Teddy et Soso se congratulaient, exultants, le monde allait enfin reconnaitre leur force. Au diable la force du droit, vive le droit de la force !
Soso avait envahi des terres lointaines, comme pour remodeler les frontières du monde. Teddy s’était permis d’enlever un dirigeant, comme on déplace un pion sur l’échiquier mondial. L’Empereur rouge, lui, restait en retrait, hésitant entre appui discret et menace voilée. Et s'il n'était pas que le dindon de la farce de l'espièglerie caucasienne ?
La mondialisation avait été un fiasco culinaire : les recettes de prospérité universelle avaient tourné à l’indigestion générale. Désormais, chacun devait relever sa soupe de souveraineté économique avec ses propres mains, ajustant les épices selon son appétit et son audace.
L’exécution ayant trahi l’intention, il fallait tout recommencer, içi et ailleurs, en apprenant à tenir compte des ogres qui ravageaient le festin mondial. On est reparti pour une nouvelle quête de l'universel...
Au Gourouland, les vieux démons de la politique ressuscitaient, nourris par l’imposture démocratique de l’Ouroboros.
Le choix s’imposait au Gourou. Le paysan corrupteur tendait un traquenard, à travers sa politique par l'argent, prêt à miner sa force d’adhésion. Renoncer à le combattre ? Perdre des hommes. Continuer ? Consolider une foi compacte, incassable. Ne serait-il pas sage d'attendre de connaitre les intentions du garnement qui jouait avec les allumettes ? Que voulait l'ouroboros ? Que cherchait-il à prouver ? Cela en valait-il la peine de le combattre ? Agissait-il comme adversaire ou ennemi ?
N’était-il pas plus quelqu’un qui inspire qu’un simple gestionnaire ? N’était-ce pas la souveraineté économique qui commandait l’urgence ? L’émancipation politique qu’il prônait dépendait bien plus des forces productives – les seuls acteurs du vrai développement. Et ces forces n’avaient jamais eu autant besoin d’un meneur. Suivre le chemin déjà tracé par d’autres, avec la même foi et la même abnégation, ce n’était ni réinventer la roue, ni courir après le train des autres.
Peu importait que les forces ténébreuses et leurs satrapes aient offert une monture à leur mentor : le Taureau noir. Ayant renoncé à attaquer la tête de la pyramide des haillonneux, il s'en prenait à la base, silencieusement, inexorablement.
C'est que l’Ouroboros, fidèle à sa nature égocentrique, labile et calculateur, ne croyait pas à la loyauté. Il en calculait le prix et payait rubis sur l’ongle. L’argent n’était plus un problème, il en disposait par liasses noires à profusion. Avec sa cohorte de satrapes corrompus, il s’était convaincu que les appareils politiques ne tenaient pas par la ferveur, mais par la distribution : le pouvoir devait être horizontal, transactionnel, nourrissant la dépendance des ralliés.
la politique de l'argent est simplement ridicule. Il est à notre image : il éclaire l'honnête et noie le corrompu et le corrupteur.
L'argent peut acheter des alliés, corrompre des coeurs mais le destin ne se vend pas !