Des alternances politiques, le Gourouland en avait connu. Beaucoup même. Mais jamais on n’avait jugé utile d’en calculer le coût réel.
On avait toujours différé le calcul, on remettait au lendemain ce qu’on craignait de voir se transformer en catastrophe, par hâte de se servir, jusqu’à ce que l’addition devienne explosive. Le passif social s’accumulait : frustrations, colères muettes, espérances trahies, bref, tout ce qu’un simple verdict des urnes ne pouvait plus contenir.
Le calcul du coût démocratique de ces alternances auquel un des lascars du monstre, et non des moindres, la Pintade de Tangun, se refusait obstinément était pourtant simple, presque enfantin. Même les esprits les plus détraqués ( le grand Animal, le Condoreau, le Mamba noir ) pouvaient le saisir : c’était la somme des écarts entre la norme démocratique et les pratiques réelles.
Mais admettre ce calcul eût été reconnaître l’écart entre le rêve que le monstre nous avait vendu sous ses tralalas de sobriété vertueuse et le gouffre dans lequel sa sociopathie prédatrice nous avait plongés. La Pintade de Tangun préférait continuer ses cris, qui n’annonçaient toujours que le désordre, jamais la lucidité.
L’ouroboros, parjure d’âme, friand de jeux solitaires, avait reçu un terrain de golf en guise de cadeau de Nouvel An. De la part d’Imeldasse ou de la Grand Poupée, nul ne savait vraiment. C’était une raison suffisante pour réclamer la paix autour de lui, un silence absolu pour perfectionner son swing et son grip : le seul art capable de lui ouvrir la compagnie des grands de ce monde, le seul club qui seyait à sa stature et où il pouvait éclater en rires et en blagues.
Les urnes tranchent, certes, mais elles ne réparent ni les humiliations accumulées ni les promesses fossilisées dans les discours d’hier. Le monstre nous avait montré qu’un leader qui ruse avec les principes démocratiques engourdit la démocratie pour en faire un théâtre de marionnettes : le peuple applaudit sans comprendre, se rebiffe sans retenue.
Était-ce là l’objectif recherché par le top model d’Imeldasse ? Faire la même chose pour obtenir un autre résultat : c’est peut-être cela qu’on appelle réforme.
En tout état de cause, ce n’est pas l’ouroboros, tout entier captivé par son dernier cadeau, qui mettra fin à cette politique de l’autruche.
L’homme sans foi est comme un bateau sans gouvernail. Un capitaine sans gouvernail n’est même pas digne d’être stagiaire. Quiconque flirtait avec les forces des ténèbres ancestrales n’était plus digne de poser son séant dans le temple de Dieu. Il faut lui dire son fait : il est vil, joueur, aventurier et dangereux. He's broken bad...
Cela valait aussi pour l'ouroboros.