mercredi 23 juillet 2025

DE LA TRAGIQUE PRUDENCE...

La coupe de l’habit, taillée pour un lâche en grande tenue, allait à merveille à l’ouroboros. On y devinait l’étoffe des faibles, doublée d’arrogance et brodée de frousse. Satan lui-même, pourtant habitué aux médiocres, se félicitait de ce modèle achevé. Ses demonneaux avaient accompli leur mission avec zèle : insérer une perle viciée dans le chapelet du bonhomme, provoquant un bug mystique. 

Les oraisons, désormais corrompues, tournaient en boucle comme son raisonnement, sans jamais atteindre le ciel. Peut-être s’ouvrirait alors, au détour d’un murmure mal dirigé, la trappe du Diable.

L’ouroboros courbait l’échine mais refusait d'assumer la chienlit que son leadership fade produisait. Il ne rompait pas, pas par force, mais par peur. Peur d’avoir à trancher, peur de mécontenter, peur surtout d’être vu pour ce qu’il était : un trouillard au trône. Les haillonneux, excédés, le lui avaient craché en pleine face : son quotient personnel n’avait pesé en rien dans sa sélection. Il n'était ni élu ni choisi pour ses tripes, mais pour incarner une vision. Et voilà qu’il s’accrochait à la chaise comme un naufragé à une planche pourrie, voulant faire du provisoire une permanence.

Mais que cherchait-il au juste ? La paralysie ? Le clash constitutionnel ? Peut-être. Ce serait plus confortable que d’agir. Laisser pourrir, bloquer, puis pointer du doigt le gourou : telle semblait être sa stratégie, sinueuse et hypocrite. Une manœuvre d’autant plus misérable qu’elle s’appuyait sur l’entretien soigneux de l’incompétence autour de lui. La trahison n’avait pas encore toqué à la porte mais les pas du reniement se rapprochaient.

Et la marmaille et la racaille, des âmes corrompues, ne s’y trompaient pas. Leur défiance, qu’elle fût spontanée ou calculée, ne se cachait plus, faute de pouvoir être contenue. On ne respecte pas un président qui rase les murs de sa propre charge.

Au Gourouland, la vraie force n’était pas celle qui signe, nomme ou radote mais celle qui assume. Et ce pouvoir-là, c’est le gourou qui l’exerçait. Tous l’avaient compris, sauf l’ouroboros. Lui continuait de braquer à l’Ouest, convaincu de conduire, alors que la pirogue, décidée, obstinée, maintenait le cap à l’Est. Celui du courage, celui de l’action.

Et pendant que l’ouroboros calcule, tergiverse et balbutie, le peuple, lui, a cessé de demander s’il est à la hauteur. La vraie question est devenue : jusqu’à quand faudra-t-il le supporter ?

mardi 15 juillet 2025

LA FAUSSE HUMILITE..

Qu'était-il arrivé à l'ouroboros ? Cette question qui labouraient les cerveaux des haillonneux, avait coûté le sommeil au gourou. Oui, comment se faisait-il que son poulain en soit arrivé à assumer avec autant de désinvolture cette nouvelle nature de renégat ? 

Comment l'ouroboros en était-il arrivé à trahir sans sourciller, à braver le peuple, les yeux dans les yeux, reniant ses engagements les plus importants, sans ciller ? 

On l’avait vu, droit dans ses bottes, défier les engagements pris, gommer les promesses, et regarder le peuple dans les yeux avec l’aplomb de ceux qui n'en revenaient pas de leur bonne fortune. Alors que la honte de sa mésaventure devant Teddy aurait du lui faire garder le lit des semaines ! 

Non, ce ne pouvait pas être l'effet uniquement de Imeldasse, la muse de salon, et les micmacs de ses courtisans. Il y avait sûrement une autre anguille sous roche. Le doute tue la certitude puis l'espoir ! Au diable, la fraternité, l'amitié, un couteau sous le pagne s'en était chargé. Ce serait bientôt au tour de la paix !   

En Alkebulan, la vague de sympathie envers le gourou se mêlait à une interrogation muette qui habillait l'ouroboros du manteau de traître et le chaussait de bottes d'une personne à la parole volage. Le gourou devait se résigner, il n'y pouvait rien car la conviction populaire ne pouvait être arrêtée par des discours.      

Les jababus voyaient que l'ouroboros avait pris le large, le chemin de la perdition, attiré par les prairies chimériques de Satan. Il avait changé de camp. Il était devenu le fossoyeur de la cause commune. Le gourou n'en était qu'à ses premières désillusions. Mais l'ouroboros avait bien calculé son coup pour saper mathématiquement les fondements du mouvement haillonneux... Main étrangère ou pacte, peu importait à présent mais il avait bénéficié d'une aide puissante !

Ce n'était pas sans raison d'ailleurs que les résidus du monstre l'applaudissaient. Ils reconnaissaient en lui leur sang, leur cynisme, leur style. Certains mêmes se disaient qu'il avait dépassé leur maitre. Qu'il mentait avec plus de grâce. Tranchait avec plus de calme. Et voyaient clairement donc en lui le plus digne d'hériter du Prince des Ténèbres.    

Depuis bien longtemps, le visage de Satan n'avait été aussi radieux. Avait-il du se résoudre à porter assistance à ses fils Judas, le nouveau vagabond et Hades qui rôtissait sous la chaleur orientale avec ses fayots ou répondre plutôt aux cris de détresse du Mamba Noir ou du Rossignol Charognard ?

Là où rodait Satan, toutefois, les maitres chiens n'étaient jamais loin. Ils ne manquaient pas d'atouts au Gourouland : le grand Animal, la pintade de Tangun, le petit maure, le flibustier pervers et  le païen nasard.  

Les maitres chiens n'étaient donc jamais partis. Ils s'étaient tus en attendant de flairer le bon vent. Tout comme Satan n'avait jamais perdu espoir. 

Le gourou condescendra -t-il, seulement, à leur faire la moindre place dans son land, le gourouland ?

dimanche 13 juillet 2025

NORD PERDU ?

Auberge espagnole, cela pouvait encore passer : chacun y apportait son désordre, et en repartait avec un autre.

Cour du Roi Pétaud ? Pourquoi pas ? L’absurde y avait ses rituels et le chaos son protocole. on y riait jaune, mais on y riait encore.

Mais que la horde des haillonneux se mue en armée mexicaine, ça, jamais ! C'était l'hérésie. Car il devait y avoir de l'ordre, même dans le tumulte et un homme au centre.. 

Le gourou le savait : la horde s’était densifiée mais chaque haillonneux transportait un monde dans sa besace, ses rêves, ses poèmes, ses blessures, ses dogmes et ses rancunes aussi !

Maintenir cette osmose ineffable. Une urgence signalée.  Si nul ne tenait la scène comme lui, nul ne captait l’oreille du peuple comme lui c'est parce qu'il n'était jamais seul. Ses fidèles haillonneux étaient des piliers solides !

Et parce qu'il ne rêvait pas. Il avait eu beau se pincer jusqu’à l’os, l’ouroboros avait bel et bien choisi le même angle d’attaque que le monstre.

Mais là où le monstre avait opté pour le bulldozer, l’ouroboros, sombre idiot ingrat, avançait masqué : distanciation glaciale, indifférence calculée, comme s’il rayait son maître d’un carnet diplomatique. 

Le ballet d’ombres auprès d’Imeldasse, reine d’apparat, de la Grand'Poupée et la vermine émissaire de l'ancienne sorcière n’avait pas non plus échappé à l’œil affûté du gourou. C'est que quand le roi est bête, la reine devient sorcière !

L’ouroboros, malgré ses postures d’intelligence, n’était qu’un benêt. Un pantin servi d’un plateau à l’autre par les pensiflateurs (ces suceurs de concepts), les ventres bénis (cousins de l’arrogance héréditaire) et ses souris d’or, promené avec luxe de précaution par les devins à gages (menteurs patentés) et ces généraux d’opérette enrubannés de médailles pour services imaginaires. 

Chacun s’en repassait la marionnette sous des protocoles plus fantasmagoriques que constitutionnels, plus décoratifs que fonctionnels.

Et c’est pourquoi le combattre ne relevait ni de la guerre, ni de la parole, mais de l’impossible.

Non, le gourou ne pouvait le combattre frontalement. Pas par faiblesse mais par lucidité. Cela serait une parodie de lutte, un duel contre sa propre ombre. Car tout cela, c’était encore son œuvre

C’est lui qui avait choisi l’ouroboros, lui qui l’avait soufflé, imposé, élevé. C’était sa créature, son reflet mal éclairé.

Il le savait. Il l’avait rappelé à la raison, devant tous, de guerre lasse : On ne trahit pas un gourou, on l’absorbe. 

mercredi 9 juillet 2025

HUIT ANS APRES

Même si tu es partie, tu continues à réapparaître au milieu de nos conversations entrecoupées.

Tu n'imagines pas combien de fois quelqu'un prononce ton nom par accident, et ses yeux s'embuent comme si son âme ignorait encore ton absence. 

On parle encore de toi, comme si tu nous entendais de l'autre côté de la pièce. 

Comme si tu allais faire irruption, avec ce sourire éclatant  

On dit : « Tu te souviens quand elle a dit ceci ou fait cela ? »

On t'inclut toujours dans tout. Dans nos silences. Dans nos rêves. 

On parle encore de toi, oui, mais pas pour te retenir, pour ne pas oublier qui nous étions quand tu étais là. 

Parce que toi… tu faisais partie de tout, tu fus le socle, tu as été le trait d'union. 

Et même si nos vies ont été coupées en deux, ton nom perdure. 

Nous ne t'avons pas enterrée. Nous ne t'avons pas laissée partir. 

Nous te portons dans nos bouches comme un poème, comme une prière. 

Et si tu te demandes si nous t'avons oubliée… la réponse est dans chaque larme qui n'a pas encore trouvé de réconfort et dans chaque rire qui porte ton écho caché. 

Nous parlerons encore de toi… 

Parce que parler de toi, c'est continuer à t'aimer de ce côté-ci du monde, 

Parler de toi, c'est continuer à nous représenter un futur qui ne sera jamais.


Via Reina Wang 💜