vendredi 6 mars 2026

A JOUEUR, JOUEUR ET DEMI !

Le monde est injuste à n’en pouvoir crier, tant rien ne semble augurer de la fin de l'injustice. Il existe cette iconoclaste échelle de valeur des vies humaines : selon la couleur de la peau, la localisation géographique, la taille du portefeuille, le statut personnel et la proximité avec le pouvoir. Certains de ces critères sont sous-tendus par des préjugés si tenaces qu’ils ont fini par s’incruster dans les matrices culturelles ; d’autres par les vicissitudes humaines que l’on a, par paresse morale, érigées en normes sociétales. Ainsi va le monde : l’injustice finit toujours par se vêtir d’habitudes pour paraître naturelle.

Les chefs cuistots ainsi que les fins gourmets ne nous avertissaient pas en vain : le réchauffé dégage souvent une bonne odeur, mais a presque toujours mauvais goût. Et lorsque le plat est indigeste, on accuse rarement le cuisinier ; on blâme le feu, la marmite ou même les convives. Pourtant une vieille sagesse rappelle qu’un mauvais cuisinier ne transforme jamais les restes en festin. Quid donc du réchauffeur ?

Comment le regroupement haillonneux, son top management et son gourou pouvaient-ils continuer à tendre la gorge à l’ouroboros, leur ancien frère devenu le renégat du jour ? Un champion qui refuse d’user de sa force dans un combat ne mérite pas que l’on s’apitoie sur sa défaite. Car il est des batailles que l’on perd avant même de les livrer : il suffit d’avoir confondu la prudence avec la peur, et la stratégie avec l’attentisme. Prononcer le nom de la victoire n’a jamais décidé de l’issue du combat ; ce sont les bras qui la portent et le courage qui la mérite.

Pour ainsi dire, jamais les cloches de la responsabilité de veiller sur la volonté populaire n’avaient autant tinté sur le seuil de la représentation nationale haillonneuse. Mais les cloches, on le sait, sonnent pour tous : pour les éveillés comme pour les sourds. Et lorsqu’un peuple confie son destin à des hommes distraits, il ne doit pas s’étonner d’entendre le glas avant l’heure.

Le gamin qui jouait avec les allumettes s’était réveillé. Il gardait le silence. Confus ou honteux ? Peut-être les deux. Il venait de comprendre que son penchant ludopathique ne l’avait incliné qu’à échafauder des plans de liquidation contre son proto-gourou. L’immaturité est une arme dangereuse : entre les mains d’un enfant, elle incendie la maison ; entre celles d’un ambitieux, elle brûle parfois un pays. Son immaturité avait même franchi les frontières gouroulandaises.

À joueur, joueur et demi : le monstre lui révélait désormais le peu de considération qu’il lui portait en se liguant avec d’autres forces alkebulanaises pour réduire son influence à néant. Car les monstres politiques ont ceci de particulier : ils dévorent d’abord leurs ennemis, puis leurs alliés, et enfin leurs créatures.

Il était temps pour lui de comprendre qu’être homme — comme le lui murmuraient sa nounou, ses dulcinées et ses valets — ce n’était pas retourner son glaive contre ceux qui l’ont aimé plus que tout. La bravoure qui s’exerce contre les siens n’est jamais du courage : c’est une forme élégante de lâcheté. Les faibles frappent les proches ; les forts affrontent leurs adversaires.

La paix, certes, n’a pas de prix. Mais elle procède toujours par cercles concentriques. On ne la cultive jamais durablement dans les prairies voisines sans avoir d’abord pacifié sa maison et son propre cœur. Celui qui prétend apporter la paix au monde alors que son foyer brûle ressemble à un pompier qui prêche devant l’incendie.

Il reste que l’ouroboros n’était qu’un produit de la société gouroulandaise, le miroir parfois grotesque de ses propres absurdités. Les peuples enfantent souvent les monstres qu’ils prétendent ensuite combattre. Et l’histoire enseigne que les sociétés récoltent rarement autre chose que ce qu’elles ont semé.

Qui pouvait donc reprocher à un enfant de jouer avec tout ce qu’on lui met entre les mains ? Après tout, la faute n’est pas toujours dans la main qui joue, mais dans celle qui confie le jouet. Parce que, tout simplement, on ne confie pas le pouvoir à un enfant. Le pouvoir est un glaive : dans des mains immatures, il ne coupe pas l’ennemi, il lacère la maison.

Mais qui aime bien châtie bien.

Et parfois, la plus grande preuve d’amour qu’un peuple puisse offrir à ses dirigeants est de leur rappeler qu’aucun trône n’est assez haut pour échapper au jugement de l’histoire.     

mardi 3 mars 2026

LA PROMESSE DE VERITE

L’Empereur rouge et Soso seraient toujours les dindons des farces cruelles de Teddy.

Par sa volonté téméraire de faire les choses à sa guise, ce dernier avait fini par annihiler leur autorité. À force de vouloir régner seul, Teddy s’évertuait, de toute son âme, à passer pour l’unique coq d’une basse-cour qu’il bâtissait avec rage. Il ne cherchait pas l’équilibre : il voulait la domination. Il ne voulait pas des partenaires, mais des silhouettes.

Désormais, s’allier à l’Empereur rouge ou à Soso n’avait plus aucune espèce d’importance. Leur sceau ne scellait plus rien. Leur parole ne couvrait plus personne.

On s’habille pour se couvrir. Et si le vêtement ne peut même pas protéger la poitrine du premier vent, il ne sert à rien d’en rêver encore moins de l’acheter. L’alliance qui n’abrite pas est un mirage. Le pouvoir qui ne protège pas est une imposture.

Tout a fait autre chose, il y a plus de quatorze siècles, le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) nous laissait ce viatique : Il n’y a pas un serviteur à qui Allah confie une responsabilité sur des gens et qui meurt en les trompant sans qu’Il ne lui interdise le Paradis. 

La sentence atemporelle ne visait pas les foules, mais ceux qui les conduisent. Car la trahison, en politique, est ce que l’associationnisme est en théologie : une rupture de l’alliance morale qui relie le chef à ceux qui l’ont porté.

Désormais, Judas traitrissime lafien pouvait sourire, il n’était plus seul sur le maudit podium. L’ouroboros n’avait pas seulement trahi les siens. Il s’était trahi lui-même. Il avait mordu la main qui l’avait dessiné, renié la clameur qui l’avait hissé au pinacle. Il était devenu le plus grand traître du Gourouland.

Le gourou avait tapé du poing sur la table. Non par colère.  Mais par nécessité. L’épreuve l’avait rassasié ; l’adversité l’avait poli comme le vent polit la roche. Il savait désormais que seule la tempête réveille le garnement juché sur le dos de sa nounou, somnolant à sucer des brins d’allumettes en croyant tenir un flambeau.

Comment avait-il pu tolérer qu’une seule volonté escamote celle de l’écrasante majorité ?
Comment avait-il pu laisser un gamin capricieux confondre mandat et propriété, confiance et butin ?

Passe encore la peine que l’ouroboros infligeait, par ses cachotteries irresponsables, à ceux qui avaient bravé l’adversité, sué sang et eau, affronté la peur, parfois la mort, pour le porter au sommet.
Mais il y avait pire.

Car le gourou avait préparé son terrain. Il n’avait pas combattu frontalement. Il avait guetté, patienté, observé, guidé. Prenant son peuple à témoin. 

Méthodiquement, il avait entraîné l’ouroboros à se dévoiler, à accélérer lui-même la révélation du minable complot dans lequel, lui, le sombre et ingrat garnement ludopathe voulait précipiter les Gouroulandais.

Il l’avait laissé parler, promettre, s’enliser dans ses propres contradictions. Il savait que certains pièges ne se referment que lorsque la proie croit avoir gagné. Et le gourou avait ainsi obtenu l’assurance de ne pas être seul. 

L’ouroboros pouvait-il en dire autant ?

Les menaces grondaient, Satan lui susurrait ses conditions. Il n’aura d’autre issue que de lui vendre son âme pour sauver son trône. D'autant que, là-bas, dans les chaleurs orientales, Hades, le fils de Satan, semblait proposer son intercession, entouré de sa cohorte maléfique, Cerbère et Charon.

Les pactes conclus dans l’ombre finissent toujours par réclamer leur dû. Le monstre et sa vermine, forts des soutiens des maitres chiens et de Tonton réclamaient le leur. 

Le gourou, lui, ne promettait ni flammes ni damnation.  Il promettait la lumière crue. La vérité exposée. 

Attachez-vous à la vérité, même si vous y voyez votre perte ; car en elle se trouve votre salut. Tel était un autre enseignement de son modèle.