Le collier de tripes serti de têtes de vautours avait été apprêté par les maroquiniers parmi les plus adroits des forces des ténèbres ancestrales, dans un art funèbre accompli. Mais la messe noire ne s’était pas déroulée comme prévu. Elle s’était soldée par un rendez-vous manqué. Satan n’avait pas répondu à l’invitation de l’ouroboros. L'on avait pensé, en premier lieu, à la présence gênante de la nounou qui avait infligé au démon un de ses pires goumins. N'avait-elle pas choisi le monstre de Frankeinstein ?
Et ce n'était pas faux dans une certaine mesure. Sauf que Satan exigeait beaucoup plus !
C’est qu’être fils de Satan n’est pas une fonction provisoire, mais une qualification définitive ! Et comme toute chose définitive, cela ne se négocie pas comme un contrat. Mais plutôt comme un abonnement sans aucune possibilité de résiliation. Avec des paiements immédiats sur présentation de factures d'intérêts composés sur l' éternité, à l'improviste.
Malgré moult interventions et autres propositions de substituts, le démon etait reste ferme. Il avait revu et corrigé ses conditions. Il n'allait plus adouber des ignorants impertinents comme Judas, encore moins des vampires encagoulés comme Hades. Et surtout charmer des criminels froussards comme le larbin noir. Il fallait désormais avoir des couilles pour se ragaillardir de sa satanée compagnie. Il fallait etre non plus simplement un vrai traitre mais mieux un excellent chien !
Le démon n'était prêt à acheter l’âme de l'ouroboros qu'en échange de la tête du gourou. Le gourou, un des humains qui lui posait le plus de probleme, qui se moquait de lui sans retenue dans son domaine de predilection. Tant que le gourou vivait, les chances de son implantation dans ce havre infernal rêvé du gourouland etaient compromises. Ce n'est que tant mieux, alors, si la même gêne était éprouvée beaucoup plus par l'ouroboros.
Les portes du pouvoir absolu et durable ne pouvaient s'ouvrir devant l'ourobors qu'avec l'effacement du gourou. C'était sa conviction humaine et celle de toute la racaille batracienne. Alors, il ne fallait point invoquer un quelconque encrassement biologique.
Il avait fait donc le service minimum. Congedier le gourou était, pour lui, le livrer à Satan. Opération stratégique pensait il du fond de ses méninges pourris de vanité. Il connaissait trop bien les haillonneux et redoutait particulièrement leurs feulements étranges et leur délire mystique !
Mais était-ce suffisant ? Pas si sur ! Le monstre avait fait beaucoup plus et donc il allait devoir se mouiller davantage. Et ce n'est pas ses épouvantables éléments alpha et beta qui lui seraient d'un grand secours. Peut etre la nounou, qui, confiante de ses charmes sur Satan, pouvait toujours essayer une intercession ?
Au bout du compte, Satan pourrait bien lui vendre ce pouvoir mais sans le mode d'emploi !
Satan pourrait lui assurer la jouissance exclusive du palais mais pas la garantie d'y vivre en paix et dans la sérénité.
Et malgré tout, cette ignominie suffirait-elle à clore la guerre entre Satan et le gourou ? Dans ce genre de conflit, y a-t-il seulement un vainqueur ? Ne change-t-on pas simplement de niveau de perte ?
Aucune étoile ne vit seule dans le vide absolu : même les plus brillantes ont des voisins un peu toxiques.
Dans l’immensité silencieuse du ciel, chaque lumière subit des attractions invisibles, des collisions discrètes, des influences insaisissables. Certaines étoiles ne s’éteignent pas : elles sont mises en mode faible luminosité par des astres déjà morts qui refusent d’éteindre leur ego cosmique.
Ces derniers finissent par apprendre à l’étoile à briller moins, jusqu’à lui faire croire que le mode sombre est son état naturel, qu’il faudrait transcender en allant quêter la lumière.
Laquelle étoile est en situation ? Bonne question… mais en cosmologie comme en politique, la réponse dépend toujours de celui qui écrit le ciel.
Une étoile, toutefois, ne cesse pas vraiment d’être étoile. Elle peut être mal entourée, mal conseillée, mal interprétée mais elle reste réelle.
Et parfois, il suffit d’un changement de ciel, ou d’un simple éloignement stratégique, comme disent les diplomates, pour que la lumière revienne sans avoir changé de nature. Comme quoi, même dans l’univers, la distance est parfois la meilleure thérapie.
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