vendredi 29 mars 2013

UNE ANNEE PERDUE…


C’était le 25 mars 2012 que Macky Sall avait été élu président de la République. Son bilan n’est pas exempt de compromis et reniements des engagements pris pendant la campagne, ou après, certains ayant été parfois partiellement tenus ou abandonnés. De nombreuses réformes sont  en cours mais le chef de l’Etat, par rapport au calendrier qu’il s’était fixé, a pris du retard sur beaucoup de chantiers au point que son programme de gouvernement reste encore un catalogue de bonnes intentions.

12 mois ! C’est un délai évidemment trop court pour observer le résultat de réformes qui auraient pu être mises en œuvre. Un constat s’impose néanmoins : aucune réforme économique de fond n’est à l’œuvre et le  gouvernement actuel semble faire du surplace. Après quelques avancées notamment sur le registre de la bonne gouvernance, il recule. Cela crée un climat de grande incertitude tout en envoyant des signaux extrêmement négatifs à la population. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser. C’est pour cela d’ailleurs que le premier anniversaire de l’accession de Macky Sall au pouvoir se fête en catimini. 

On se cache pour célébrer cet anniversaire. On ne peut s’y tromper, c’est parce qu’il n’y a rien à fêter que le Président Macky Sall lui-même ne prend part à une quelconque manifestation festive.Le premier challenge a été celui de trouver les moyens de créer des emplois. Le Président en avait promis 50 000 par an. On attend encore qu’il en crée et le risque est plus grand que le pays ne s’installe dans une situation de «dés-emploi». Car, non seulement le secteur privé ne semble pas être le moteur de cette politique de création d’emplois mais aussi nombreux sont les secteurs d’activités qui connaissent des difficultés et des entreprises menacent de mettre la clé sous le paillasson. Macky Sall l’avait si bien compris qu’il avait chargé son gouvernement de dresser la liste des entreprises en difficultés, avant le 28 février passé, afin de préconiser des mesures de sauvetage.


 Cet engagement n’a pu être respecté par son gouvernement. Cela montre à quel point le gouvernement sur ce front, comme sur d’autres, est resté très timide. Le chef de l’Etat s’était aussi engagé à mettre en place, sous l’égide du Premier ministre, un comité chargé d’étudier la question du loyer afin de prendre des mesures pour baisser le coût du loyer au Sénégal. On se demande encore ce qui a déjà été fait sur cette question. Il faut le dire, l’approche est démagogique. Au lieu de chercher à imposer un barème de loyer, la bonne formule aurait été de réguler le marché en promouvant une politique de logements sociaux. On attend encore de voir poser une première pierre pour ces logements alors que le Président avait promis de distribuer 3 000 maisons avant l’hivernage prochain.Le gouvernement s’était engagé dans une politique de baisse des prix des denrées sur lesquels il n’a pourtant aucune emprise. Les prix n’ont pas baissé et comme pour attester de l’échec, trois ministres du Commerce s’y sont essayés en vain : Mata Sy Diallo, El Hadji Malick Gakou et Alioune Sarr. La plus-value du régime de Macky Sall, c’est sa posture moralisatrice. Il a combattu la corruption et les mauvaises pratiques. Un an après, il est bien obligé de constater que les niches de corruption demeurent jusque dans son propre gouvernement. 


La semaine dernière à Matam, à l’occasion du Conseil des ministres décentralisé, il a été obligé de faire siennes les remarques que nous avions formulées dans ces mêmes colonnes relatives à la corruption. D’aucuns avaient vite fait de croire que ce n’étaient que des diatribes contre le Premier ministre. Une réaction de morveux qui se mouche ? Dans un contexte où les promesses électorales engagent une hausse des dépenses publiques face à un autre impératif de la réduction des déficits abyssaux légués par le régime de Abdoulaye Wade, le gouvernement est incapable de mobiliser les investissements vers le Sénégal. La mayonnaise ne prend ni avec le Fmi ni avec la Banque mondiale ni avec l’Union européenne ni avec les pays comme la Chine, l’Inde, les pays arabes. Même avec la France, la coopération économique commence à avoir de l’eau dans le gaz. 


Pour fonctionner, l’Etat compte sur des emprunts sur le marché. «Quand on vend les meubles pour payer le loyer, c’est généralement que la fin est proche et qu’il faut rapidement penser à investir dans une tente Quetchua.» Macky Sall n’a pas, surtout à la place Peytavin, une équipe capable de séduire ou de rassurer les partenaires financiers. En réalité, il a pris une paire de néophytes, sans aucune attache, des affinités ou un carnet d’adresses avec les partenaires au développement. 


Ajouté à cela une méconnaissance totale des rouages de la coopération publique internationale. Le ministre des Finances et celui du Budget commencent à se bouffer, convaincus qu’au moins l’un d’eux devra partir et puisque personne ne voudrait être l’agneau du sacrifice ! Le véritable problème du Président Sall est son casting gouvernemental. Il a cherché à ne pas déplaire à des alliés et des soutiens politiques. Il leur a retourné l’ascenseur mais chacun voudrait le bloquer à son étage. 

Le règne de Wade menaça jusqu’à la survie même de la République et vit le triomphe de la «dérive». Certes Abdoulaye Wade avait tous les défauts, c’est connu ! Il a laissé une situation catastrophique, c’est connu. Il avait organisé un système de prédation néfaste, c’est connu ! 
Mais l’année prochaine, si les emplois ne sont pas créés, il faudra y voir le résultat d’une absence de politique pertinente mais non plus un complot de «l’infâme» Wade. S’il n’y a plus une alimentation normale en électricité, ce ne sera plus la faute de Karim Wade. Durant l’an I du règne de Macky Sall, l’affreux Wade a concentré toute la responsabilité des échecs du gouvernement. 
Il va falloir trouver autre chose pour expliquer les désastres à venir. Il est donc temps de changer de façon de faire et d’hommes. Macky Sall en a les moyens.
Madiambal Diagne ( www.le quotidien.sn)

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