vendredi 3 juillet 2026

UN DIAGNOSTIC COMPLIQUE...

Dans une atmosphère où l’on n’ose plus nommer la trahison, le traître cesse peu à peu d’être un objet de réprobation. On lui témoigne de la considération, par calcul, par intérêt ou simplement par conformisme. Son acte n’est plus jugé à l’aune de la fidélité qu’il a rompue, mais de l’avantage qu’il procure. Les mots se font prudents, les condamnations hésitantes, les silences éloquents.

Le plus troublant n’est pourtant pas l’attitude du traître lui-même, mais celle de ceux dont la vocation est d’éclairer les consciences : les autoproclamés arbitres sociaux, les intellectuels, les éducateurs, les guides religieux et les autres leaders d’opinion. Leur mutisme n’efface pas la faute ; il la banalise. À force de ne plus nommer les choses, on finit par ne plus les reconnaître. Et lorsqu’une société cesse de distinguer clairement la fidélité de la trahison, ce n’est pas seulement son jugement qui s’affaiblit : c’est sa mémoire morale qui vacille.

Lorsque le traître est honoré non malgré sa trahison, mais en partie grâce à elle, tandis que ceux qui devraient rappeler les principes se taisent, ce n’est pas seulement un homme qui est réhabilité : c’est tout l’ordre moral qui se trouve insensiblement déplacé.

Cet algorithme ne parvenait toutefois pas à prospérer au Gourouland. Le Gourou avait largement contribué à l’éveil des consciences populaires et entretenait cet éveil avec constance à travers ses prises de parole. 

On assistait au naufrage de l’Ouroboros. Il ne pataugeait plus dans la haine de son proto, le Gourou ; il se débattait désormais au milieu des eaux de la fourberie, rendues fétides par sa propre arrogance. Des illuminés s’improvisaient sauveteurs pour voler à son secours. En vérité, ce n’étaient que des hédonistes et des épicuriens de l’ancien système, uniquement soucieux de réintégrer leurs alvéoles primitives. Le monstre et la grand'poupée étaient manifestement les complices de ce hacking.

Bref, l’Ouroboros sombrait. Pour le sauver, il ne suffisait pas de l’allonger sur un divan. Il n’y avait pas un cerveau à apaiser, mais un cerveau détraqué à réparer. Quel mal soigner : Delire d'interprétation ou paranoïa projective ?

Autant les scènes de ménage témoignent souvent de la solidité affective d’un couple, autant les querelles de coépouses finissent par éroder l’homme qu’elles se disputent. Les incessants esclandres de préséance entre la corbelle et la corbesse alimentaient manifestement la dérive mentale de l’Ouroboros. La nounou ne pouvait être étrangère à cette agitation. Semer les graines de la division, attiser la zizanie et se nourrir de l’animosité semblaient entretenir son éternel rictus.

Ailleurs, la confiance dans les capacités de l’Ouroboros et dans son efficacité, privé de l’accompagnement charismatique du Gourou, était tombée à son plus bas niveau. Car le traître est une figure universelle, et la trahison demeure, sous toutes les latitudes et à toutes les époques, une faute moralement abhorrée.

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