dimanche 7 juin 2026

LE BUTIN DU GAWOU

Chacun rêve d'avoir raison. Peu nombreux sont ceux qui supportent le verdict lorsqu'il tombe. La vérité est comme un ami véritable. La première arrive toujours aux heures les plus embarrassantes, le second se trouve aux moments sombres. 

L'ouroboros n'avait triomphé d'aucun adversaire, il avait confronte ses anciens soutiens à leur erreur, les obligeant à démentir, un à un, les certitudes qu'ils avaient criées pour lui.

On ne voyait plus vraiment à quoi pouvait encore lui servir le titre de fils de Satan qu'il quêtait si âprement. N'avait-il pas franchi un palier supérieur, au-delà même de Judas ? Il n'avait pas seulement trahi sans vergogne ; il ne souffrait plus la vue du gourou. 

Et comme si cela ne suffisait pas, il avait tenté de l'isoler de ses plus proches lieutenants. En vain. Les jababus en étaient venus à se demander si l'ouroboros pouvait encore être considéré comme un adversaire. Certains ennemis finissent par se vaincre eux-mêmes.

Les êtres de cette trempe, rongés par l'avarice et la psychopathie, ne valaient plus la peine qu'on leur consacre la moindre énergie. Son esprit de joueur compulsif l'avait conduit à bâtir les murs de sa propre prison, à forger les barreaux de sa cellule, à en façonner la serrure et les clés, à s'y enfermer lui-même avant de jeter ces dernières dans les égouts.

L'ouroboros était devenu un paria. Sa cupidité l'avait définitivement perdu. Dans les couches populaires, il était désormais grillé. Il passait pour celui qui ôtait le pain de la bouche des manants pour gaver sa parentèle. 

Même la racaille batracienne ne prenait plus la peine de le défendre avec l'ardeur habituelle. Pendant ce temps, la nounou s'était recluse avec l'état-major ethnique de la racaille afin de peaufiner son projet de kidnapping des haillonneux. Le grand animal figurait parmi les invités d'honneur de ce conclave sordide.

Sous cette opération cosmétique, elle croyait pouvoir dissimuler aux dupes son véritable dessein : le grand remplacement des haillonneux. Elle s'était autoproclamée distributrice plénipotentiaire de prébendes. Son programme tenait en une formule : l'amour de son baby boss contre une sucette.

Un séisme profond menaçait désormais la traitraille ubiquitaire. Les eaux du Lac ne connaîtraient aucun repos dans les jours à venir. La fidélité à la nounou était devenu le précieux sésame. 

La marmaille était sur le qui-vive. Chacun observait son voisin, guettant le moindre mouvement. Qui oserait, cette fois, se dresser sur le chemin du destin ? Qui oserait barrer la route au gourou qui avait repris son ascension ?

C'était quand même extraordinaire que le monstre n'avait pas toujours lâché ses chiens contre cette cible rêvée. La pintade de Tangun, cette sombre geisha des marécages, avait plutôt proposé ses services !

vendredi 5 juin 2026

LA SAGESSE FOLKLORISTIQUE

Partout où l’humain construit ou raconte ses origines, une logique sous-jacente permanente jaillit : l’ordre naît d’une fracture et la continuité du monde n'est jamais lineaire.

Caïn tue Abel. l'assassin est condamné à l'exil, marqué comme paria. 

Chez les fils de Jacob, la trahison des frères produit l'élévation de Joseph... 

Mais cette logique dépasse la fraternité elle-même. Car dans d'autres traditions, la création repose sur une tension entre principes jumeaux, forces opposées mais indissociables, comme si l’univers ne pouvait se stabiliser sans contradiction interne.

Ainsi se dessine une intuition persistante : l’ordre naît du chaos, la lumière de l’obscurité, la forme du sans-forme. Mais alors si le bien, le bon, la justice sont eux aussi des formes d’ordre, faut-il en déduire qu’ils procèdent également d’un désordre préalable ? Ou bien faut-il comprendre autrement que le bien n’efface pas le chaos, mais le transforme, le contient, l'adapte sans jamais le supprimer entièrement ?

C’est peut-être là la jonction ultime des mythes et des contes : ils ne disent pas seulement que le monde commence par une création maitrisée mais aussi que toute valeur stabilisée — ordre, vérité, justice — demeure habitée par ce qu’elle a dû dépasser pour exister.

Comme quoi le traitre peut conquérir le pouvoir mais rarement la paix. 

Les froufrous de la nounou etaient loin d'être anodins et n'y feront pas grand chose. La première tentative d'enlèvement d'un haillonneux, le serval en l'occurence, s'était soldée par un échec retentissant. Une phalange de la racaille s'opposait résolument aux ordres de l'état major ethnique. 

Elle s'en remettait à la marmaille. Car les contes et les mythes nous ont appris à craindre davantage celui qui décide ce qui est juste pour tous, car il ne laisse derrière lui aucun appel possible.

Mais son émoi palpable masquait aussi mal l'agitation puérile de son babyboss. L'ouroboros, en effet, en etait reduit dans son délire tremens à revisiter le lexique propre aux désespérés, la gestuelle des acculés par la honte et le renfrognement qui déformait le visage des menacés par le mépris social. Il confondait les mots, vitupérait et hallucinait. L'ombre du gourou le hantait partout ! 

Comme quoi le traitre peut tuer son ferre mais rarement son ombre.    

Mais c'était quoi ça, encore ? Sortir un bazooka pour ajuster un moustique ! Le gourou dépassait les bornes du simple rouleau compresseur. 

Satan observait. Coi. Ses conditions draconiennes pour être son fils étaient plus que jamais de mise. Il comprenait dans cette époque des derniers temps, il avait l'embarras du choix. Les élus, hors de sa portée, etaient devenus une denrée rare.  

Le sikori blanc était annoncé.... Fête sur la place !

vendredi 29 mai 2026

LA TRAGICOMEDIE DES LUNES POLITIQUES

Résister au changement n’est pas donné à tous, surtout aux esprits persuadés de leur fertilité intellectuelle. Le véritable changement ne naît presque jamais du vacarme des débats, mais d’une lente maturation intérieure d'idées jusqu’à devenir comportement. 

Les peuples changent moins sous l’effet des démonstrations que sous celui des récits capables de saisir leur imaginaire. Ainsi, les idées progressent surtout par les tribuns, les écrivains et les orateurs qui leur donnent chair et cadence. Sans discours, même les vérités les plus solides meurent dans l’abstraction.

Les oiseaux de Minerve, accommodants et racoleurs, s’étaient empressés d’entériner la tragédie des primo inter pares. Tentative opportuniste d’inverser la règle : le gourou n’avait jamais appartenu à cette catégorie. Tout rappelait plutôt une vieille répétition gouroulandaise : la tragicomédie des lunes politiques.

Narcisse hier, l’ouroboros aujourd’hui. Des lunes régnant d’une lumière empruntée à leur soleil. Quand survint l’éclipse, elles découvrirent leur nudité. Sans le mentor solaire, elles n’avaient jamais brillé. Sans éclat propre, elles n’étaient plus que des baudruches dégonflées.

Comme Narcisse, l’ivresse hubristique de l’ouroboros s’était achevé tragiquement. Sous l’ombre douillette du gourou, il avait dilapidé le sucre du pouvoir par gloutonnerie et le sel par épicurisme. Le temps du piment semblait venu.

Le statut de fils de Satan s’imposait désormais. Satan demeurait son ultime garantie. Et pour l'obtenir, il fallait payer la rançon exigée par Satan. Il fallait occire le gourou, une sacrée affaire compliquée.

La marmaille était divisée, la grande clique avait opposé une fin de non-recevoir. La racaille, elle, refusait désormais les scénarios sanglants de l’état-major ethnique. On ne la reprendrait plus à jouer les assassins de jeunots.

Le grand animal, consulté en urgence, avait réservé sa réponse. Le chef assassin vivait sa lune de miel. Quant au poussin de condor, il n’avait livré que quelques maléfices faméliques mais redoutables.

A l'issue des consultations, le modus operandi retenu etait de harceler les haillonneux, organiser l'ingouvernabilité, accuser et embastiller proprement le gourou. Une stratégie de prise d'otages pour amener le gourou à Canossa ?

Dans les chaleurs orientales, Hadès, fils déchu de Satan, aboyait encore. Il croyait pouvoir achever, avec sa clique de fripouilles carbonisées, ce qu’il avait commencé.

Le gourou était déjà dans l’arène. En plein jour, il s’était introduit dans le moteur même de l’auto dont l’ouroboros tenait le volant. La scène avait quelque chose de grotesque : il fallait encore guider et surveiller cet éternel gamin qu'on avait naguère baigné pouponné et habillé pour l’obliger à respecter ses propres promesses.

L’ouroboros restera ce garnement jouant avec le feu. Mais en une journée, il avait goûté à toute la pression que le monstre avait portée durant cinq ans. La chair de poule l’avait gagné, plus encore à l’idée que le gourou allait lui couper les vivres.

Sa famille était effondrée. Sa racaille batracienne se terrait. Sa nounou se décomposait. Sa traitraille ubiquitaire demeurait sidérée. Il sentait même ses forces ténébreuses s’éloigner au fur que les perles de son chapelet changeaient de couleur.

Le temps n’était-il pas venu de reprendre son laraire volant ?

La pintade de Tangun vivait, elle aussi, sa tragédie. Accepterait-elle seulement de siéger sous la coupole d’un terro-terro ?