dimanche 15 mars 2026

LA DERAISON SEPULCRAIRE....

Quelle impudence de prétendre que la douleur mène nécessairement à la joie ou à une pureté sacrée, comme si la souffrance portait en elle une promesse de salut. N’est-ce pas surtout une manière de la légitimer, de refuser qu’elle puisse être vaine, stérile, sans issue ni justification ?

Loin de révéler une quelconque sagesse, cette grimace intellectuelle expose surtout l’immensité de l’ignorance humaine face à la vie. Les Alkebulanais, eux, n’y croiront sans doute jamais. En adoptant la démocratie, ils pensaient franchir une étape supérieure de leur évolution historique déjà hésitante. En réalité, ils avaient simplement construit une boîte et s’y étaient installés confortablement. Ils se retrouvèrent bientôt à élire leurs propres bourreaux, à former leurs propres détrousseurs, à promouvoir les assassins de leurs espérances, à financer les forgerons qui façonnaient les chaînes de leur servitude.

La crise du service public, ses causes et ses ravages, existent certes partout, mais avec une intensité particulière en Alkebulan — et plus encore au Gourouland. L’État y vacille, réduit à une coquille vidée de sa substance. La corruption y a pris la forme d’une appropriation privée systématique des instruments et des ressources collectives. À cela s’ajoute la voracité corporatiste d’agents déterminés, avec un fanatisme froid, à s’octroyer la part du lion dans un patrimoine qui ne leur appartient pas. Tout annonce une trahison durable de la confiance publique et une rupture appelée à s’aggraver inexorablement.

Les potentats alkebulanais, budgétivores et mégalomanes, ne pesaient guère sur l’échiquier mondial. Ils se terraient pour éviter toute prise de position sur les crises brûlantes de l’époque, leur lâcheté réduisant à néant l’héritage des générations passées qui avaient tenté de réinscrire Alkebulan dans l’histoire du monde. Par la même occasion, ils compromettaient l’affirmation future de cette contribution, laissant aux générations à venir une tâche presque impossible.

Au Gourouland, la nounou et son baby-boss n’étaient pas aussi redoutables qu’ils le prétendaient. Le serpent se dresse pour paraître immense, la grenouille gonfle sa gorge pour simuler la puissance : leur théâtre relevait davantage de l’intimidation que de la force réelle. Satan en était à la fois l’objet et l’arbitre, instrumentalisant l’un tout en se laissant flatter par l’autre.

Les haillonneux avaient troublé la mare. Dans cet écosystème en déséquilibre, des places vacantes attiraient toutes les convoitises. Le larbin noir, le païen nasard et le flibustier pervers s’agitaient avec une fébrilité démoniaque. Les grenouilles croassaient avec une agitation proportionnelle aux secousses que le gourou s’apprêtait à infliger à la canopée gouroulandaise. Il prêchait une transition comparable à la reconstitution d’un champ de pommes de terre ravagé par un troupeau de pachydermes — entreprise démesurée, d’autant que les éléphants n’avaient jamais quitté les lieux.

La conscience intermittente de l'ouroboros inquiétait de plus en plus. On l'avait déclaré fou chez les gardiens des mannes. Des prescriptions à base de cervelle de charognards et de tripes de bourricot n'avaient pas visiblement suffi. Cependant, le respect de l’esprit et de la lettre de la révolution demeurait proclamé non négociable. Mais, entre croassements et feulements entremêlés, qui pouvait garantir le recouvrement imminent de sa santé mentale ?

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire