Chacun rêve d'avoir raison. Peu nombreux sont ceux qui supportent le verdict lorsqu'il tombe. La vérité est comme un ami véritable. La première arrive toujours aux heures les plus embarrassantes, le second se trouve aux moments sombres.
L'ouroboros n'avait triomphé d'aucun adversaire, il avait confronte ses anciens soutiens à leur erreur, les obligeant à démentir, un à un, les certitudes qu'ils avaient criées pour lui.
On ne voyait plus vraiment à quoi pouvait encore lui servir le titre de fils de Satan qu'il quêtait si âprement. N'avait-il pas franchi un palier supérieur, au-delà même de Judas ? Il n'avait pas seulement trahi sans vergogne ; il ne souffrait plus la vue du gourou.
Et comme si cela ne suffisait pas, il avait tenté de l'isoler de ses plus proches lieutenants. En vain. Les jababus en étaient venus à se demander si l'ouroboros pouvait encore être considéré comme un adversaire. Certains ennemis finissent par se vaincre eux-mêmes.
Les êtres de cette trempe, rongés par l'avarice et la psychopathie, ne valaient plus la peine qu'on leur consacre la moindre énergie. Son esprit de joueur compulsif l'avait conduit à bâtir les murs de sa propre prison, à forger les barreaux de sa cellule, à en façonner la serrure et les clés, à s'y enfermer lui-même avant de jeter ces dernières dans les égouts.
L'ouroboros était devenu un paria. Sa cupidité l'avait définitivement perdu. Dans les couches populaires, il était désormais grillé. Il passait pour celui qui ôtait le pain de la bouche des manants pour gaver sa parentèle.
Même la racaille batracienne ne prenait plus la peine de le défendre avec l'ardeur habituelle. Pendant ce temps, la nounou s'était recluse avec l'état-major ethnique de la racaille afin de peaufiner son projet de kidnapping des haillonneux. Le grand animal figurait parmi les invités d'honneur de ce conclave sordide.
Sous cette opération cosmétique, elle croyait pouvoir dissimuler aux dupes son véritable dessein : le grand remplacement des haillonneux. Elle s'était autoproclamée distributrice plénipotentiaire de prébendes. Son programme tenait en une formule : l'amour de son baby boss contre une sucette.
Un séisme profond menaçait désormais la traitraille ubiquitaire. Les eaux du Lac ne connaîtraient aucun repos dans les jours à venir. La fidélité à la nounou était devenu le précieux sésame.
La marmaille était sur le qui-vive. Chacun observait son voisin, guettant le moindre mouvement. Qui oserait, cette fois, se dresser sur le chemin du destin ? Qui oserait barrer la route au gourou qui avait repris son ascension ?
C'était quand même extraordinaire que le monstre n'avait pas toujours lâché ses chiens contre cette cible rêvée. La pintade de Tangun, cette sombre geisha des marécages, avait plutôt proposé ses services !