La vérité, en nos temps d’opacité artificiellement intelligente, se pare d’atours toujours plus sophistiqués. Toutefois, elle aura beau se maquiller, se travestir mais rassurons-nous : sous ces costumes neufs, certaines créatures demeurent inchangées. L’ouroboros, par exemple, restait ce gamin ludopathe, impulsif et pouvoirien, abritant une nature sombre, idiote et ingrate donc toujours fidèle à lui-même.
Pourtant, tous s’étaient trompés sur sa destination. Il était allé bien plus loin. Et pour une raison autrement plus renversante. L’ouroboros n’était pas parti en fugue, ni en retraite spirituelle. Il s’était mis en quête des plans d’un temple pour la traîtraille batracienne, cette confrérie visqueuse d’opportunistes qui se prenaient pour des aigles parce qu'ils coassaient aupres du fauteuil et que la mangeoire débordait. Il avait visité le temple de Nyoirinji !
Là-bas, s'en souciait-il seulement, il avait découvert bien des choses. Il avait vu de vrais pays. Et surtout côtoyé de vrais dirigeants : des chefs pour qui le bien-être du peuple précédait le leur, des hommes liés par des serments qui n’étaient pas des slogans jetables mais des chaînes morales, lourdes et assumées. Des chefs dégourdis et ambitieux qui ne recyclaient pas le passé pour le présenter en futur à leur peuple.
Bien au-delà des faits, en effet, on eût dit, vraiment, un coup de pied en plein visage asséné par la Providence. Flairant l’occasion d’aiguiser le tranchant du glaive avec lequel il comptait neutraliser le gourou, son incubateur politique, il promit donc au monstre, en jurant sur ses propres mensonges, d’élargir tous ses lascars, blanchir les forfaits, repeindre les chaînes en bracelets mais en échange de leur soutien. On ne promettait plus la justice mais la carte de fidélité à l'impunité.
La corruption devenait-elle contrat ? La trahison, programme ? L’ingratitude, doctrine ?
Comme si la Providence, lassée d’être spectatrice, avait soudain décidé d’entrer sur scène. Sous forme d'un grain de sable fort embarrassant. Le grillon devait sortir, respirer, remercier, rejoindre la fanfare des libérés reconnaissants. La nouvelle était tombée drue telle dans les primaverses, le grillon retournait en cage avant même d’avoir aperçu la clé.
Les haillonneux se marraient. Le grillon n'aurait-il pas lui-même tout fait pour ne pas être libéré ? N'aurait-il pas saboté son propre salut, renversé sa propre barque, creusé son propre tunnel à l’envers ? Comment donc l'ouroboros allait-il respecter sa parole donnée au monstre ? Etait-il prêt à courir le risque ?
L'ouroboros réalisait qu’il suffit parfois d’un seul grillon piètre mélomane, pour fausser la plus belle ballade de la forfaiture.
Et c’est peut-être là la seule consolation des époques obscures : quand les conspirations deviennent trop parfaites, le hasard se fait théologien spectaculaire et la Providence, scénariste sarcastique.
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