vendredi 9 janvier 2026

LA POLITIQUE DE L'ARGENT

Teddy et Soso se congratulaient, exultants, le monde allait enfin reconnaitre leur force. Au diable la force du droit, vive le droit de la force ! 

Soso avait envahi des terres lointaines, comme pour remodeler les frontières du monde. Teddy s’était permis d’enlever un dirigeant, comme on déplace un pion sur l’échiquier mondial. L’Empereur rouge, lui, restait en retrait, hésitant entre appui discret et menace voilée. Et s'il n'était pas que le dindon de la farce de l'espièglerie caucasienne ?

La mondialisation avait été un fiasco culinaire : les recettes de prospérité universelle avaient tourné à l’indigestion générale. Désormais, chacun devait relever sa soupe de souveraineté économique avec ses propres mains, ajustant les épices selon son appétit et son audace. 

L’exécution ayant trahi l’intention, il fallait tout recommencer, içi et ailleurs, en apprenant à tenir compte des ogres qui ravageaient le festin mondial. On est reparti pour une nouvelle quête de l'universel... 

Au Gourouland, les vieux démons de la politique ressuscitaient, nourris par l’imposture démocratique de l’Ouroboros.

Le choix s’imposait au Gourou. Le paysan corrupteur tendait un traquenard, à travers sa politique par l'argent, prêt à miner sa force d’adhésion. Renoncer à le combattre ? Perdre des hommes. Continuer ? Consolider une foi compacte, incassable. Ne serait-il pas sage d'attendre de connaitre les intentions du garnement qui jouait avec les allumettes ? Que voulait l'ouroboros ? Que cherchait-il à prouver ? Cela en valait-il la peine de le combattre ? Agissait-il comme adversaire ou ennemi ? 

N’était-il pas plus quelqu’un qui inspire qu’un simple gestionnaire ? N’était-ce pas la souveraineté économique qui commandait l’urgence ? L’émancipation politique qu’il prônait dépendait bien plus des forces productives – les seuls acteurs du vrai développement. Et ces forces n’avaient jamais eu autant besoin d’un meneur. Suivre le chemin déjà tracé par d’autres, avec la même foi et la même abnégation, ce n’était ni réinventer la roue, ni courir après le train des autres. 

Peu importait que les forces ténébreuses et leurs satrapes aient offert une monture à leur mentor : le Taureau noir. Ayant renoncé à attaquer la tête de la pyramide des haillonneux, il s'en prenait à la base, silencieusement, inexorablement.

C'est que l’Ouroboros, fidèle à sa nature égocentrique, labile et calculateur, ne croyait pas à la loyauté. Il en calculait le prix et payait rubis sur l’ongle. L’argent n’était plus un problème, il en disposait par liasses noires à profusion. Avec sa cohorte de satrapes corrompus, il s’était convaincu que les appareils politiques ne tenaient pas par la ferveur, mais par la distribution : le pouvoir devait être horizontal, transactionnel, nourrissant la dépendance des ralliés.

la politique de l'argent est simplement ridicule. Il est à notre image : il éclaire l'honnête et noie le corrompu et le corrupteur.

L'argent peut acheter des alliés, corrompre des coeurs mais le destin ne se vend pas !

dimanche 4 janvier 2026

GOLFEUR EN HERBE....

Des alternances politiques, le Gourouland en avait connu. Beaucoup même. Mais jamais on n’avait jugé utile d’en calculer le coût réel.

On avait toujours différé le calcul, on remettait au lendemain ce qu’on craignait de voir se transformer en catastrophe, par hâte de se servir, jusqu’à ce que l’addition devienne explosive. Le passif social s’accumulait : frustrations, colères muettes, espérances trahies, bref, tout ce qu’un simple verdict des urnes ne pouvait plus contenir.

Le calcul du coût démocratique de ces alternances auquel un des lascars du monstre, et non des moindres, la Pintade de Tangun, se refusait obstinément était pourtant simple, presque enfantin. Même les esprits les plus détraqués ( le grand Animal, le Condoreau, le Mamba noir ) pouvaient le saisir : c’était la somme des écarts entre la norme démocratique et les pratiques réelles.

Mais admettre ce calcul eût été reconnaître l’écart entre le rêve que le monstre nous avait vendu sous ses tralalas de sobriété vertueuse et le gouffre dans lequel sa sociopathie prédatrice nous avait plongés. La Pintade de Tangun préférait continuer ses cris, qui n’annonçaient toujours que le désordre, jamais la lucidité.

L’ouroboros, parjure d’âme, friand de jeux solitaires, avait reçu un terrain de golf en guise de cadeau de Nouvel An. De la part d’Imeldasse ou de la Grand Poupée, nul ne savait vraiment. C’était une raison suffisante pour réclamer la paix autour de lui, un silence absolu pour perfectionner son swing et son grip : le seul art capable de lui ouvrir la compagnie des grands de ce monde, le seul club qui seyait à sa stature et où il pouvait éclater en rires et en blagues.

Les urnes tranchent, certes, mais elles ne réparent ni les humiliations accumulées ni les promesses fossilisées dans les discours d’hier. Le monstre nous avait montré qu’un leader qui ruse avec les principes démocratiques engourdit la démocratie pour en faire un théâtre de marionnettes : le peuple applaudit sans comprendre, se rebiffe sans retenue.

Était-ce là l’objectif recherché par le top model d’Imeldasse ? Faire la même chose pour obtenir un autre résultat : c’est peut-être cela qu’on appelle réforme.

En tout état de cause, ce n’est pas l’ouroboros, tout entier captivé par son dernier cadeau, qui mettra fin à cette politique de l’autruche. 

L’homme sans foi est comme un bateau sans gouvernail. Un capitaine sans gouvernail n’est même pas digne d’être stagiaire. Quiconque flirtait avec les forces des ténèbres ancestrales n’était plus digne de poser son séant dans le temple de Dieu. Il faut lui dire son fait : il est vil, joueur, aventurier et dangereux. He's broken bad... 

Cela valait aussi pour l'ouroboros.  

vendredi 2 janvier 2026

EPIDEMIE DE CAPITAINES CINGLES...

Une attention préventive portée à la santé mentale des potentats alkebulanais s’imposait désormais comme une urgence signalée dans chaque pays. La régularité du phénomène avait fini par lui conférer valeur de loi. À peine installés, leur programme, pourtant présenté comme le socle du pacte avec le peuple, était relégué aux archives mortes, sacrifié sur l’autel d’une nouvelle feuille de route, plus conforme au statut fraîchement acquis, aux appétits familiaux soudain décomplexés et aux rêves egomaniaques jusque-là refoulés.

Les rédacteurs de chartes constitutionnelles devraient s’emparer de cette question sans délai. Car comment nommer autrement cette épidémie de reniement qui frappe les dirigeants sitôt le pouvoir conquis ? Malédiction du fauteuil ? Palais hantés par des démons invisibles ? Mauvais nouveaux compagnons, chuchoteurs de vanité et marchands d’illusions ? Ou, hypothèse plus dérangeante, simple révélation d’une nature longtemps dissimulée, désormais libérée de toute contrainte morale ?

La médiocrité qui s’installe au sommet ne pourrait-elle pas être reconnue comme une pathologie démocratique à part entière ? Une affection chronique, transmise non par le sang, mais par le suffrage. Au meme titre que le niveau de l’électeur moyen, non pour le mépriser, mais pour comprendre ce qu’il tolère, ce qu’il banalise, ce qu’il finit par ériger en norme. Car chacun contribue, par son choix ou son renoncement à l'installation du mauvais. Le baromètre, lui, ne ment jamais : il indique fidèlement la pression. Ce sont les hommes qui feignent de ne pas regarder l’aiguille.

Ainsi, au Gourouland, l’ouroboros était apparu sur la lucarne magique. L’attente d'une prise de parole clarifiante était aussi grande que l'attente d'une interaction réparatrice capable de lever le doute existentiel qui rongeait le peuple. Malheureusement, le spectacle donné fut celui d’un soliloque dévastateur, d’un déchirement public où l’âme semblait se replier sur elle-même. Une convulsion psychotique animique, plus proche de la dispute intérieure que de l’adresse collective. Il se chamaillait, bien plus qu’il ne parlait, avec ses ennemis affreux mentors, trés accommodants.

Les gouroulandais, à l’instar sans doute de nombreux peuples alkebulanais, devront encore s’armer de patience. L’espoir, dans ces conditions, devient une denrée rationnée. Car rien de durable ne peut être bâti avec des dirigeants délurés, prisonniers de leurs pulsions et sourds aux signaux du réel. La souveraineté économique, idée désormais célébrée à l’échelle du globe, n’est plus un luxe idéologique ni un simple credo stratégique : elle s’impose comme un leitmotiv de survie, à l’heure où l’intérêt général s’est vidé de sa substance et où le langage du bien commun n’est plus qu’un décor rhétorique.

Faute de capitaines lucides, les alkebulanais subiront encore l'effondrement latent mais parfaitement prévisible du système monétaire international. Un système qui, sous couvert de technicité et de liberté, a forgé les chaînes de l’asservissement de la plus grande partie du monde à l'autre. 

Bonne année à tous !