Ouroboros ou Corbelet, le traître restait un traître. Et le parricide, déjà lourd à porter, avait encore aggravé son cas lorsqu’il s’etait mis à rogner sournoisement silencieusement le carquois de la squaw.
C’est que le Corbelet manifestait de la colère. De la peur rentrée, en vérité. Car la colère naît souvent d’un attachement irraisonné à ce que l’on croit posséder, au point que sa seule perte devient inconcevable. On ne défend plus alors un bien : on défend une emprise. Exactement comme Satan administrait son empire — l’empire des ténèbres — en confondant possession, domination et droit divin.
Bref, le Satan dont il rêvait ardemment de devenir le fils, et surtout le digne héritier gouroulandais, se voyait déjà couronné par sa propre infatuation.
Il ne serait plus question, désormais, que les larbins informes accourent jusqu’à son fromage, comme dans la fable. C’est lui qui irait virevolter au-dessus de leurs museaux, distribuant les miettes, les ordres et les boulets. Il avait donc entrepris de tout concentrer entre ses mains : pour avoir les coudées plus franches, confectionner des boulets plus lourds, agir plus vite… et surtout frapper plus fort son mortel ennemi, le Gourou.
La maman nounou, ahurie, le regardait ainsi répartir sa charge entre sa Corbesse et sa Corbelle : deux sinistres compagnes qui avaient chacune colonisé une mine et dont les galeries semblaient désormais communiquer directement avec les entrailles du pouvoir.
Se rendrait-elle compte, trop tard, de sa bévue ?
Car il est des erreurs que l’on ne corrige qu’après avoir nourri le monstre qu’elles prétendaient contenir.
Et puis, il y avait cette vieille loi du pouvoir : il n’y a que le pouvoir pour arrêter le pouvoir.
Quant à son baby-boss, ce garnement qui avait aimé jouer avec le feu avant de devenir ce Corbelet présomptueux, il lui fallait désormais quelqu’un pour lui apprendre que toute puissance sans frein finit par se retourner contre celui qui la chevauche.
Et qui, mieux que le Gourou, son ancien maître et désormais son mortel ennemi, pouvait lui enseigner l’art de retenir ses pulsions démoniaques ?
Le disciple avait voulu dépasser le maître.
Il venait peut-être, sans même s’en apercevoir, de lui offrir le seul argument dont celui-ci avait besoin pour reprendre la main.
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