vendredi 6 février 2026

LA BLAGUE COSMIQUE

Les haillonneux savaient être ridicules mais d’un ridicule monumental au point que les jababus en demeuraient bouche bée. On ne savait plus très bien s’il fallait en rire ou en pleurer, de cette farce permanente. À chaque secousse infligée à l’ouroboros par l'opposition, ils se levaient comme un seul homme, non pour le sauver comme il semblait mais pour rappeler qu’il était leur affaire.

Car nul n’était autorisé à le critiquer ou blesser. L’ouroboros était leur symbole, monté patiemment pièce apres pièce dont ils étaient, bon gré, mal gré, les comptables attitrés de sa réussite ou de son échec, les procureurs et les gardiens. 

Aux pieds du fauteuil, la nounou, Imeldasse, la tisseuse et toute la traîtraille batracienne observaient ce ballet avec un mélange d’ahurissement et de lassitude. A la suite de beaucoup d'haillonneux qui, la surprise passée, avaient fini de comprendre leur gourou et comme toujours, ex post. Il avait fallu le vieux « jeune malsain », rejet tardif d’une racaille pourrie et ratée par un vieillard gâteux, pour leur servir de révélateur.

On pouvait s'attendre à ce que les ethnotellectuels batraciens, à la légèreté tapageuse, théorisent avec cette condescendance idiote de l'ouroboros que les haillonneux ne veillent en rien, ils convoitaient l'ouroboros. Comme eux mais d'une mauvaise facon. L’ouroboros était devenu un enjeu. De pouvoir ? Un os que l'on ronge ? C'etait insultant de les ravaler a ce stade d'opportunistes. On se le disputerait donc avec un zèle puéril, à coups de projectiles lexicaux, dans des batailles où la parole devenait pierre ?

Pour les haillonneux, pourtant, il n y avait pas de quoi fouetter un chat. Leur méthode brutale, brouillonne, épidermique pouvait semer le trouble mais leur intention etait toute simple. On pouvait servir l’ouroboros, le célébrer, l'encenser à l’asphyxie mais le contester demeurait leur  privilège exclusif. À bon entendeur, salut.

Mais les chimères durent autant que les mirages. La nature d’un ludopathe est de jouer, avec n'importe quoi, tout ce qui lui tombe entre les mains. L’ouroboros sera toujours ce garnement qui joue avec les allumettes, persuadé que l’incendie n’atteint jamais celui qui l’allume.

Là-bas, sous un ciel lourd de présages, le taureau noir et le cheval noir s’étaient rencontrés. Deux montures d’ombre pour deux cavaliers d’exception : l’ouroboros et le monstre, semblables dans leur singularité, peut-être davantage encore dans leur appétit. Leur poignée de main valait manifeste, scellait un accord. Du donnant-donnant. Elle disait les alliances que l’on nie avant de les célébrer, les pactes que l’on camoufle sous les ordures. Et plus troublant encore, le sourire qui avait illuminé le masque sombre de l'ouroboros, détrempé par la magie noire trop longtemps pratiquée, valait baiser de Judas.

Judas avait prouvé que le véritable challenge n’est jamais de pactiser avec l’obscurité mais de réussir à faire appeler cela de l'érudition supérieure.

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