélités rompues et rappelleront ce brasier lent qui consuma ce que l’on croyait inaltérable.

Le monstre de Frankenstein était en vadrouille. Il cherchait sa douce moitié, non par caprice, mais parce que la nature tenait à son équilibre. Créature née d’un défi lancé à l’ordre naturel par essence, il demeurait le seul être capable d’offrir refuge à la nourrice perdue et de la soustraire aux griffes de Satan, cette autre créature procédant d'une rupture d l'ordre cosmique. 

Amenera-t-elle son baby boss dans son nouveau refuge, à coté de son nouvel amoureux.. 

Peut-on en douter ? L'ouroboros partira. Et ce sera sous le protocole de la honte au rythme des croassements de la racaille batracienne : en traître indigne de la colère du gourou et en héros de la pantoufle incapable même de susciter le mépris des haillonneux. 

Car certaines fautes ne produisent ni fracas ni scandale, seulement une dégradation brutale des grandeurs attendues et l’installation perverse de la médiocrité, là où il n'était question que d’honneur, de respect de la parole donnée.

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