dimanche 27 juillet 2014

POUR L'HONNEUR DE LA REPUBLIQUE



A     Madame La Premiere Dame
        au Palais de la Republique





OBJET  : Prière de vous tenir éloignée des affaires de notre Etat 






Le ministre Mbagnick Ndiaye a révélé que les ministres vous doivent leurs nominations dans le gouvernement de la République du Sénégal. 


Prière de nous rassurer que cela n’est pas vrai, que ce ministre s’est trompé ! 


Car si cela est avéré, ça serait une catastrophe absolue car la gestion d’un Etat digne de ce nom ne peut souffrir d’un tel amateurisme. 


L’Etat est sacré car il est le socle de notre vouloir-vivre commun et la garantie de notre sécurité, de notre économie et de nos différentes politiques. Bref, de notre vie. 


Dans l’histoire, les Etats tombent en ruines dès qu’ils échoient entre des mains inexpertes comme les vôtres. 


La gestion de l’Etat n’est pas votre formation et vous n’en avez aucune compétence. 

Pourrions-nous vous demander, vous supplier même, avec tous les égards, honneurs et hommages dus à votre rang, de vous tenir éloignée des affaires de notre Etat ? 


Le ministre Mbagnick Ndiaye fait savoir, en outre, que vous les avez appuyés dans leur campagne politique avec des moulins à mil distribués aux populations pour avoir leurs votes. 

Avec quel argent avez-vous fait ces largesses ? 


Rassurez-nous que ce n’est pas votre « Fondation Servir le Sénégal » qui en est le bailleur, auquel cas cela pourrait ressembler à un détournement d’objectifs. 
Votre fondation a comme objectifs déclarés l’aide aux démunis et nécessiteux et non le financement de campagnes politiciennes qui achètent des consciences. 


La loi sénégalaise condamne le détournement d’objectifs de fondation. 


Pourrions-nous vous demander, vous supplier même, avec tous les égards, honneurs et hommages dus à votre rang, de vous tenir éloignée de tout détournement d’objectifs de votre fondation ? 


Si vous avez autant d’influence qu’on le dit, utilisez-la à bon escient, loin des combines et des intrigues, en aidant votre mari à entrer dans l’Histoire par la grande porte. 


Le pouvoir, c’est pour l’histoire. 


Faire des réformes et des réalisations que les générations futures chanteront.

A défaut, le pouvoir est un succulent nourricier mais, ô combien amer sevreur ! 


Veuillez agréer, Madame la Première Dame, l’expression de nos sentiments patriotiques.


Mamadou Sy TOUNKARA, Présentateur de « Senegaal ca kanam » 2S TV

dimanche 20 juillet 2014

DE LA BOUCLE BOUCLEE !


 Deux évènements survenus au cours de la semaine nous font dire que la boucle est bouclée. Bien bouclée !

Il s’agit d’une part de la mort de deux très jeunes recrues militaires en instruction qui expurge les façons de brute épaisse en cours chez les militaires… trop gâtés, tout compte fait, pour rien au regard de leur incapacité à trouver une solution à la rébellion casamançaise en cours  depuis 33 ans.

Le second événement est la parution du livre du Colonel de Gendarmerie, Aziz Ndao. Lequel met à nu tous les micmacs en cours au sein de l’Etat-Major de cette branche importante de notre armée sur laquelle  des faits précis de corruption, concussion et de duplicité abusive ont fini de jeter le discrédit et l'opprobre pour bien longtemps encore…

On ne peut pas en effet ne pas convoquer le souvenir frais du pavé jeté dans la mare de la hiérarchie policière dans le cadre de la répression du trafic de la drogue. Malgré l’ampleur du blanchiment de l’argent de la drogue dans l’économie de notre pays qu’il révélait, on l’avait accusé de délation, on l’a jeté en pâture et on l’a radié…avant que quelques mois plus tard, les faits lui donnent raison de façon cinglante avec l’arrestation d’un inspecteur de police en flagrant délit de vente de drogue, de recyclage de la drogue saisie !

Dès lors, gageons que ce ne sont pas seulement des frustrations, des raisons subjectives uniquement qui ont facilité la ponte du brulot du Colonel Ndao. Il appelle en tout état de cause  une lecture plus sereine comme malheureusement ce ne fut point le cas avec le rapport du commissaire Keita.

Il y a des faits graves qui méritent l’ouverture d’une enquête au niveau de toutes les instances qui en ont le pouvoir (Parquet de la République, Assemblée Nationale..)

La réputation de la gendarmerie en prend un sacré coup, un juste retour des choses, on pourrait dire... 

Dire qu'ils ont osé torturer une dame en lui plantant une bouteille de Coca Cola dans le sexe ! 

Redire qu'aucune conscience d'aucun élément gendarme n'eut trouvé à redire jusqu'à maintenant par rapport à cette horreur ! 

Le poisson pourrit par la tête ou est ce plutôt que le mal est plus profond ?

Des brigades de gendarmerie corrompues jusqu'à la moelle avec des éléments vereux qui n'éventent que les deals dont ils ne font pas partie, il en existe et tout proche de Dakar, s'il vous plait !

Des gradés gendarmes qui pactisent à tu et à toi avec de vils bandits fonciers, on en a vu, pour implanter une cite de la Gendarmerie !   

Car il s’agit bien d’une réputation surfaite qui n’émane pas des consommateurs finaux des services et actes gendarmes mais qui s’inspire de la confiance aveugle que lui ont toujours témoignée les autorités de la République dont ils ont en charge la sécurité pour tenir en respect deux corps, les policiers trop intelligents et les militaires trop brutaux en partie, de la mollesse des magistrats englués dans un système judiciaire tout aussi corrompu, balourd et pétrifié, en partie !

Ces deux évènements viennent donc parachever la déliquescence des corps de sécurité de notre pays. Cette situation grave appelle une réponse  juste et durable à la mesure des menaces sécuritaires en face de nous. La première mesure, c'est de les remettre tous à l'école !  

Bonso DABO

samedi 19 juillet 2014

JEUNE LION EN CAGE


Captif, un jeune lion grandissait et plus il grandissait, plus les barreaux de sa cage grossissaient, du moins c'est le jeune lion qui le croyait... En réalité, on le changeait de cage pendant son sommeil.

Quelquefois, des hommes venaient et lui jetaient de la poussière dans les yeux, d'autres lui donnaient des coups de canne sur la tête et il pensait : « Ils sont méchants et bêtes, mais ils pourraient l'être davantage; ils ont tué mon père, ils ont tué ma mère, ils ont tué mes frères, un jour sûrement ils me tueront, qu'est-ce qu'ils attendent ? »

Et il attendait aussi.
Et il ne se passait rien.

Un beau jour : du nouveau... Les garçons de la ménagerie placent des bancs devant la cage, des visiteurs entrent et s'installent.
Curieux, le lion les regarde.

Les visiteurs sont assis... ils semblent attendre quelque chose... un contrôleur vient voir s'ils ont bien pris leurs tickets... il y a une dispute, un petit monsieur s'est placé au premier rang... il n'a pas de ticket... alors le contrôleur le jette dehors à coups de pied dans le ventre... tous les autres applau-dissent.

Le lion trouve que c'est très amusant et croit que les hommes sont devenus plus gentils et qu'ils viennent simplement voir, comme ça, en passant :
« Ça fait bien dix minutes qu'ils sont là, pense-t-il, et personne ne m'a fait de mal, c'est exceptionnel, ils me rendent visite en toute simplicité, je voudrais bien faire quelque chose pour eux... » 

Mais la porte de la cage s'ouvre brusquement et un homme apparaît en hurlant :
« Allez Sultan, saute Sultan ! »
Et le lion est pris d'une légitime inquiétude, car il n'a encore jamais vu de dompteur.
Le dompteur a une chaise dans la main, il tape avec la chaise contre les barreaux de la cage, sur la tête du lion, un peu partout, un pied de la chaise casse, l'homme jette la chaise et, sortant de sa poche un gros revolver, il se met à tirer en l'air.

« Quoi ? dit le lion, qu'est-ce que c'est que ça, pour une fois que je reçois du monde, voilà un fou, un énergumène qui entre ici sans frapper, qui brise les meubles, qui tire sur mes invités, ce n'est pas comme il faut. » Et sautant sur le dompteur, il entreprend de le dévorer, plutôt par désir de faire un peu d'ordre que par pure gourmandise...

Quelques-uns des spectateurs s'évanouissent, la plupart se sauvent, le reste se précipite vers la cage et tire le dompteur par les pieds, on ne sait pas trop pourquoi ; mais l'affolement, c'est l'affolement, n'est-ce pas ?
Le lion n'y comprend rien, ses invités le frappent à coups de parapluie, c'est un horrible vacarme.

Seul un Anglais reste assis dans son coin et répète : « Je l'avais prévu, ça devait arriver, il y a dix ans que je l'avais prédit... »
Alors, tous les autres se retournent contre lui et crient :
« Qu'est-ce que vous dites ?.. C'est de votre faute tout ce qui arrive, sale étranger, est-ce que vous avez seulement payé votre place ? » etc.

Et voilà l'Anglais qui reçoit des coups de parapluie...
« Mauvaise journée pour lui aussi ! » pense le lion.
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                                                                                                       Jacques Prévert
                                                                                                     in Histoires (1951)