vendredi 17 juillet 2026

L'INDEPENDANCE BIOLOGIQUE

Chassez le naturel, il revient au galop : l'Ouroboros semblait redevenu ce garnement qui jouait autrefois avec des allumettes. Il n'avait jamais cessé d l'être mais il se trouve que les haillonneux avaient souvent la manie de trop prêter à leurs adversaires.

Le mamba noir, larbin noir au cœur plus noir que le charbon, ne supportait plus son rôle de mercenaire officieux ; maître-chanteur de naissance, il exigeait désormais une reconnaissance officielle de sa place dans la traitraille. Après tout, rien d'étonnant à voir un serpent s'allier à un autre serpent ; ce qui l'était davantage, c'était ce serpent prenant la tête d'une racaille batracienne. L'ouroboros à la tête de la racaille batracienne etait en elle meme une image prémonitoire d'alliances contre nature où les instincts les plus incompatibles marcheraient désormais du même pas. 

Le gamin ludopathe jouait à recruter, limoger, se compromettre et vadrouiller pour provoquer son proto. Il ne s'agissait plus seulement d'exercer ou de conserver le pouvoir, mais de re/conquérir une véritable indépendance biologique en rompant enfin le cordon ombilical qui le reliait au Gourou. Ce même Gourou qui lui avait prêté bien plus qu'un simple nom, qui lui avait offert une identité politique si puissante qu'elle avait fini par éclipser celle héritée de son père ! 

Nonobstant que les forces des ténèbres l'avaient suffisamment alerté que ce dédoublement brouillait leur veille mystique et qu'il fallait désormais tuer le Gourou en lui pour qu'émerge enfin un autre lui-même. Mais se débarrasser de cet héritage reviendrait à commettre un parricide politique, à moins de se persuader que c'était plutôt le Gourou qui le lui avait imposé malicieusement. 

Satan se frottait les mains tout en s'inquiétant : le ludopathe reconstituait, sans même s'en rendre compte, sa propre cour de soudards, persuadé qu'ils lui seraient dévoués alors qu'ils ne servaient que leurs intérêts. 

Voudra-t-il demander conseil au Monstre ?  Ce dernier lui dira-t-il enfin toute la vérité ou le laisserat-il s'enfoncer dans le piège qu'il croyait tendre aux autres ? Car ces hommes ne seraient jamais ses serviteurs : il les croirait ses compagnons, alors qu'ils feraient lentement de lui leur plus précieuse marionnette.

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